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Full text of "Dissertations de médecine. Contenant une dissertation sur la pierre des reins & de la vessie, avec une méthode simple & facile pour la dissoudre sans endommager les organes de l'urine. Avec la réponse à certains traits de critique, contre la dissertation sur les maux veneriens, qui se trouvent dans le livre de Monsieur Astruc. De morbis veneris"

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RE 


"DISSERTATIONS 
FN. MEDEC INE 


> #Confeillers, Médecin, 
D ermememne 


Lao L. D Aa 


Contenant une DiIssERTATION SUR 
LA PIERRE desReins & dela Veffie, 
avec une méthode fimple & facile pour, 
la difloudre fans endommager les or- 
ganes de l'urine. 

Avec la Réponfe à certains traits de critique, 

contre la Differtation fur les Maux Vene- 
riens , qui fe trouvent dans le Livre de 
Monfieur Aftruc, De Morbis V enereis. 


_ Par PIERRE DESAULT, Doéteur en Mé- +: 
decine, Aggregé au C ollége des Médecins de 
la Ville de Bordeaux. | 


& A PARIS, Ab 


Chez JacqQuE Gurerin, Libraire &— 
Imprimeur, Quay des Auguftins. 

1 M'DCC XXXVE 

… Avec Approbations & Privilege du Roy. 


dé À L'OREE RE AIN ESSR oh: € 
à & : ASS LT: 4 
4 : ». : 
= à 


Confitebor tibi Pater ; Domine Cæœlii 
& Terræ quod abfcondifti hæc à fapienti-. 
bus & prudentibus & revelafti ea parvulis. 
Etiam Pater quoniam fic placuit ante te., 
En Saint Luc chap. 10. verf. 21. 


£ 


pa Gi LV 2 | 
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{& <\ : Las 


| HISTORIOAL |) 
MEDICAL 


À 7 ; x 
114 ÿ 


TT à 


Je Fr de. Mefia eurs Col-de- F. ii 
_  @le Hoc, Doiteurs Régens dela Fa- 
‘  culré de Médecine en l'Univerfité 
de Paris, Confeillers, Médecins or- 
dinaires dn Roy en fon Châtelet, © 
Médecins del Hôtel- Dieu de Paris. 


Ous avons Îü avec plaifi r cette 
Differtation de Mr. Default, 
Médecin, fur la maniere de difloudre 
la Pierre dans les reins & dansla veflie. 
Ceux qui font attaquez de cette mala- 
_ die trouveront beaucoup de confola- 
_ tion & d’efperance de guérifon dans la 
. le@ure de ce Livre : Nous fouhaitons 
pour leur foulagement que l’experien- 
_ ce confirme le folide raifonnement de 
PAuteur. Son reméde a l'avantage fur 
tous ceux qui ont été propofez juf- 
qu ici, qu'il eft fimple, naturel, & 


_ qu'on ne court aucun rifque d’en ire 


ufage. À Paris ce quatre Septembre 
1736. 
COL-DE-VILARS , LE HOC, 


Après avoir là la Differtation de 
M". Default fur la maniere de diffou- 
dre la Pierre, &c, & vüû le raport de : 


; a æ À \ “, A "6 à È 


Model Colde-Vilars & le Hoc à 


nommés par la Faculté pour examiner 


cet 


qu'il foit imprimé. 


ouvrage , je confens pour elle 


RENEAUME,, Doyen. 


FAUTES À CORRIGER. 


Age XVI. lig, 28. Cirœfi, Efés, Crœfi, 
Pag. 62. bg. 8.inprimis , Zfés ; imprimis. 


Pazg. 
Pag. 
Pag. 
Pag. 
Pag. 
Pag. 
Pag. 
Pzg. 
Pag:. 


66. lig. 28. glunitofi , äfés, glutinofi. 

164. big. 3. d'Opium , /ifés ; d'Apium, 

217. ig.o.lé, lifés, les. 

221. ligits €; lifés le. 

233. lig. 14. penetré , lfés, peut-être. 

238. Lg. 12. oCtions , Lifés ; onctions. 

264. lig. 26. quæftionem , lfés, quæftiones, 
265. lig. 17. feu, ifés ; ceu. 

293. lig. 6. meditatione , /fés ; meditationi. 


de SE SR SES SE Le 
are PRE DE SEE EE RE EL 
D SP SR SO PR GE GRR 


A MONSEIGNEUR 
LE BRETHON, 
Confeiller du Roy en fes 


Confeils, Premier Pré- 
fident au Parlement de 
_ Bordeaux, Seigneur d'E- 
guille , de Virelade, 
Podenfac, &c. &c. &c. 


 MONSEIGNEUR, 


Voici la Differtation que 
VOUS M avez permis de vous 


 dédier 3 {a fingularité &° la 
& 


Ne EPL TN D 


hardiefle de fon vitre, deman- . 


doient un Protétieur tel que 
vous. Votre penétration vous 


_ a toûjours mis aw deffus des 


préjugés vulgaires : elle s'étend 


jufques fur les ouvrages de 


Médecine ; je l'ai admirée lor[- 
que j'ai exercé ma profeflion 
_ fous vos yeux © fur des mala- 
des qui vous touchoïent de prés; 

Votre valte érudition jointe 


a cette droiture qui ne s’efe 


jamais démentie ; VOUS ont at- 
tiré Péloge du Chef même de 
la Juflice , &° vous ont merité 
la préference que le Roy vous 
a donné fur tant de dignes 
Concurrens. | 

Vous avés pi comprendre 


par les acclamations publiques 


| 


: FILTRE 
: © par des Députations (a) 
fingulieres @ nouvelles , que 
fc noire glorieux Monarque 
nous eût remis le choix d'un 
Premier Préfident , tous les fuf- 
frages fe ferosent réunis en vo- 
tre faveur. : 
4 Nous devons encore ce bon- 
heur aux [aintes Prieres © 
aux bonnes œuvres de Mada- 
me la Préfidente votre mere , 
_à celles de voire digne époufé 
© de toute vürre famille. 
_ Nous vous avons vi, 
MONSEIGNEUR, 


monter par degrés a la dignité 


(a) Le Chapitre de Saint Crepañ d’A- 
gen , fonde depuis 1400. ans , a envoyé pout 
la premiere fois une députation pour com- 
PAR Monfeigneur le Premier Préf- 

ent. 


a 1] 


WP TPE | 
où vous êtes élevé ; femblable a 
ces Genceraux dont la France 
refheëlera todjours la mémoire , 
qui du premier grade font par- 
venus à la tète des armées du 
“Roy; dans tous vous y aués 
brillé ; dans les Ecoles grand 
Phalofophe ; au Barreau Avo- 
cat éloquent ; plaidant prefque 
toutes les caufes avec fucces ; 
Conféiller au Parlement avec 
des lumicres étenduës ; Préfr- 
dent à Mortier très-integre, ©” 
codjours animé des grands [en- 
imens du véritable Chrifira- 
nifme. Au polle éminent où 
vous êtes aujourd'huy ncxs nous 
attendions à de grandes chofes , 
vous nous avez pourtant furpris 
par celles qui ont commencé 


ÉPITRE .v 
votre glorieufe carriere. 
Les ar rangemens que VOUS 
aués mis dans votre ilhufire 
Compagnie ; aux dépens même 
dune des plus flateufes  pré- 
rogatrves de ‘votre dignité » 
feront admirez ; s'ils ne font 
pas imitez des autres Magi- 
 ffrats du Royaume. 

Le Pauvre comme le Riche, le 
Roturier comme le Noble, le Pe- 
tit comme le Grand [eront écou- 
tez a leurtour, ©° nous n'au- 
rons plus befoin de ménager de 
_ longue main des brigues (T° des 

foilicitations pour avoir des Au- 
diences. 
Le Seigneur tranquile dans 
fes terres fera regner la paix 
© la juflice parms 14 vajaux; 


à 11} 


tj EPTTRIE, 
le Marchand travaillera à [or 
commerce [ans crainte de fur- 
prife ; le Laboureur fans in- 
quietude conduira fa charuë , 
affeuré que font les uns © les 
autres d'être avertis du moment 
précis du Jugement de leur pro- 
ces. Que de dépenes épargnées ! 
Que de tems autrefois mule Cr 
perdu [era mis à profit ! 

Fafle le Crel qu'après une 
longue fuite d'années nos ne- 
veux puiffent voir  Monfieur 
le Préfident le Brethon votre 
fils fuccefleur de votre dignité, 
comme 1l ef limitateur de vos 
VErIUS. 

Ce [ont mes vœux ardens € 
finceres, je les dois a la bonté dons 
dl m'honcre dès [on enfance ; à 


POP TL RO, wi 
celle dont Monfieur le Pré- 
fident Baratet votre beau-pere 
ma todjours comblé : Vous 


favés, MONSEIGNEUR ;, 


que depuis plus de trente ans 
il atodjours été mon Protetieur 
C7 mon foitien, tant dans ma 
mauvaile que dans ma bonne 
fortune : © LR un ami frncere 
qui fçait, qui veut ; € qui 
peut rendre fervice » CT dont 
le plail: r fingulier eft d'en pou- 
voir faire aux malheureux. 
Recevez je vous prie ; 
MONSEIGNEUR, 
ce petit ouvrage comme une 
marque de la part que je 
prends a la joye publique, © 
comme une foible preuve du 
a.iiij 


vi EP ERSELRES 
profond refpeit © de lavene- 
ration infinie avec lefquels j'ai 
Phonneur d'être ; 


MONSEIGNEUR, 


Votretrès-humble &très+ 
obéiflant Serviteur. 
DEsAULT. 


A Bordeanx ce x. Fevrier 17306 


| > 1x 
4 AE AH AU AB «AB Re ee 
EN NUS UN USA EN 


HR ER A CE 


'ONDRE les calculs hu- 
mains dans lesreins & dans 
la veffe , fans porter aucune fi- 
cheufe atteinte à ces nobles vif- 
céres, rendre les pierres fluides, 
en forte que la matiere dont 
elles font compofées forte avec 
 aifance par le canal de l'urine, 
pele mele avec elle , épargner 
aux malheureux qui en font at- 
teints, a douleur de l’operation, 
laffreux coup d’oœil de fon apa- 
reil, & les rifques du fuccès 
dont les mauvais vont de pair 
avec les bons , s'ils ne les iur- 
paflent pas , c’eft le fujet de cette 
- Differtation. 
Une propofition pareille re- 
_ voltera fans doute bien de Li- 
thotomiftes ; qui par une aft- 


x P RE RANCE: 

duité conftante & par un exer.. 
cice Journalier font parvenus à: 
fe perfe@ioner dans la pratique: 
de cette operation délicate, qui: 
fait aujourd'huy pour plufieurs: 
la meilleure partie de leur pa-. 
trimoine. Bien des gens diront 
peut-être. Quelle aparence que 
lon trouve aujourd'uy un remé- 
de de cette importance que lon 
a cherché depuis fi long-tems fans 
fuccés ? Ce langage ne reffem- 
ble-t-1l pas à celui de ces Char- 
Jatans , qui ont impofé quelque- 
fois au public crédule , & fur 
tout aux malades fi faciles à fe 
perfuader ce qu'ils défirenr avec 
ardeur ? Enfin plufieurs avares & 
intereflez penferont qu'un Mé- 
decin qui auroit trouvé ce {4) 


(a) On tenoïit ces mêmes difcours lorf- 
que j'annonçai ma diflertation fur la Goutte, 
avec la méthode pour la guérir radicalement: 
mais l’aprobation dont la Faculté de Méde- 
cine de Paris l’a honorée , cette Protetrice: 
des. bons ouvrages & de la vie & de la fanté 


D OPREFACE % 


fecret l’auroit refervé pour foi: 


. fecret mille fois préferable à 


t 


î 


Celui de fçavoir faire lor ou 


l'argent : fecret qui interefle tou- 
tes les nations : fecret quil lui 
eûtété facile de mettre à contri- 
bution : fecret infaillible pour 
Penrichir, faire fa fortune en peu 


 detems , aufli bien que celle 
de fa famille & de fes parens : 


fecret enfin qu'il auroit püne laif- 


fer qu’à fa mort. 


Je réponds 10. Que les Li- 


thotomiftes ne doiventriencrain- 


dre ; leur interêr eft afluré, Keur 
miniftere fera toûjours neceffaire 
pour la fonde dont nous avons 


_ befoin; & fi leurs profits font 
. moindres . il en feront avanta- 


geufement dédommagez par l'a- 


 bri où cette nouvelle méthode 


mettra leur réputation. 


du genre humain, a fait un peu changer 
de langage, & le fuccès a répondu à nos. 
efperances, 


xy PREFACE. 

A la verité cettetaxearbitraire: 
qu'ils impofoient pour leur ope-: 
ration, fuivant l’état de la fortune: 
du malade qu'ils avoient à tailler, 
fera fupprimée, celle de la fonde 
un peu moderée, puifque tous 
les Chirurgiens fondent & doi- 
vent fçavoir fonder. J’ai même 
 vû des valets de chambre qui 
fondoient avec dexterité leurs: 
maitres, des femmes leurs maris, 
des malades qui fe fondoient eux- 
mêmes; ainfi ce talent étant de- 
venu commun, 1l faudra un peu 
rabattre du prix excelflif qu'on 
y avoit fixé, & ce ne fera pas 
un grand malheur pour le genre 
humain. 

2°. Je prie les Médecins & 
les gens habiles, mais incrédu- 
les fur la nouveauté de ma pro- 
pofition , de fufpendre leur ju- 
gement jufqu’après la leêture de 
cette diflertation, & de daigner 
la lire fans prévention. 


PRÉFACE: x 

On ne peut difconvenir que 

ce qui a échapé aux recherches 

& aux lumieres de nos ancêtres, 

_peut être découvert aujourd'hui. 
Qui eût dit il y a un fiécle que 

le fang circuloi , qu'il étoit 
pouffé du cœur aux extrémités ; 

& quil revenoit à mefure des 

extrémités au cœur ; auroit pafié 
fans doute pour un vifionnaire. 

Harvée lui-même ne fut-1l pas 

cenfuré malgré fes experiences, 
fes démonftrations ? Combien 

de théfes, combien de differta- 

tions contre {a doëtrine ? J'ai 

même vû un vieux Médecin qui 

me foûtenoit n'avoir jamais crû 
ni compris la circulation du fang. 

Qui eût parlé du canal thora- 
 chique, qui portele chile dans 
la foûclaviere, eüt-il été écouté? 

cependant la verité fe fait jour ; 

toutes les Univerfitez du monde 

ne difputent plus fur ces faits , 


pas même celles d'Efpagne. Ne 


xiv. PRÉFACE 
peut-il pas arriver aufli qu a-- 
orès la-lecture de ma difiertatiom 
& un ferieux examen de la force: 
de mes preuves & de mes ex-- 
periences , on demeurera pet-- 
fuadé & convaincu du fait que: 
javance, & que le fuccès en eftt 
du moins poflible & probable ,, 
pour ne pas dire immanquable.. 
3°. Je dis que les raifons d’in-. 
terêt ne doivent point être écou. 
tées pour détruire le fyftéme que: 
javance. Quelle injure ne fait-. 
on pas à l'humanité de croire: 
que linterèt eft le mobile de: 
toutes les ations des hommes ? 
Combien en voyons-nous qui 
très-opulens fe foûmettent à une 
pauvreté volontaire ? Qui quit- 
tent tous leurs biens , leurs hon- 
neurs & leurs dignités pour en- 
trer en Religion : d’autres quipar 
une bonne donation entre vifs 
tranfportent leurs biens , leurs 
bénéfices, à des parens, fouvent 


| PIRE A CE. x 
même à des (2) inconnus, & 
ne fe réfervent fimplement que 
la nourriture & les vêtemens : 
d’autres enfin qui dans fa- 
bondance chez eux , quittant 
leurs terres , leurs domaines , 
leurs femmes & leurs enfans 
vont par un principe d'honneur 
& d'attachement pour leur Prin- 
_ ce & leur Patrie, dépenfer leur 
bien , & expofer volontairement 
_ leur vie dans des fiéges & dans 
- des batailles. Ce n’eft donc point 
Pinterèt qui fait mouvoir tous les 
hommes , & cette régle gene- 
rale fouffre des exceptions. 

4, Le défir univerfel de faire 
fa fortune ( qui eft la fin princi- 
. pale que la plüpart des hommes 
fe propofent } eft fouvent dan- 


(a ) Je veux dire par ceterme ( inconnus ) 
des gens dont on ne connoïifloit pas bien le 
caractere. J'en ai vù qui fe font contrefaits 
jufqu’au jour de Pinfinuation, qui enfuite 
Ont levé le mafque , & ont témoigné une 
ingratitude affreufe pourleurs Bienfaiteurs. 


x PR ER A: CPE 

gereux dans un Médecin. Hip-. 
pocrate nous recommande le: 
mépris de Pargent , debet efle in: 
Medico pecunie contemptus. I 
nous en a donné lexemple lui- 
même par le refus qu’il fit de l'or 
qu'Artaxerxés lui fit offrir à dif- 
cretion par fon Ambafñfadeur. 

Ce défir des richefles doit 
avoir fes bornes & fes limites, 
fuivant la fentence de Mon- 
fieur de la Bruiere. » Celui-là, 
» dit-il , eft riche, dont la re- 
» cette excéde la dépenfe ; ce- 
» lui-là eft pauvre dont la dépen- 
» fe excéde la recette. » 

Sur ce principe un Médecin 
qui na jamais eu ni femme ni 
enfans , avancé déjà dans fa car- 
riere , qui par le patrimoine laiffé 
par fes pere & mere, fe trouve 
autant de pain qu'il lui refte de 
vie, qui, par la grace de Dieu, 
n'a ni procès ni dépenfes fuper- 
fluës , qui joint à fon patrimoine 

ü un 


FRE ACT vu 
- un exercice aflidu & journalier 
de fa profeilion , doit fe flatter 
d’être au deflus des revers ordi- 
naires de la fortune , & doit pré- 
ferer l'honneur de fe rendreutile 
au public & au genre humain, 
en lui communiquant le fruit de 
fes labeurs » à la fatisfattion ri- 
dicule d’enrichir une famille col- 
laterale, fouvent (4) ingrate , qui 
attend avec impatience l'heure 
& le moment de vifiter les cof- 
fres du bienfaeur , même le 
jour des funerailles. 


Sydenham (4) difoit qu'il pré- 


(a) J'ai connu, vü & entendu desheritiers 
collateraux, qui au retour de la pompe fune- 
bre , pour laquelle à la verité ils n’avoientriem 
_ épargné, faifcient des contes très-facetieux 

fur les léfines , les induftries, pour ne pas: 
dire les ufures & les épargnes du défunt: 
pour proflir l’hérédité, qu'ils exploitoient de: 
très-bonne grace. 

(b}). Semper enim exiffimaui , neque id 
fine ratione ,mujoris effe felicitatis certam vel 
leviffimi alicujus morbi debcllandi methodunr 

æpris mortalibus prodidifle , quam vel Tantalë 
€quod aiunt ) vel Ciræf thef[auros accumulalfe.. 


[] 
xvijy PREFACE. 
feroit la fatisfa@tion d’avoir don- 
né une recette pour guérir le 
moindre petit mal,à celle d’'a- 
voir amaflé tous les tréfors de 
Tantale ou de Crœfus, & ik 
prouve la folidité de fa penfée 
par un pañlage de Ciceron. En 
effet celui qui travaille pour le 

ublic , rend le genre humain 
lheritier de fes travaux ; il eft 
affuré que fon bien fe traduira 
comme par une fubftitution gra- 
duelle , perpetuelle, fans bornes 


Feliciorem hunc illum dixi,dicam © meliorem: 
fapientioremque , quam, cum Je à communi ge- 
neris humani natura decifum animadvertat , 
ea que molitur omnia ad publicam magis om- 
nium urilitatem, quam ad fuam ipfius, qui. 
tam exilis totius particula © contempra res 
ef} jugiter referre ? Ut enim loquor cum ma-. 
ximo illo dicendi fentiendique Cicerone meo , 
ui fæculi, ne dicam univerfæe hominum naturæ 
genio ) leges omnium falutem fingulorum fa- 
luti anteponunt, fi vir bonus & fapiens, & le- 
gibus parens & civilis oficii nonignarus uti- 
litati hominum, plufquam unius alicujus aut 
fuæ confulit. Cicero de fin. bon. aut mal. 

Sydenham epiflola prima refponforia ad Ro- 
bertum. Bradi.. 


2) 
De 2x 


Fe 


PORPRPE AC PF. 4x 
& de fiécle en fiécle , & ceux 
qui font exempts de (4) mariage 
& des embarras d'une famille, 


peuvent ytravailler avec plusde 


loifir. 


(a }Il étoit autrefois deffendu en France 
aux Médecins de fe marier, tout ainf qu'il 
Péroit aux Soldats Romains. Cette loi très- 
raifonnable que plufeurs Médecins de Paris 
ont fuivie , defquels je me fais gloire d’avoir 
été difciple, étoit d'un très-grand avantage, 
puifque la médecine requiert l'homme tout 


- entier ; l'éducation & l’établiflement de en- 


fans ne partageoient pointies idées d’un Mé- 
decin , il étoit tout àfes malades, & rien n’é- 
toit capable de le diftraire des foins impor- 
tans aufquels fon état l'engageoit.. 

Le Cardinal d'Eftoutevilie porta la Bulle: 


en France en 1452. qui permettoit aux Mé- 


decins de fe marier. Le fieur dela Riviere (s’il 
en fautcroire l’'Almanach }) fut le premier qui 
exploita la Bulle,& vray-femblablement il fut 


- aufile premier qui s’en repentit. Cet exemple 
. fat fuivi, & l’on vitchez plufeurs Médecins 


- les foins de leur famille partager ceux de leur 


profeflion. 

Je fçai qu'on nobjetera qu’Hippocrate 
s’elt bien marié, puifqu’il avoit deux fils , 
Theflale & Dracon , & une fille mariée avec 
Pokibius, mais je foûtiens que ce n'eft pas 


ce qu Hippocrate a fait de mieux : il y a lieu 
de croire qu'il étoitun peu entiché de jalou- 


fie;maladie capable de donner bien dela peine 


bij 


3x. RERE FA CE 
Quant à la propofition de pro 

fiter pendant ma vie d'une mé- 

‘thode , d’un fecret aufli néceffaire: 


d’efprit. Lifez. la lettre qu’il écrivit à Denis: 
avant de partir pour aller guérir Democrite.…. 
>» Venez au plus vite mon cher Denis, vous: 
» refterez jufqu’à mon retour chez moi, vous: 
» habiterez ma maifon qui eft très-commode, 
>» & quoique ma femme à caufe de mon départ : 
» demeure chez fes parens, vous prendrez. 
» garde à fa conduite. Faites la vivre chaîte-: 
» ment, qu’elle ne prenne pas d’autres maris : 
> à l’abfence du fien: elle a été modefte dès: 
> le commencement, elle eft née de parens: 
» d'honneur & de bien , fur tout fon pere 
> qu’on peut appeller homme & homme de: 
» bien & vieillard refpeétable : cependant une: 
# femme a toüjoursbefoin de quelqu'un qui 
>» Ja contraignedans les bornes de la modefie, 
>» car elle melon portée à l’intem- 
æ perance, paflion qui a befoin d’être refre- 
» née chaque jour , fans quoi, &c. Et je crois: 
» qu'un ami eft plus propre à garder une fem-. 
» me que fes parens; qui à caufe de leuratta- 
+ chement & de leur tendreffe n’ofent faire 
» des remontrances avec la même liberté 
> qu'un ami. » | 
ÜUn Médecin aujourd’huy qui avant fon dé- 
part pour quelque long voyage, prendroit les 
mêmes précautions que prit Hippacrate , ne 
feroit-il pas hué du fexe comme un loup ga- 
roux ? ilfé mettroita dos toutes les fémmes, 
qui pour l'ordinaire décident en bien ou em 
anal de la réputation d’un Médecin. 


. PREFACE. xxj 
à l'homme que celui que j'ai, & 
de ne le reveler qu'à la mort ,ne 
feroit-ce pas imiter certains ava- 
rés , qui ne donnent rien pen- 


On pourroit prefque foupçonner que [a 
peine d’elprit qu'avoit Hippocrate de quitter 
{à femme , avoit quelque part à la déclaration 
qu'il fità Crateve dans fa lettre que lesAbderi- 
_tains ne l’eufent point tenté de faite ce voya- 

ge quand même ils lui euflent offert dix ta-: 
lens. Sed nec Abderitæe nec decem talenris il- 
deétaffenr , &c. 
A Dieu ne plaife que je prétende cenfurer 
les médecins qui fe marient ; il en eft une in- 
_ finité d’un génie vafte & étendu , qui peuvent 
. fans peineetre-attentifs évalement à leur pro- 
_fefion & ieurfamille , il en revient même un 
grand avantage à la médecine, puifque leurs 
enfans quand ils embraffent la profeffion,vont 
plus loin que les autres, & fe diftinguent pour 
lordinaire d’une maniere marquée & brillan- 
te, comme nous le voyons denos jours. Sem- 
blables à ces foldats qui nez à la fuite des Régi- 
mens , au fon du tambour, elevez fous des 
tentes , {e trouvent les plus braves & les meil- 
leurs; ain les fils des Médecins qui entendent: 
toûjours parler d’une profeffion à laquelle ils 
font élevez dès l'enfance, dont les peres fe- 
. font un plailir de les inftruire fans cefle , doi- 
vent être reputés des dignes fujets ; auffivoit- 
on dans tous les Colléges les fils de maitre: 
traitez à leur réception avec une douceur qué 
fuppofe un mérite non-équivoque. 


Po) M PUR EPP CFE 

dant leur vie, & qui renvoyent: 
toutes leurs liberalitez alcurtefta- 
ment, 

D'ailleurs je compareun ou- 
vrage pofthume à ces enfans or-. 
phelins , qui ont perdu leur pere’ 
avant de le connoitre , & qui ne 
font jamais protesez & deffendus 
comimne ils l’euffent été, s'ils ae 
votent pücroitre fous les veux & 
la prote&ion de leur pere. 

Je finirai cette longue Préface: 
en priant de nouveau le leéteur 
d'examiner fans préjugé & fans 
prévention ma differtation : l’im- 
portance du fujet que je traite: 
le demande , on verra la même 
bonne foi & le même definteref- 
fement qui ont paru dans les 
deux premiers volumes que j'ai 
donné au public fur la Goutte ; 
la Prhyfe , la Rage & les maux 
Veneriens, 

Un fyftéme qui prefente une 
maladie réputée pour incurable 


| PRÉFACE. xxif 
fous un afpeët fufceptible de gue- 
rifon par des moyens fimples & 
faciles, & dont l'épreuve ne peut 
être qu'utile & jamais préjudicia- 
ble, mérite d’être écouté & d’é- 
tre bien examiné. Hippocrate 
. dans fon fixiéme livre des Epid. 
_ nous dit qu'il ne faut point don- 
ner fon confentement avec te- 

mérité, mais aufli 1l nous or- 
_ donne de ne rien negliger, néhil 
. temerè affentiendum, Nihil quid- 
quam negligendum. 

Bien loin que je cherche ou 
que Je veuille me concilier, foit 
lindulgence , foit laplaudiffe- 
ment du Lelteur ; JE prie au con- 
. traire les gens du métier & les ha- 
 biles connoiffeurs de me propofer 
leurs doutes & leurs objections 
contre mon fyftéme, ou fi tant 
eft qu'ils en ayent bonne opi- 
_nion , leurs idées & leurs moyens 
_ pour en favorifer le fuccès. 

Je les prie encore de faire ré- 


xxiv PREFACE. 
flexion que ceft un nouveaui 
chemin que je trace au travers: 
des ronces & des épines , dont: 
le fuccès produira un bien capi-. 
tal à une infinité de malades &: 
beaucoup d'honneur à la Méde-. 
cine & au Médecin que je ferois 
ravi de partager avec mes con- 
freres. 


DISSERTATION 


DISSERTATION 
LA PIERRE DES REINS 


DE LA NÉESSIE: 


… Avec une methode fimple & facile 
pour la diffoudre fans endomma- 


ger les organes de l'urine. 


OUR donner quelqueor- 
Æidre à cet ouvrage , & fai- 
Elre fentir avec évidence la 
- ‘force & la proportion de 

mon reméde pour diffoudre les Pier- 

tes, {oit dans le rein, foit dans la 
veflie, j'ai jugé qu'il étoit à propos 
: de le réduire en cinq chapitres. 
Dans le premier , je donnerai la 
| | A 


® DissERTATION 
-{truéture des reins, des uréteres & de : 
la vefie, je parlerai de leur ufage & 
jexaminerai la nature de lurine. 
Dans le fecond , je propoferai la 
définition du calcul, les caufes de fa 
formation , foit dans les reins, foit 
dans la veflie, foitmême dans d’autres 
cavités où l’on en a fouvent trouvé. 
Dans le troifiéme, les fignes qui 
nous marquent l’exiftence de la Pier- 
re dans les reins ou dans la veffie, 
Dans le quatriéme, le moyen pour 
difloudre ces Pierres , les rendre flui- 
des, & procurer la fortie des matiéres 
qui les compofoient , par la voye des 
urines. | 
Et dans le cinquiéme enfin, mes 
expériences , & mes réponfes aux ob 
jeétions qui m'ont déja été faites. 


NAN EN NN PNA NAS CN NS A NI 
OO RO AO RO 


De la ffruilure des reins, des uré- 
teres, © de la vefle, de leur 
ufage cry de la nature de l'urine. 


E ne parlerai point dans ce chapi- 
Ÿ tre ni de la fituation naturelle de 
ces parties, mn de leur figure, leur 
divifion , leurs artéres, leurs nerfs, 
leurs veines, leurs tuniques, &c. Je 
fuppofe le Lecteur inftruit fufifam- 
ment de tout ce détail; & fi ma dif- 
fertation eft Iüé par des gens qui ne 
foient pas du métier, je les renvoye 
à l’exatte defcription qu’en a donné 
Monfieur Winflow dans fon Expofi- 
tion Anatomique, dont l'ouvrage fert 
aujourd’hui de régle, & fait loi parmi 
tous les Anatomiftes & Praticiens en 
Medecine. 
Je me contenterai de parler de la 


ftruéture des reins , des uréteres, de la 


vefhe , & de leurs ufages ; & fous le 
bon plaifir de M. de Winflow je pren- 
drai certains faits dans fon Expofition 
Anatomiquein-quarto , dont j'ai bee 


Ai; 


4  DissERTATION 
foin pour une partie des preuves fur 
lefquelles je bâtis mon fyftême. ; 

Pag. 550. « On peut diftinguer , dit-il, trois 
» fortes de fubftance dans les reins 3 
» une extérieure, épaiile , grenue & 
» comme corticale; une moyenne ou 
» plus interne & comme medullaire 
» qui eft rayonnée, & qu’on appelle 
5 cannelée,fiilonnée outubuleufe,par- 
» ce qu’elle paroït compofée de plu- 
2 fieurs tubes ou tuyaux en maniere 
» de rayons. La troifiéme, qui n’eft. 
#» que la continuation de la feconde, 
» fe termine en dedans par des mam- 
» melons, d’où je lui ai donné le nom 
” de mammelonnée. 

B.ssre « Les mammelons qui nefont qu’une 
» continuation de la fubftance medul- 
m lire, comme je viens de le dire, 
» font au nombre de dix ou douze 
» très diftingués les uns des autres, 
» comme autant de cones dont ia bafe 
n eft large & la pointe fort obtufe. . 

« Au bout dechaque mammelon on 
» diflingue même fans microfcope. 
» dans un petit enfoncement, plufieurs 
>» trous ou ouvertures tres fines par où 
» on voit fortir des goutelettes quand 
# on prefle les mammelons; ce font 


SUR LA PIERRE LR 
# des goutteletes d'urine, qui étant 
> filtrées en partie dans la fubftance 
_ » corticale, & en partie dans la fub- 
» ftance medullaire ou tubuleufe, pal- 
» fentenfuite dansles filieres des mam- 
+ melons, & fortent par les petites ou- 
» vertures. 

De ces faits anatomiques ainfi éta- 
blis , on peut fe perfuader que l'urine 
eft filtrée dans la fubftance corticale 
du rein, & tranfmife après dans la tu- 
buleufe qui la conduit aux mamme- 
lons qui n’en font qu’une continua- 
tion, d’où on la voit difliller dans le 
baflinet dont nous parlerons bientôt. 
De même que fuivant les Anatomi- 
ftes les efprits, ou cette féve fine à 
qui on a donné ce nom, font féparés 
du fang dans la fubftance corticale, 
d'oùils font tranfmis à la fubftance me- 
dullaire jufquesaux nerfs, qui n’en font 
que la continuation revètué des enve- 
lopes des membranes du cerveau. 

Willis prétend, fuivant Louis de 
Bellinus , que le (z)rein dans fa partie 
convexe n’eft qu’un amas de tuyaux 


(a) Tubulorum membra-Y-erfus centrum ejus de- 
paceorum aggeries atque bo- | laium in pelvim extillari. 
vus duilibus nt ut perexi-| Will. fec. 4. © 10. de 
guis ferum renis peripherià | Medic, oper. 


À üj 


6 DissERTATION 
membraneux , dont les tuyaux excre- 
toires portent la férofité filtrée de la 


Circonference du rein dans le baflinet. 


Mais de quelque maniere qu’on ex- 
phque & qu'on conçoive la ftruture: 


 & l'ufage du rein, perfonne ne peut 


contefter que le rem ne fepare l'urine 
de la maffe du fang , & il ne m'en faut 
pas davantage pourla Pathologie que 
je dois établir. 

« Chaque mammelon eff niché dans 
» une efpéce de calice ou entonnoir 
» membraneux. Le bord ou pavillon 
» de cet entonnoir s’ouvre dans une 
æ cavité commune qu’on appelle baf- 
» finet, dans lequel tous les calices 
» ouentonnoirs des mammelons s’ou- 
æ vrent féparément. Le baflinet eft 
» membraneux commeles calices dont 
» il eft la continuation. El n’eft pas 
+ une cavité uniforme dans l’hommezs 
mais diftinguée en trois fonds ou 
» soulots communs , dont chacun 
» embrafle plufieurs entonnoirs ou 
» calices avec les mammelons qui y 


ë 


_æfont contenus. Quelquefois on 
>» trouve deux & même trois mam- 


+ melons dans un même entonnoir. 
« Ces entonnoirs dans l’endroit où: 


SUR LA PIERRE. L 
% ils embraflent les mammelons, jet- 
+ tent dans la fubfltance médullaire 
® ou rayonnée du rein, des produ- 
æ étions qui y accompagnent Îles 
vaiffleaux fanguins , & fervent de 
capfules ou gaines à toutes les ar- 
cades vafculaires tant artérielles que 
veineufes , & à leurs differentes ra- 
mifications , à travers la fubftance 
corticale jufques à la furface exter- 
ne du rein. ne ES 
« Les entonnoirs, après leur rétré- 
> ciflement conique autour de la 
æ pointe des mammelons , forment 
> chacun un petit tuyau court com- 
s me une efpece de goulot. Ces pe- 
rs] 
Le] 
He] 


y g y y y U 4 


tits tuyaux s’uniflent d’efpace en 
efpace le long du fond de la finuo- 
fité du rein, & forment par cette 
union trois gros.tuyaux qui fortent 
» de la finuofité obliquement de haut 
» en bas, & en fortant s’uniflent auf- 
>» fitôt en un feul tronc. - 

« Ce tronc devient enfuite un ca- 
» nal très-long appellé urétere. Les 
» trois tuyaux dans l’homme tiennent 
» lieu de ce. qu’on appelle dans les 
» animaux baflinet, & feroient plus na- 
» turellement nommés les racines ow 


À üüj 


8 


P. 552, 


8. DrssERTATION 
# branches de l’urétere que le baffinet: 
æ On pourroit donner ce nom dans 
» l'homme autronc, comme étant plus 
» ample que le refte de l’urétere. 

« On voit par cette expoñition que 
» dans le rein de l’homme il n’y à 


_» point d’autre baflinet commun & 


» uniforme que le tronc ou la tête de 
» l’urétere & les trois groffes bran- 
» ches. | 41 

« De ces branches il y en a une 
» qui eft comme Ja contination dire- 
» éte dePurétere & qui en eft la plus 
» longue ; les deux autres font plus 
» courtes. Us 

De cette ftruture anatomique on 
peut fe perfuader que ces entonnoirs 
membraneux qui embraffent les mam- 
melons, & qui jettent des produc- 
tions qui accompagnent les vaifleaux 
fanguins , & donnent des capfules ou 
gaines à toutes les arcades vafculai- 
res tant artérielles que veineufes , 
jufques même à la furface externe du 
rein, 1°, qu’on doit les regarder com- 
me des attaches fermes & multipliées 
que la nature a voulu donner aux 
uréteres , afin qu’ils ne fe feparaffent 
jamais du rein, puifque leur fepara- 


| SUR LA PIERRE. | 

tion d’avec le rein auroit infaillible- 
ment produit une hydropifie prompte 
_& mortelle. 20, Que ces produttions, 
qui embraffent par des capfules & des 
gaines les arcades tant artérielles que 
veineufes , par (2) leur diaftole & fy- 
ftole hâtent & accélérent la circula- 
tion du fang & la filtration de l'urine 
dans ce vifcére. 3°. Que ces enton- 
noirs membraneux qui embraffent ]a 
bafe des mammelons, le compriment 
mollement & par leur contraction, 
fervent à exprimer & à faire couler 
les goutelettes d’urine dans le baff- 
net du rein , de même que nous 
voyons les lévres de l'enfant compri- 
mer le mammelon de la nourrice 
pour en faire diftiller le lait dans fa 
bouche. 49. enfin, ( ce que je prie 
le leéteur de bien obferver ) que le 
baflinet du rein dans l’homme n’eft 
_que le tronc & la tête de l’urétere qui 


.de ce mouvement, puif- 
qu'elles ne font que des 
produétions & des alonge- 
mens de la dure-mere & de 
comme 


(a) Nous ferons voir dans 
… e Traité de l’Epilepfe , que 
la dure-mere a un mouve- 
ment de diaftole & de fyf- 


“tole, qui lui eft propre & [mème ftrudture , 


naturel, qu’elle n’emprun- 
te pas du mouvement des 
artéres, que toutes les mem- 
branes du corps participent 


des anciens l'ont reconnu, 
_& que par cette raifon ils 
lui ont donné ie nom de 
mere, 


Que : 


10 DiIssERTATION 


fe trouve plus ample que lurétere: 


C’eft-là où fe réuniffent les trois prin-- 


Winfl. p. 
553. 


cipales branches qui font elles-mêmes 
des allongemens de lurétere , dontt 
nous parlerons bientôt, qu’elles fontt 
de même ftruéture que le tronc , que: 
Vurétere même, puifqu’elles n’en font 
qu'une continuation. 

» Les uréteres font compofés de: 
» trois tuniques propres, dont la pre-- 
» miére qui environne les autres, eft: 
» blanchôtre, d’un tiflu filamenteux ,, 
» très-ferré, & cependant fort facile à; 
» étendre, & paroît comme d’un tiflu; 
» cclluleux ordinaire dégénéré. La, 
» tunique fuivante eft un peu rougei- 
» tre ; plus forte & formée de diffé- 
» rentes couches des fibres qui fe 
» croifent & font très-difficiles à dif’ 
» cerner , fi elles font mufculeufes , ou 
» fimplement membraneufes. 

æ La tunique la plus interne des 
» uréteres eft comme ligamenteufe & 
» tapiflée d’une membrane particulie- 
» re extrémement fine , qui couvre un 
» raifleau vafculaire de la même fi- 
» nefle. Elle eft legerement grenue 
» comme un velouté très-ras, € 
» mouillée par tout d'une liqueur m3 


| SUR LA PIERRE. CÉY. 
® cilagineufe, elle eft pliflée par des 
» rides longitudinales , lefquelles font 
» traverfées & comme interrompues 
> tout de fuite par quantité de petites 
‘> rides tran{verfales. | 
«a Les uréteres , quand ils pénétrent p. 55% 
_» dans la veflie, font d’abord quel 
» que chemin entre la tunique mufcu- 
:» leufe & la tunique nerveufe & s’ou- 
» vrent dans la veflie obliquement 
>» & un peu plus approchés lun de 
>» l’autre, : 
Il eft hors de doute que la nature 
a placé cette membrane extrémement 
fine qui couvre un raïfleau vafcu- 
_Jaire de la même finefle , laquelle eft 
legerement grenue, pour fournir aux 
uréteres & à fes branches qui font de 
la même ftruéture, cette liqueur muci- 
lagineufe dont leur conduitinteme  . 
. eff mouillé pour les défendre de Pa- 
crimonie de l’urine , & que cette li- 
queur eft beaucoup plus fine & plus 
déliée que celle que nous obferverons 
bientôt dans la veflie, 
La raifon de cette diverfité eft que 
comme l'urine ne fait que traverfer 
Jes uréteres fans y féjourner , il n’é- 
toit pas neceflaire de les munir d’une 


k 


12  DrssERTATION 
gomme aufli épaifle que celle de fai 
veflie, qui auroit pû embarafferle dia. 
metre de leur canal ; mais comme l’u-. 
rine doit féjourner dans la vefie, que: 
cette partie a été compofée exprès 
pour lui fervir de réfervoir , afin que 
nous ne fufñons pas dans la (4) ne- 
ceflité de rendre les urines à mefure 
qu’elles fe préfentent, il étoit auffi 
néceflaire de pourvoir à la fureté de 
cette partie en tapiflant les parois de 
fa cavité d'une limphe mucilagineu£e 
dont les glandes qui la fitrent font 
mieux marquées que celles des uréte- 
res, cette limphe même tombe fous 
la vûe gluante, blanchâtre, &c. 
Quelle apparence y a-t-il que la 
nature fi fage & fi circonfpecte à pla- 
cer des gommes mucilagineufes dans 
les boyaux pour les garantir de 


(4) On peut aifément] lotes pour recevoir l’urine 


comprendre de quelle im- 
portance eft la veflie, ce 
refervoir de Purine , par 
lincommodité qui refte à 
ceux qui ont été taillés, 
dans l’opération defquels 
on s'eft fervi du dilatatoi- 
re. Ils font dans l'impoffi- 
bilité de retenir leurs uri- 
nes, & forcés toute. leur 
vie de porter des bouteil- 
les de cuir dans leurs çu- 


qui coule fans ceflè. Un 
coup de dilatatoire , ce 
malheureux outil,a déchiré : 
le fphin@er de la veffie , 
que Duret appelle Le por 
uier. Le Sieur Labeïnade, 
de Leme en Bean, garda 
cette incommodité vingt 
ans , & jufqu'à la more, 


auff-bien que plufeurs au- 


tres que je ne nomme point. 
1Cle 


SUR LA PIERRE 19 


acrimonie de la bile & des autres fa- 
 fures, & pour rendre la defcente des 
excrémens plus facile , dans la vefi- 
cule du fiel, ( comme Malpighi la 
oblervé ) dans luretre, dans la vef- 
fie, qu’elle eût oublié les uréteres, 
leur tronc , leurs trois produétions ou 


branches , eux qui en avoient autant 


de befoin ou plus que bien d’autres 


parties, à raifon de leur fenfibilité & du. 


pañlage continuel de lurine. 

On peut même conjeëturer que la 
graifle , qui le plus fouvent entoure 
les trois branches à Jeur jonétion, 
(dont parle M. Winflow page $ 52.) 
quand elles forment la tête de luréte- 
re, n’a été placée dans cet endroit 
que pour fournir dans la partie exté- 
ieure de ces parties une féve douce 
& graïleufe qui fert à oindre ces 
tuyaux , à entretenir leur foupleffe en 
s'infinuant doucement dans les tuni- 
.ques dont ils font compofés. 

« La veflie eft compofée de plu- 
+ fieurs tuniques , à peu près comme 


» l’eflomach. La tunique externe ou 


» commune n’eft qu’une partie de la 
# vraye lame ou membrane du peri- 
» toine , KG. 


Z 


Winf. p: 
$ 56e & {uiVa 


4 DissERTATION 
« Les tuniques propres font au: 
# nombre de trois ; une charnue ou! 
# mufculeufe , une appelléenerveufe, 
# & une interne qu’on nomme velou-. 
»tée. La tunique mufculeufe eft 
» compofée de plufieurs couches de 
 » fibres charnues, dont les externes 
> font pour la plûüpart longitudina- 
> les, les fuivantes plus inclinées, les 
“internes de plus en plus obliques, 
# & enfin prefque tranfverfales. Tou- 
» tes ces fibres fe croifent diffirem- 
» ment & tiennent enfemble par un 
» tiflu cellulaire très-fin, parle moyen 
» duquel on peut artificiellement les 
# écarter les unes des autres en y 
» fouffant. 

B. 557. « La tunique nerveufe, ainfi appel- 
» lée, eft à peu près d’une ftructure 
» femblable à celle de la tuniquener- 
» veufe de leftomach. | 

« La tuniqueinterneeft legerement 
# grenue & comme glanduleufe dont 
» il fuinte continuellement re lym- 
» phe mucilagineufe qui enduit route La 
» furface inrerne , © [err à La défen- 
w dre contre l’acrimonie de l'urine, 

On trouve au col de la vefie un 
mufcle appellé le fphinéter ou le por: 


| SUR LA PIERRE,  1$ 
fier, qui tient toujours la veflie fer- 
mée & empêche l’écoulement invo- 
_ lontaire de l’urine. Ce mufcle entoure 
le col de la veflie en maniere d’an- 
neau ;1l eft produit fuivant M. Du- 
verney par un troufleau de fibres qui 
partent du fphinéter de l'anus. $ 
L’ufage de la veflie eft non feule- 
ment de fervir de réfervoir à l'urine, 
mais même de la pouffer au dehors, 
lorfque fa tunique charnue fe met en 
contraétion , & force la réfiftance du 
fphinéter : la contraction de la veffie 
fe trouve encore fecourue par la pref- 
fion des mufcles de l'abdomen. 
Quant à la nature des urines il eft 

_ für que le fel diffous dans l’eau y do- 
mine beaucoup (4), & qu'il en fait 
prefque toute la compofition : cette 
falure dans les urines n’eft pas une 
conjetture , on s’en apperçoit par le 
goût & par le taét. Sa. faveur appro- 
_Che du fel nitreux. Generalement tous 
_ des Auteurs Chymiques qui ont tra- 
(2) Hujufimodi vrine ana- urinis gufln CO taëlu perci- 
&ome plane flendit > quod ele- |pitur ; Japore proxime ad [a- 


menta à quibus liquor ejus |lem nitrefam accedits elici= 
conflatur > funt plurimum a-|tur quitem e [xlinis efcu- 
que © falis aliquantulum |\lentorum  partioulis. 
élphuris, terre atque fpiri- |Wil, capite 1. de urinæ eles 
és tantillum ; fée in \neatIs, 


r6 DissERTATION 
vaillé fur les urines, trouvent qu'elle 
abonde en fels, même de plufieurs ef- 
péces ; & il feroit inutile de rapporter 
de nouvelles preuves pour établir un 
fait que perfonne ne contefte. 

Cela pofé, nous propofons les réflé- 
xions fuivantes. 1°. Qu'il y a trois 
évacuations folemnelles , fçavoir cel- 
le des felles, celle des urines & celle 
de la perfpiration. Que la premiere 
eft la moindre de toutes, puifque, 
fuivant Santorius , dans un homme 

ui fe porte bien l’évacuation par les 
felles ne doit aller qu’à huit onces ou 
environ. 

Celle des urines va jufques à qua- 
rante onces , mais celle de la perfpi- 
ration furpafle les deux autres réunies 
enfemble, puifqu’elle monte jufques. 
à cinq livres qui compofent 80 on 
ces. Cettetare de ces trois évacua- 
tions principales eft établie dans San- 
étorius par la balance, & on peut la 
kre dans ma D'iffertation fur la Gout- 
te , page 36. & fuivantes , dans le fe- 
cond Fait que j'ai propolé pour me 
fervir de preuve lorfque j'établis la 
caufe de la Goutte que j'ai accufée. 

2°, La matiere de ces trois évacua- 

tions 


| SURILAPIERRE «17 
tions ef faline , les excrémens du ven- 
tre abondent en fel , comme on le 
prouve par la Chymie ; c’eit ce qui 
- les rend propres à donner la fertilt- 
té à la terre. J’ai oui propofer à Mr. 
Tournefort dans une ouverture pu- 
blique de lAcademie Royale des 
Sciences à Paris, qu'il fe faifoit une 
efpéce de circulation des fels des 
excrémens , dans les plantes, & des 
plantes dans les animaux. 

On ne peut point contefter à luri- 
ne la falure , puifque le goût & le tact: 
la démontrent aufli-bien que les ope- 
rations des Chimiftes qui ont travaillé 
fur les urines, 

A l’égard de la matiere de linfenfi- 
ble tranfpiration , elle eff faline ; & 
Jemploye les preuves que j'ai rap- 
portées dans mon Livre de la Goutte 
pag. 39. troifiéme Fait où je renvoye: 
le Leéteur pour ne pas les répéter ici, 

3°. Il y a lieu de croire que la na- 
ture a établi ces trois évacuations 
pour écumer, pour ainf dire, la partie 
aline des alimens , & ne retenir & ne 
garder que la féve douce & balzani- 
que qu’elle deftinoit foit à la nourritu- 
ge de l'homme , foit à fon accroifle- 


18  DisSERTATION 
ment, foit à donner la foupleffe con=- 
venable aux parties folides. 

Pour donner de lévidence à ce 
que je viens d’avancer , examinons en: 
peu de mots ce qui fe pañle à ’occa- 
fion de ces trois excrétions. 

Après que les alimens ont été 
broyés dans l’eftomac, de la maniere: 
que nous Pavons dit dans la Differ- 
tationfur la Rage, pag. 275. & fui-- 
vantes , le chyle qui eft le produit 
de ce broyement, de cette tritura- 
tion , defcend dans les inteftins où: 
par la méchanique que nous avons 
établie , les parties les plus balzami- 
ques & les plus douces font introdui- 
tes par l’orifice des veines laëtées 6 
la route du chyle pour être condui- 
tes dans la mafle du fang. Cependant 
Pentrée dans les veines laétées eft in- 
terdite foit aux parties terreftres &. 
groffieres, foit aux parties falines fixes. 
qui defcendent de boyau en boyau,.. 
jufques à ce qu’elles fortent hors du. 
Corps en maniere d'excrémens.. 

Ce chyle quoique compolé en la: 
plus grande partie des matieres dou- 
ces & balzamiques introduit. dans le: 


fang, ne laifle pas que d'apporter 


SUR LA PIERRE.  r9 
‘avec lui une falure qu'il retient des 
alimens dont il a été formé : falure 
à la verité moins fixe , plus fine & 
plus déliée que celle qui s’eft féparée: 
ar les excréments du ventre. 

La nature pour la féparer & pour 
rendre ce chyle plus précieux & plus 
propre à la nourriture de l’homme , a. 
établi les deux reins comme deux 
couloirs , deux filtres pour féparer la 
falure du fang fondue par la ferofité 
que la boiffon fournit. | 

C’eft à peu près de cette maniere; 
que les Chimiftes ont copié de la 
nature , que l'on voit tirer les fels li- 
xivieux des plantes. On mêle leurs 
cendres avec de Peau que lon filtre: 
après au travers du papier gris qui re- 
tient la cendre des plantes, & laifle 
pafler librement les fels fondus dans: 
Peau, dont on fe fert pour détremper 
es cendres dela plante dont on veut 
extraire le fel. 

. Malgré ces précautions redoublées 
de la nature il refte encore après ces 
deux filtrations un fel plus délié que 
€elui des deux premieres filtrations: 
qui gâteroit lesliqueurs nourricieres = 
la nature le poufle au dehors par la: 


Hipp. 
#Phor. 


20 DissERTATION 

voye de la perfpiration , comme fous 

Pavons établi, la nature n’ayant be- 

foin que de la féve douce & balza- 

mique pour la nourriture de fon fuiet. 
La nature , ou pour mieux dire, 


celui qui la créée ,a fi bien. ajufté 
q 9 


toutes chofes pour pourvoir à la du- 
rée & à la confervation de fon fujet, 
qu’il femble avoir pris de juftes me- 
fures , afin que ces évacuations fe fe- 
couruflent mutuellement, & que la 
diminution de l’une , fût compenfée 
par l’abondance de lautre, L’aug- 
mentation de lurine fuivant Hipp. 
dénote que les excrémens du ventre 
feront modiques. Afiükio noltn pluri- 


ma faita , parvam fignificat dejeétio= 


nem.. Les cours de ventre abondans 


en revanche fuppriment ou diminuent 
confiderablement les urines. Enfin 
lorfque la perfpiration augmente, les: 


urines & les felles diminuent ; lorf- 


qu’elle languit , ces deux évacuations 
augmentent : & perfonne ne peut: 
contefter qu’en. hyver les urines ne 


coulent en plus grande abondance 


qu’en été; que le ventre ne foit plus: 


libre lorfque la peau eft ferrée fui 
Mant cette maxime d'Hippocrate que: 


| SUR LA PIERRE  2r 
hous avons fouvent citée ; Alu la- 
xitas, cutis denfitas © vice versa. 

Mais ce n’eft pas feulement dans 
Pétat naturel que les évacuations fe 
fecourent mutuellement les unes les 
autres, mais même dansles maladies, 
comme on peut le voir dans divers 
endroits (4) d'Hippocrate. 

. En un mot lesurines & les felles 
doivent être confiderées non feule- 
ment comme deux évacuations pour 
vuider les fels fuperflus de la premie- 
re & feconde digeflion, mais même 
comme deux éclufes que la nature a 
établies pour dégager & foulager cel- 
le de la perfpiration dont nous avons 
fait voir l'importance dans la Difer- 
tation fur la Goutte ; & l’on voit dans 
la pratique les maladies internes chan- 
ger en externes, & les externes en in- 
ternes.. 


(a) Qui articulari morbo 
dttentus, inteflini dobore dex- 
. #ra parte vexabatur, levins 
babebat. Ubi vero hic cura- 
#us fuit, magis dolebat. Hip- 


pocrates demor. vulg. lib. 


fexto fec. 4. 


» 


Eras homo 


nis fœdiffima fcabie labos 
yanss atque nt lanaretur ac 
ceffit Miles ; ubi calide [uns 
therma; quarum Hs COnVa= 
luit à fcabies [ed paulopoft 
incidit in bydropem 7 exin- 
de mortuus ef Hip. in: 


quidam £ihe-- Epids 


223  DissERTATION 


ML SW NE NL NS NS SOUL NZ SNS SSD NE) SSP SR 
N oe YNLSNYZN 2 , DOC 


CHAPITRE SECOND. 
DIF 'CAÆPLCOLESS 
Des caufes de [a formation, [oir 


dans les reins ; foit dans lavelfie 
Joit même dans d'autres cavités 
où on en a fouvent trouvé. 


à E calcul ou la pierre dans les: 
reins ou dans la veflie, eft un: 
corps dur qui s’eft formé dans la ca- 
vité de ces organes , & qui en blefle 
les fonétions. 

Ce corps eft formé foit dans:le rein: 
foit dans la veflie par cette liqueur 
mucilagineufe, que nous avons obfer- 
vée dans le Chapitre précedent, qu£ 
tapifle la cavité interne du rein & de: 
là veñie pour munir & défendre ces 
organes contre lacrimonie des fels: 
de l'urine. | 

Ces liqueurs & ces gommes mucis 
lagineufes font capables & en état de: 
garantir ces organes de la falure na- 
turcile & ordinaire des urines ; mais: 
lorfque cette falure eft augmentée & 
redoublée par les caufes que nous: 


| SUR LA PIERRE. 2% 
dirons bientôt, alors cette matiere: 
mucilagineufe eft détachée des pa- 
rois de ces organes , fixée , conden- 
fée , & comme corporifiée par ces fels: 
exaltés de l'urine , réduite en peloton. 
de la même maniere que dans la com- 
pofition du favon l'huile eft conden- 
fée & corporifiée par les fels lixivieux 
d’une plante qu’on appelle Kzk, en: 
François foude.. | 

C’eft à peu près de la même ma-- 

niere que nous voyons que la graifle- 

fondue eft fixée par l’efprit de vinai- 
_ gre, & quelatherebentine eff corpori- 
fiée par le mélange avec l’efprit de: 
_ fel. : 

Pour donner de lévidence à la: 
propofition que je viens d’avancer ;. 
je propofe les fuivantes réfléxions que: 
je crois inconteftables comme extrai- 
tes des obfervations. des Praticiens .. 
des faits anatomiques & lithotomiftes: 
& prouvés par une Phyfique fimple,. 
qui porte l'évidence avec foi, çonte 
me le fymbole de la verité. 


"Premiere Réflexion. 


Ceux qui font tourmentés de là. 


54  DissERTATION 


Goutte de longue main font aufü fott 


fujets à la Pierre, comme Sydenham 
Pa obfervé , & que l’expérience jour- 
naliere le fait voir. | 

L'alliance ordinaire de ces deux 
maladies nous prouve qu’elles recon- 
noiflent comme deux fœurs germai- 
nes le même principe de leur produc- 
tion , que la caufe de l’une fymbolife, 
ou pour mieux dire, eft la même que 
la caufe de Pautre, en un mot que la 
même humeur qui produit la goutte 
_& les nodofités dans les articles des 
goutteux, engendre aufli la pierre 
dans les reins & dans la veflie de 
ceux qui en font atteints, 

Ce fait de pratique a paru ft conf- 
tant & fi inconteftable à (4) Bagli- 


vius , qu’il a dans fon premier Livre. 


de pratique traité l’une & l’autre ma- 
ladie dans le même article , accufé les. 
mêmes caufes & propofé les mêmes 
remedes foit pour en préferver , foit: 
pour en guérir. Le vin, dit-il, les 
excès de la galanterie, l’oifiveté, la 
 @) De cakulo © poda-| calcul € podagre : aque 
gra. Bag. pag..112. édition | pows , Ladlis ufus ; fobrie=- 
de Lyon, in quarto. tas y CT exercitium iiflens: 


Pinum venus, otinm CO | medentur.. Bagl. pag. fupa. 
Hapula funt primi. parents À. 


crapule: 


4 


UN LA PIERRE. | 925: 
erapule font les premiers peres de la 
goutte & de la pierre. La fubricté, 
Pufage du lait , la boiffon de l’eau & 
Vexercice y témédient, | 

Ce premier coup d'œil de proche 
parenté de la goutte avec la pierre 
nous fournit une réfléxion qui fe pré- 
fente naturellement , que finous fom- 
mes affez heureux pour trouver la vé- 
ritable caufe de la goutte & la manie- 
re dont fe forment les nodofités dans 
les articles, la découverte de la caufe 
de la funétion de la pierre fera bien 
avancée, ou pour n mieux dire , fera dé= 
montrée, 

Or je foutiens que dans ma Differ- 

tation fur la Goutte j'ai démontré la 
caufe de cette maladie par des preu« 
ves entaflées les unes fur les autres, 
tirées de la balance & des calculs d’A- 
rithmetique dont la forcen’eft, ni ne 
peut être conteflée. 
Je fçai que divers Medecins d’une 
Ville fort éloignée fe font affemblés 
pour faire l'examen de mon ouvrage 
dans le deffein d’en faire la critique : ; 
& la leéture finie ils n’ont fçû par où. 
la commencer. 

Je puis attefler avec verité que 


( 


26 DrssERTATION 

j'ai reçu diverfes lettres des principa- 
les Villes du Royaume de divers 
goutteux perclus qui avoient la gout- 
te prefque toute l’année , qui me re- 


mercient du fuccès qu'ils ont trouvé 


dans la pratique d’une partie des. 
moyens que je propofe pour guérir 
la goutte. | 
D'ailleurs l'accueil favorable avec 
lequel le Public , ce cenfeur inexora- 
ble, Pa recû, l'approbation honora- 
ble de la Faculté de Medecine de 
Paris prouvent que mon ouvrage eft 
marqué au Coin de la vérité. 
J’employe donc ce que j'ai dittou- 
chant la caufe de la goutte & de la 
formation des nodofités dans les arti- 
cles des goutteux , pour établir la 
formation de la pierre dans lesreins & 
dans.la veflie, & je propoferai dans 
cette feconde réfléxion un petit ex- 
trait de mes idées & de ma doétrine. 


Seconae Réfiéxion. 


Deux caules produifent la goutte : 
lune primitive, la denfité de la peau; 


lautre prochaine & immédiate, la 


matiere faline de la perfpiration que 


SUR LA PIERRE. 27 
la denfité de la peau a retenue. 
Cette denfité de la peau introdur- 
-te par le penchant de l’âge , ou par 
les fautes qui la prématurent , comme 
les excès du vin, de la galanterie , de 
la bonne chere, loifiveté, le défaut 
d'exercice , les aflidues contentions 
d’efprit , l'excès immoderé, des médi- 
tations forcées & redoublées & d’au- 
tres caufes que nous avons relevées 
dans le livre de la Goutte , retient 
cette matiere faline de la perfpiration, 
porte obflacle à cette féconde éva- 
cuation qui doit fe faire par lhabitu- 
de du corps, & doit furpafler toutes 
les autres évacuations réunies. en- 
femble. - 
Cette matiere de la perfpiration 
ainfi retenue dans le fang, le furcharge 
de fes excrémens falins. Le fang fe 
trouvant furchargé de cette matiere 
faline de la perfpiration retenue par la 
denfité de la peau , la rejette dans 
Jes goutteux fur les articles , elle y 
pince par fa falure les membranes & 
Îes tendons qui y aboutiflent , & elle 
y excite cette vive douleur qué nous. 
appelons goutte, 
Cette même matiere faline forme 
| C 1j 


à 


28 DissERTATION 
par fucceflion d'attaques ces nodus s 
ces matieres tophacées dans les arti= 
cles des vieux goutteux couche fur 
couche, parce que cette matiere (a- 
line coagule , fixe & durcit la (4) fi- 
novie des articles. Lifez la pag. 29. 
& 30. de mon Traité de la Goutte. 
N'eft:il pas naturel de penfer & de 
croire que cette même matiere faline 
qui fixe Phomeur huileufe des articles 
dans les goutteux, lorfqu’elle prend 
la route des reins & de la veffie, y for- 
me des pierres, en coagulant & dur- 
ciffant les humeurs mucilagineufes , 
que Ja nature a placées dans leurs ca- 
vités pour les munir & les garantir 
contre l’acrimonie ordinaire & natu- 
relle des fels de l'urine. ù 
Ces liqueurs mucilagineufes font 
bien capables dans l’état naturel de 
garantir ces organes contre les fels 
que nous avons ob'ervés devoir en- 


(a) La finovie eff une 
humeur huileufe & ful. 


phureufe que la Nature 2 


placée conitamment dan 


les articulations , & doni 
À 2 


tous les Anatomaftes con- 
viennent, Son ulage eft dé 
rendre les mouvemen 
doux & aifés, d’enpéche: 


le deficchement des carti- 


qlages qui recouvrent Îes 
êtes des os. dans leurs 
intures , & d'éviter le 
vruit que nos os feroiene 
dans l'exercice ; cette fub- 
tance huileute fafant dans 
106 articulations ls mème 
2fét que la graifle qron 
net dans les effieux d'ux 
carrofle, 


SUR LA PIERRE 56 
trer naturellement dans la compofi- 
tion de l'urine ; mais lorfque les fels 
de la perfpiration retenue prennent la 
route des reins & de la veflie , & fe 
joignent à ceux des urines dont ils re- 
doublent la falure , alors cette gom- 
me mucilagineufe, infuffifante pour y 
réfifler, eft détachée des parois de 
leurs cavités , fixée, durcie & corpo- 
rifiée à la maniere ‘que nous avons dit 
que fe formoient les nodus dans les 
articles des goutteux. | 

Cetté augmentation de falure dans 
les urines des pierreux ne peut être 
conteftée : elle a été connue par Avi 
cenne au rapport de Meniot. Mec Mere: ps. 
éerre ita nova eff bac opinio, quin in ea ie 
verfatus fuerir Avicenna docens uri- 
nam co paratiorem elle ad calculum ; 
quo plus fale abundaverir. 

Cette falure augmentée, qui eft la 
caufe efficiente du calcul, comme le 
mucilage en eft la matérielle , non 
feulement produit la pierre, & l’aug- 
mente , mais même aggrave les dou- 
leurs des pierreux. 

L'expérience nous fait voir , com- 
me Meniot l’a obfervé , que la pierre 
renfermée dans la veflie ne tourmen- 


C ii 


Men ot de 


| Lythiof. 


30  DirssERTATION 

te pas fans cefle le malade comme 
d’autres corps étrangers, mais qu’el- 
le donne des relaches & des inter- 
valles. Cerrnm eff calcnlum eriam re- 
nalem in vefica inclufum, fieur alicna 
quais corpora, non perenniter , Verurm 
Per intervalla naturam proritare, do- 
lore[que à Lythiofi nequaquam feriis 
vacare vel induciis. 

Quel eft le tems où la pierre fuf- 
pend fa tyrannie contre le malade ê 
C'eft lorfqu’il a ufé des bains, du lait. 
qu'il a obfervé un régime de vie pro- 
pre à rétablir la perfpiration dont nous 
avons propofé les moyens fort au 
long dans la Differtation fur la Goutte. 

Maïs lorfque par des excès de vin, 
des liqueurs fpiritueufes, des grands 
repas entaflés les uns fur les autres, 
des viandes de difficile perfpiration, 
des froids & des brouillards où il fe 
fera témérairement expolé, par des 
chagrins vifs, ou par des contentions 
d’efprit, &c.ila porté obftacle à l’é- 
vacuation des matieres falines qui de- 
voient fortir par l’habitude du corps, 
qu’elles font renverfées fur les orga- 
nes de urine , dont pour lors elle re- 
double la falure, c’eft dans ce tems 


Pi 


SUR LA PrERRE 3f, 
que les douleurs & les tourmens fe 
réveillent, & que la pierre le fatigue 
avec plus de furie. 

L'urine falée pince la veffie d’au- 
tant mieux que par l’attrition & le rou- 
lement sue du calcul, le mu- 


cilage qui fervoit à la ee comme 


de matelas , eft détaché, une partie 
s’appelotonne à la pierre , une partie 
fort avec les urines , la tunique ner- 
vée de la veflie étant à découvert , 
eft pincée à nud , les contraétions des 


fibres a plus 


fortes & fans relâche , elles pouflent 
le calcul avec eRort dans le col de Îa 

vefle , fappriment Furine quine peut 
venir que goutte à goutte, & exci- 
tent une vive douleur qui fe fait fen- 
tir principalement au bout de la verge 
qui fert d'attache & de point d’infer- 


tion à l’urétre. 


Riviere nous dit pag. 222. cap. 2. 
Z, prax. med, 14. que les Efpagnols 
font très-peu fujets à la pierre: ne 
pourroit-on point croire qu ls en font 
redevables aux foins qu'ils prennent 
de foutenir toujours une perfpu ration 
égale? Outre Pavantage qu'ils ont 
d’habiter un climat chaud, ils font 

C in 


32 


DiIsSERTATION. 


toujours bien (z) vêtus, même l'été 
dans les jours caniculaires , ils vivent 


(2) Je puis affürer avec 
vérité , inftruit par une ex- 
périence conftante, que les 
habits d'été legers & gra- 
eieux dans les tems canicu- 
laires {ont ia fource de bien 
des maladies, fiéyres my 
lignes , diflénteries , cole- 
Ta moibus, paralyfies , 
morts fubites, &c. Je puis 
attefter en mon particulier 
que je n'ai jamais fait faire 
d'habit d’été que j’aye por- 
t qui ne m’ait procuré une 
frieufe maladie, 

Je fçai que tout autant 

e la chaleur eft vive un 
Éabie été fuffit ; mais 
comme dans les tems de 
Tannée les plus chauds il 
rcgne certaines rifées de 


fraicheur ou le {oir ou le 


matin, quelquefois même 
pendant le jour quelque 
vent froid, quelque pluye 
qui vous furprennent avec 
votre habit d'été qui n’eft 
pas en état de foutenir & 
de meitre en fureté la per- 
fpiration , le moindre froid 
qui vous frappe dans ce 
tems-là vous rend malade ; 
& férieufement malade. 
J'ai connu un Capucin 
de mérite & d’un r bufte 
tempérament , nommé le 
Pere Daniel de Monfegur, 
qui prècha la fête des Stig- 
mates de S$. François avec 
beaucoup de vébémence 


de fa part & d’applaudiffe- 
ment de celle des audi-. 
teurs. Ce zelé Religieux ne 


voulut point manquer 28 


| 


Salut qu’on donna à lif- 


 fue du Sermon. Au lieu d’al- 


ler dans fa chambre fe 
mettre fur fa couche & fe 
couvrir , il fe mit à ge- 
noux entre la porte du 
Cloître & celle du Chœur, 
pendant qu’on chantal hym= 
ne & les prieres qui pré- 
cédent la bénédiction. 11 
refpiroit avec plaifir un 
vent frais qui pañloit au 
travers de ces deux portes: 
qui n'étoient éloignées 
l'une de Pantre que de fix 
Pieds. Ce Religieux ne 
Voulant point cefler de 
donner bon exemple à une 
nombreufe Communauté , 
comme celle de Bordeaux, 
dont il étoit à la tête, fire 
la nuit à Matines jufques 
à deux heures | rems au- 
quel 11 furvient des fraiz 
cheurs : à fept heures du: 
matin 1] dit la Meflè Con- 


-Ventuclle qu'il finit avec 


beaucoup de peine, il fie 


‘1e mettre fur fa couche, & 


demande . du fecours >, on 


[ne lui trouve point de 


poulx, mais les extrémités 
froides & Engourdies , 
mais pourtant conferyane 
toujours fa connoiflänce, 
On vint me chercher, Yÿ 


\ 


SUR LA PIERRE. 


+33 


très = fobrement , leur viande princi- 
pale eft le mouton qu'ils appellent 


gours , je le trouve mort 


dès le moment que j'étois 


parti de chez moi. Si f- 
brii CT in vin moderait 
pramature morinntnr ; ami” 
ci mirantar rei novitatem 
quia de inferfibili tranfpi- 
ratione nihil frimnt. Sant. 


in Aph. 
Peut-on douter que cet- 
te fraicheur imprudente 


qu'il recut entre les deux 
portes ne lui ait gelé fon 
fang & fes liqueurs échauf- 
fées par lation de la pa- 
role , des geftes , de la 
contention d’efprit & de la 


mémoire ? quine fçait que 


pour glacer des liqueurs 


on commence par les faire 


chauffer |, & on les jette 
œhaudes dans des vafes 
Îacés ? 


.._.. Concluens donc que la 
pefte la plus pernicieufe du 
genre humain eft la fup- 

. preffion dela perfpiration, 
& je répéterai 1c1 l'autorité 
de Sydenham que jai pro- 
poiée dans mon Traité des 
maux vénériens cbfer. 20. 
qu'il meurt plus de gens 
par les fautes contre la 
perfpirauion, qu'il n’en pé- 
rit pär la faim , par la pete, 
par le elaive joints & réu- 
ms eniemble. Plures eo [olo 


vitio quam vel pefle vel fa- 


me , vel gladio fimul mnitis 
eminibus interires 


Jé parle également pous 
Pun & pour Pautre exe, 
Guoiqu'ordinairement : les 
femmes ne foient pas fi 
fujettes à tomber dans fa 
fupprefion de la perfpira 
tion que les hommes , par- 
ce qu'elles ne s’exercent 
pas autant , & que po# 
l'ordinaire eiles gardent 
la mafon. C’eft le fenu- 
ment d'Hippocrate 1. 6. de 
morb. vulg. Seét. 7. n. 2. 
Cujus rei canfam efle exifi;- 
mabam quod non perinde ae 
viré in publicum prouirent à 
© quid reçuaçuam pariter 
ac viri reorbis tentabantite 

On me dira fans doute 
que la chaleur de l'été de- 
vient infupportable fi Von 
eft couvert dans ce tem 


à, qu'on étoufe, qu'il ny 
La pas moyen de vivre 


que cette chaleur eft ca- 
pable de faire plus de mal 
-que de bien , &c. Je ré- 
ponds que je ne demande 
pas une chaleur brülante 
excitée par des habits re- 
doublés , mais feulement 
des habits qui puiflent te- 
nir la perfpiration en fu 
reté ; qu'un peu d’atten- 
tion à foutenir toujours 
une chaleur égale, douce & 
unie dans le corps eft pré- 
férable aux efforts que Pen 
fait pour devenir riche; 
aue pour peu qu'on veuihe 


34 DissERTATION 
Carnerou , comme qui diroit par ane 
thonomazie, figure de Rhétorique, 
viande, & nous avons obfervé après: 
Sanctorius que Ja viande de mouton: 
étoit non-feulement de facile perfpira-. 
tion, mais qu’elle facilitoit encore: 
celle des alimens moins perfpirables, 
On ne foupe guéres dans ce pays ; le: 
vin y eft pris très-fobrement , on ÿ 
détefte les yvrognes & l’yvrognerie, 
jufques-là qu'un homme qu’on prou- 
veroit s'être enyvré une feule fois, fe- 
roit exclu de pouvoir rendre témoi= 
gnage en juflice. Ne font-ce pas là 
des moyens propres à foutenir tou- 
jours une perfpiration égale ? Par con. 
fequent point de reflux de la matiere 
faline dans les reins & dans la veflie : 
point de falure redoublée dans les uri- : 
nes, ni par conféquent de génération 
de pierre. | 
Une preuve bien convaincante que 
la falure de l'urine eft augmentée par 


fe mettre à même de fou- | trefois ; fur-tout fi vous 
tenir cette chaleur | on | faites réfiéxion que la fan 
verra qu'on s’y accoutume | té & la longueur de la 
fort aifément, & dès-lors { vie dépendent de là. Se- 
la moïadre fraicheur vous | ne@ys revera agritudo GR 
deviendra plus infupporta- | fed dix protrabitur JE car- 
ble que la chaleur dont! hws reddatur perfbirabile. 
Vous vous plagniez au-! San@orius, 


a 


D SUR PA TPIENRE 34 
la diminution ou la fuppreflion de la 
perfpiration ; c’eft l'expérience fui- 
vante dont chacun pourra fe convain- 
cre par lui-même. 

Que flhomme du monde le plus 
fain & qui fe porte le mieux, vienne à 
fouffrir un froid confiderable, ou por- 
te obftacle à fa perfpiration par l’ufa- 
ge immoderé des viandes, ou par des 
mets difficiles à perfpirer, il verra Îe 
même jour que fes urines changent de 
couleur, qu’elles paroïtront roufles & 
ardentes jufques à ce que la perfpira- 
tion foit rétablie. 

Ce changement de couleur peut-il 
fe concevoir autrement que parce 
que les fels de la perfpiration retenue 
font évacués en partie par la voie des 
orines qu’elles colorent par leur mê- 
lange ? 

… Nous avons fait voir dans le Traité 
de la Goutte , lorfque nous avons 
parlé de la maniere d'opérer du Kina, 
que dans les fiévres intermittentes, la 
couleur rouge des urines , le fédiment 
briqueté de même couleur qui s’en 
fésare, & fe précipite au fond du vafe 
de lPurine étoient le produit de cette 
maticre faline perfpirable qui prenoit 


36 DiIssERTATION 

a route des urines à Caule de l’obfx- 
_ele qu’elle trouvoit dans la peau à fess 
canaux naturels & excrétoires. 


Troifieme Réflexion. 


Examinons un calcul récemmentt! 


tiré de la veflie, vous verrez qu'il eftl 
enduit de cette mucofité de la veffic,, 
qui n’a pas eu le tems d’être fixée par: 
les fels de l'urine pour donner à lai 
pierre uné lame de plus. | 
Vous trouverez qu'il eff gluant com-. 
me une piéce de favon mouillé : vous 
éprouverez que plufieurs années après | 
qu'il a été expofé à Pair, qu'il s’eft 
deffleché & a diminué de fon poids, 
il conferve néanmoins toujours une 
onétuofité comme le favon. On doit 
regarder cette onétuofité comme une 


preuve que le mucilage dont nous a-: 


Vons tant parlé, eft la principale ma- 
ticre dont il a été formé. 

Mais allons plus loin, dévelo- 
pons un peu ce corps, nous éprou- 
verons qu'il eft formé par plufeurs 
envelopes pofées les unes fur les au- 
tres , femblables à un oignon qui doit 
fa groffcur au grand nombre des la. 


| 
| 


\ 


SUR LA PIERRE 37 
més dont ileft revêtu. Æfulros é vefi- Sscaliger. et 
ca lapides exemimus cæparum more id 
lamellis incruffatos. . de fubtilit. 
Enfin lexpérience vous fera voir 

que d’une pterre fraîchement tirée de 

la veflie, vous pouvez détacher avec - 

la pointe d’une éping'e ces lames & 
ces envelopes les unes après les au- 
tres avec la même facilité que la co- 

quille d’un œuf qu’on a fait cuire & 
durcir; & que cette expérience peut fe 
continuer en détachant les lames &les 
‘envelopes les unes après les autres 
_jufques à la fin du calcul. 
Vous obferverez que la furface ex- 
terne & convexe de chaque envelo- 

pe retient de la couleur du mucilage 

& du flegme dont elle a été formée, 

dont pourtant le mélange du fel de la 
matiere {aline de la perfpiration , a un 
peu alteré la blancheur. 

… Mais quant à la partie concave & 
interne de chaque envelope elle eft 
blanche comme la neige; & l’on peut 
voir dans des lames, qui ne font pas fi 
épaifles que des feuilles de papier, 

ces deux différentes couleurs, l'une 
grifâtre dans la partie convexe exter- 
_ne, qui a été la plus frapée des fels de 


38  DiIssERTATION 

la perfpiration ; l’autre blanche dans: 
la partie concave interne, qui n’a pas 
été fi expofée à limpreffion des fels, 

II femble que la nature fçavante,, 
fans que perfonne Fait inftruite, ait: 
voulu nous donner par un clin d'œil | 
cette marque, ce figne non équivo-. 
que par la blancheur de la partie con-. 
cave des lames, pour nous dire parun 
langage muet, par un filence éloquent, 
que la matiere principale qui faifoit 
Ja compofition de la pierre, étoit le 
flegme blanc & gluant qui enduit 
la furface interne de la veflie, afin 

| que nous puiflions en trouver facile- 

Hip. lib. . ment le diffolvant. Narura ipfa fibi 

RS SCT per Je, non ex confilio, motiones ad ac- 
tiones obeundas invenit, partim qui= 
dem ut nittare... a nullo quidem edoc- 
ta citraque difciplinam ex qua conve- 
niunt efiicit. 1) 

C’eft par ces lames redoublées les . 
unes fur les autres, que l’on décou- | 
vritä Bordeaux, quoiqu’un peu tard, 

: Pimpofture d’un prétendu Lithotomif- 
te dontle nom mérite d’être fupprimé, 
comme celui de ce fol qui mit le feu 
Temple d'Ephefe pour faire parler 

c lui. R 


SURILA PIERRE 39 
. Cét (a)impofteur après avoir taillé au 
petit appareil fept où huit enfens dans 
Bordeaux avec fuccès, lan 1663.fe 
Vanta de tailler de la même mamiére 
& avec la même facilité les adultes & 
"les hommes faits. El choififfoit fur le 
bord de notre riviere des cailloux de 
differente groffeur ; & quand il vou- 
loit operer, il fatfoitune incifion dans 
les tégumens ; il y introduifoit une 
pierre avec la dexterite d’un Joueur 
de gobelets, & la retiroit après toute 
nfanglantée ; 5: 1l la remettoit au ma- 
laide qui aliaé de. la dexterité de 
fon Chirargien qui faifoit lopération 
à jufteprix, & qui ne caufoit pas de 
grandes douleurs , ne pouvoit fe laf- 
fer de faire l'éloge de ce fripon. Il 
en tailla de cette. maniére ‘quatre- 
vingt-quatre en moins de trois mois 3 
& pour donner des preuves de fa 
grande expérience & de fa capacité, 
il faifoit au malade qu’il devoit opé- 
rer,avec de la mie de pain, le modéle 
de la pierre qu'il devoit tirer , fort 
pour la groffeur , foit pour la figure; 


(2) Genus: hominum poten- Vire €T vetabänr  fempess 
tibus : infaum > Jperantibns | O'retmebitur, Tacitusl, x. 
| ot quod in civitate no Ÿ biftor. 


40 DissSERTATFON | | 
ce qui ne lui étoit pas difficile, puif-. 

ul avoit dans fa poche celle quil! 
vouloit fubftituer. | 

Il eft furprenant que nos anciens 
collégues , prefens à ces opérations. 
auffi bien que d'habiles Chirurgiens, 
ne fe fuflent apperçus de l’impofñture 
de ce fcelerat, qu’après qu'il fut parti. 
Ï1 avoit foin de faire tenir les malades 
plufieurs jours couchés fur le dos; 
ds rendoient dans cette pofture les 
urines avec moins de douleur ,comme 
nous le ferons voir dans le chapitre 
fuivant. 

D'ailleurs cette douce confolation 
de lame , que le malade goûtoit à 
longs traits , tenant fa pierre à la main, 
croyoit-il, rappelloit une perfpiration 
égale , libre & facile comme nous l’a- 
vons établi dans la Differtation de la 
Goutte, fuivant l’aph. de San&or us: 
Animi confolatio, Lberam facit per[bi- 
fationem. 

Le malade fentoit-il de la douleur 
& de la peine à rendre fes urines, 
1] lui perfuadoit facilement que cela 
dépendoit de la bleflure de la veflie 
qui n’étoit pas encore réunie ; mais 
que la cicatrice une fois faite, il fe- 

roit 


| SUR LA PIERRE. 4x 
roit délivré de toute douleur. 

Cependant les malades après le dé- 
part de ce Charlatan , fondés de nou- 
veau, fe trouverent tousavoir la pier- 
re dans la veflie. Cela fit ouvrir les 
yeux ; on cherche Îa difference de ces 
cailloux fubftitués aux véritables cal- 
culs. La principale fut fuivant Min- 
gelouzeaux notre ancien collégue 
_dans fon Traité de la Pierre pag. 747. 
que les calculs humains font faits cou- 
che fur couche frarum fupra flratums 
mais qu’on ne trouve pas dans les cail- 
Joux de riviere cette même ftruéture:, 
& comme dit Memot pag. 751. Cal- 
culs enim laminof: funt , nec ur externi 
lapides unius compasis. 

On trouva d’ailleurs bien d’autres 
differences. 1°. Que les vrais calculs t1- 
rés de la veflie, ne font point diapha- 
nes , & que les cailloux fubftit ués Pé- 
toient. 2°. Que les calculs battus avec 
un fer propre à tirer du feu, n’en fai- 
foient point; mais bien ceux que cet 
impofteur avoient fubftitués. 3°. Que 
les fragmens des calculs formés des 
mucofités de urine retiennent un 
goût fallé , lorfqu’on les mache long- 
tems sau contraire les cailloux de cet 


D 


42 DissERTATION 
impofteur étoient infipides, & qu'il 


faudroit avoir eu les dents defer pour. 


pouvoir les difloudre, 4%. Que les 
pierres tirées par la Lithotomie étant 


mifes fur des charbons ardens, pouf- : 


{ent une vapeur & une odeur puante, 
cé qui donne à connoître la matiére 
de leur compofition ; au lieu que les 
pierres de riviere ne fentent point 
mauvais , lorfau’on les met fur le feu 3 
mais elles fe calcinent fi le feu cit 
violent, $°. Les calculs quand on jes 
cafle, & qu’onen met quelques frag- 


mens dans un verre d’eau l’efpace de. 


24.heures , l’on remarque fur la furface 
de l’eau des petits flegmes & des mu- 
cofités qui reffemblent en quelque fa- 
çon à celles que lon voit dans Purine 


d’une perfonne travaillée de la pierre, 


& même cette eau tient un peu de 
l'odeur de l'urine & eft un peu fallée. 
6°. Enfin les vrais pierres de la vefhie 
font plus poreufes & plus legeres à 
proportion de leur groffeur que celles 
de la riviere. Extrait du Livre dela 
Pierre de Mingelomaux Doflenr en 
Médecine, Aggrégeé au Coilepe des 
Aédecins de Bordeaux. 

Je ne puis m'empêcher de rappor- 


sHRIDA PIERRE 4 
ter ici une hiftoïre, bien qu’étrangere 
au fujet que je traite, qui fera voir la 
généreufe réfolution , ou pour mieux 
dire la témérité d’un de nos compa- 
triotes. | 

Le pere ou grand pere de M. Col- 
leau que nous avons eu iciLithotomif- 
te, fut appellé à Bordeaux pour tailler 
quelques-uns de ceux que ce fripona- 
voit trompés, Un particulier très-riche 
& très-avare’, fe plaignoit de quelque 
difficulté à rendre fes urines: 1l fe per- 
fuada d’avoir la pierre dans la veflie ; 
Hconfulte ce fameux Lithotomiftenou- 
vellement arrivé de Paris, qui d'a- 
bord lui propofa de le fonder pour 
fçavoir par le moyen de la fonde s’il 
avoit la pierre ou non, Le malade 
confent , il eft fondé & refondé, 
point de pierre. Colleau, lui dit, qu'il 
étoit fouvent arrivé qu’on avoit fon- 
dé des malades , aufquels on n’avoit 
point trouvé la pierre, qui cependant 
_avoient la pierre dans la vefie,comme 
Vextration qu’on en avoit faite pat 
la Lithotomie , l’avoit prouvé. L’o- 
pération ayant été faite fur les autres 
fignes que fur le ta@ de la fonde qui 
étoit à la vérité lefigne le plus afluré; 

Di; 


x PP EE Ep EE) 


44 DissERTATION 
mais qu'il étoit certains cas où le (4) 
défaut de ce figne n’établiffoit point 
qu’on fût exempt de la pierre dans la 
veflie. 7 

Il n’en falut pas davantage pour 
fortifier le malade dans l'opinion qu'il 
avoit la pierre 3 il convient du prix, 
fe fait tailler contre l'avis de fa famille 
& de fes meilleurs amis. On eut beau 
chercher la pierre , on n’en trouva 
point. R 

Un officier de notre Parlement lui 
reprochoit un jour, le tort qu'il a- 
voit eu par fon entétement, d’expofer 
fa vie aux rifques d’une opération aufli 
dangereufe. [1 répondit. Je fuis bien: 
aife de lavoir fait ; j'ai voulu profiter 
de l’occafion , j'en ai été quitte pour 
trente piftoles ; il m'en eut coûté mille: 
écus, fi javois fait venir exprès le 
Lithotomifte; fi j'avois eu la pierre, ik. 
me l’auroit tirée. 


Mais revenant 


(a) On a vüû ce fait véri- 
fé depuis peu dans la per- 
fonne d’un Doéteur en Me- 
decine, Praticien fameux 
dans la ville d'Agen, Ce 
malade par fes lumieres & 
par fes fignes comptoit a- 


voir la pierre: divers ha- | 


au fait que nous 


biles Lithotomiftes fe fon- . 
dérent à différentes repri-: 
fes; 1ls n’ont jamais trou- 
vé de pierre. Après fa mort 


on lui entrouva une, ce qu 


prouve que le malade n£ 
s’étoit point trompé. 


: SUR LA PIERRE % 
avons à prouver, rien ne démontre 
plus que la pierre eft patrie de ce mu- 
cilage, de ce flegme fulphureux ; que 
Popération de Chimie dont parleMe- 
niot, pag. 719. On retire des pierres 
par la Chimie une huile ,très-puante, 
que je regarde comme le lien qui at- 
tache les fels & les parties terreïtres. 
Imo prater falem € terram , oleum € 
quidem fœtidiffimum € calculis arte 
_ fpargirica educi planum cértumque eff, 
_quod ad falis terraque illaqueationem 
non fic inutile. is 

On peut donc de tous ces faits na- 
turellement conclure que la principale 
matiére qui entre dans la compofition 
de la pierre , eft ce mucilage gom- 
meux & fulphureux , qui dans l’état 
. naturel enduit les parois du baflinet, 
du rein, des ureteres & de la veflie 
pour nous mettre à l’abri de la dou- 
. leur , qu’exciteroit le fel de l’urine 
dans ces parties. Mais lorfque la fa- 
leure naturelle des urines eft redou- 
blée par la matiére faline de la perfpi- 
ration ; alors ce mucilage eft fixé & 
comme eorporifié , pour ainfi dire, à 
peu près de la même maniére que la 
thérebenthine eft reduite en corps 


46  DrIssERTATION 

parle mélange de l’efprit de fel, Phui: 
le par les fels lixivieux du kali dans 
- a compofition du favon , les fubftan- 
ces gratffcufes par le fort vinaigre, &c. 


Quatrième Réfléxion. 


Il eft d’une fi grande importance 
de connoître au vrai & avec certitu- 
de , la véritable compoñition de la 
pierre per en procurer ja difiolution, 
que j'entafferai preuve fur preuve, 
pour ne laifler aucun doute, puifque 
par-là on verra la convenance du re- 
méde & du moyen que je dois pré- 
pofer pour la difloudre : & dans cette 
réfléxion j'avancerai deux faits tous 
les deux vrais & inconteftables, 


PRET ISERE ENT 


Le calcul humain deffeiché , pul- 
verifé & mis fur des charbons ar- 
dens, brûle avec une efpece de bruit 
& de détonation comme la poudre à 
canon ; mais beaucoup moindre. 

Cette expérience prouve deux cho- 
fes. La premiere que le calcul con- 
tient une fubftance huilleufe & ful- 
phureufe ; puifqu'il cit inflammable 


SUR LA PIERRE. à 


foivant l'avis de Fernel, Corpus om- 
ne quod infammari poref , olei cujiuf= 
dam eff parricep: , cujus beneficio con- 


fagrar. , Videbor bic loci guidquam 


magnum © veteribus inaudirum ad- 
ferre ; quod tamen multo verifimrilius 


fie ox multiplics etiam experientià é 


comprobatum. Fern, de abd.Ker. Canf. 
La feconde, que parmi le foufre huil- 


leux , il y a aufh du fel qui le fait pe- 


tiller & détoner quand 1l brûle. 
Suivons un peu lacomparaifon que 
nous avons propofée du calcul hu- 


man pulverifé avec la poudre à ca- 


non, 
Qui ne fçait que la poudre äcanon, 
eft un compolé de falpetre, de fou- 
fie & d'un charbon fuphureux, que 
fournit un arbufte appellé par M. Pit- 
ton Lournefort, Aluus uigra baccife- 
ra cornuts., & par d’autres Françula 
dodonci, en François, Sanguin, (c’eft 
de ce même arbuite dont les Cordon- 
niers fe fervent pour les chevilles des 
talons des fouliers.} Nous pouvons 
donc conjeéturer avec vraifemblance 
que la compofition de la pierre eff 
analogue à celle de la poudre , puif- 
que la pierre pulverifée brûle avec 


48 DissERTATION 
une efpece de détonation comme Îa! 
oudre à canon, à la vérité moindre. 
ous le falpétre entre dans la: 
compofition de la poudre pour les: 
deuxtiers , & le foufre & le charbon: 
fulphureux pour l'autre tiers, au heu: 
que dans la pierre, ce flegme gluant: 
& fulphureux en fait prefque toute: 
la compofition ; & que les fels de la. 
matiére faline de la perfpiration y font: 
en moindre doze , eu égard à celle: 
du falpetre daris la poudre. | 
On peut confiderer ces parties fa-. 
lines dans le calcul comme autant de 
clouds qui lient & attachent les par-. 
ties fulphureufes couche fur couches. 
& en revancheles parties fulphureufes 
comme des cordes & des liens qui. 
cntravent les fels à leur tour. } 
SECOND FAIT. | 
Fi fe trouve une difference entre. 
Je calcul du rein & celui de la veflie.. 
foit dans la couleur, foit dans la con: 
fiftance, Le calcul du rein eftrougea- 
tre & friable ; celui de la veffie eft 
gluant & grifatre. 
Cette difference vient fans doute; 
de ce que le mucilage qui enduit le 


baflinet 


SUR LA PIERRE 49 
baflinet & les uréteres, eft d’une gran- 
de finefle , comme filtrés par des glan- 

des très-fines ; aufli ne le trouve-t-on 
que par le ta&. Mais ce mucilage 
dans la veflie, eft plus gluant & plus | 
fenfible , & on le découvre non-feu- : 
lement au tact , mais même à la vûe. 
Le premier muclage fin fufñit pour 
garantir le baflinet & Îles uréteres, 
comme nous l'avons dit ci-deflus, 
parceque les urines ne faifant que 
pañler , & devant couler rapidement 
par ces tuyaux , il étoit inutile d’y 
placer un mucilage plus épais, qui 
auroit pû embarrafler le diametre de 
ces organes ; mais comme l'urine de- 
voit féjourner dans la veflie, comme 
dans fon refervoir , la nature a eu at- 
tention de la garnir d’un mucilage 
plus gluant & plus épais. Auf M. 
Winflow , appelle le premier liqueur 
mucilagineufe , qui moüille les uréte- 

res & leurs branches; & celui de la 

_veflie , limphe mucilagineufe , qui 

_ enduit & garantit la veflie, &c. 

_: Concluons donc que la difference 

l 


| de la couleur & de la confiftance des 
| pierres du rein d’avec celles de la vef- 
| fie , dépend x, de la finefle du 
E 


1 
( 


fo DussERTATION 
mucilage dans celle du rein, qui fur4 
pañle celle du mucilage de la veflie. 
D. De ce que le fel entre plus dans 
la compoñition de la pierre du rein, 
que dans lautre ; car pour fixer &, 
corporifier un mucilage fin , ila fallu 
beaucoup plus de fel à proportion | 
que pour un mucilage gluant & épais: 
déja corporifié prefque par lui - mé=: 
me; & je crois que la couleur rou-: 
geâtre des pierres du rein , eft une: 
preuve du {el, dont il abonde , &: 
dont il furpaffe à proportion la pierre: 
de la vefie. R 
. Ilya lieu de croire qu'une des cau-: 
fes qui favorifent la génération de lai 
pierre dans le rein, eft de demeurer 
Jong-tems couché deflus. Un gout-: 
teux , par exemple, qui gardera long- 
terns la fituation d’être couché fur lei 
dos , porte obftacle par cette atitude! 
à la defcente des urines, qui faifant: 
un plus long féjour , dans la tête de: 
Purétere , qui fert de baflinet dans: 
l’homme , donne le loifir à la falure: 
de l'urine, de fixer & corporifier cette: 
limphe mucilagineufe& de Ja pénétrer, 
Mais ceux qui gardent la fituation 
perpendiculaire , ne font pas fi fujets. 


SUR LA PIERRE. €t 
au calcal des reins, parce que les uri- 
nes defcendent par leur propre poids 
lorfau’on eft debout ouaflis, & n’ont 
pas le loilir de féjourner dans le baf- 
finet & les uréteres. 4 

_ Heft à obferver que le calcul du 
rein defcendu dans la veflie, s’il ne 
fort bientôt par lurétre, y groffit 
couche fur couche , comme (2) Fer- 
nel la obfervé, & que nous trou- 
vons fouvent le calcul du rein, com- 
me un noyau au mieu de ces cou- 
ches & envelopes qui forment le cal- 
cul dela vefie. Mais Kernel fe trom- 
pe; quand il aflure que tous les cal- 
culs de la veffie prennent leur naif- 
fance dansle rein, puifqu'il s’en trou- 
ve fouvent qui n’ont pas le noyau , 
comme ceux des enfans, ou de cer- 
tains pierreux qui n’ont jamais eu de 
coliques nephretiques. Aufli Fernel 
a été contredit fur ce dernier point 
par Rondelet, Julius Alexandrinus , 
Antonius Valetius , Meniot &autres, 


(a) Quofcumque calculos | exturbatum ; diverf: quans 
veficæ exermptos cbtrivis (ob- reliquurs integamentum Co 
trlui antèm plurimos expe- | Loris © fubflantie. Ferne- 
riendi gratia) in eornmame- | liusl. 6 cap. rs. Patho» 
à _dio quaft nuclenm reperi ve- | logiæ, 

D own radimentim € rcnibus 


Eij 


s2 DissERTATION 
Cinquiéme Réflexion. 


Un des fignes des plus certains de 
l’exiftence de la pierre dans la veflie, 
après pourtant le taétde la fonde, 
eft une matiere blanche gluante qui 
s'attache aux parois du pot de cham- 
bre des pierreux , comme nous le di- 
rons dans le chapitre fuivant. 

Zechius dit que l’aph. 79. feët. 4. 
d'Hpp. conçüen ces termes, Quibns 
in urinis fabulo[a fubfident, his vefica 
calculo Laborat , a été mal interpreté 
par Gallien & ceux qui Pont fuivi; 
que par le terme fabnlofa Hipp. n’a 
entendu parler que de cette matiere 
gluante & tenace comme la morve 


du nez qui s'attache fortement aux 


parois du po: de chambre ; que cette 
mucofité ainfi attachéeefttoüjours un 
figne pathognomoniquede l’exiftan- 
çe d’une pierre confiderable dans la 
veflie ; qu’à la verité quand cette 
gomme ne fe trouve point, c’eft un 
figne que la perre eft petite dans la 
veflie, comme cela parut dans la per- 
fonne du Cardinal Paleotus. 


Riviere de Montpellier dit que la 


\ 


«SUR LA PIERRE  $3 
prefence de cette matiere attachée au 
pot de chambre nous dénote certaine- 
ment la pierre ; mais que Pabfence de 
cette matiere ne prouve pas que la 
veflie foit exempte de calcul. 

Le même Riviere nous propofe un 
figne diftin@if qui merite grande at- 
tention. Il dit qu'il y a des fleg- 
mes qui nagent fouvent dans les uri- 
nes, & qui ne font point des fignes 
d’une pierre dans la veflie ,; comme 
Cardan le raporte dans la perfonne 
du Pere Leon , Moine de Saint Au- 
guflin; mais que ces flegmes qui 
font fortement attachez au fond du 
vafe de FPurine, qu’on en détache 
avec peine, même après qu'onaren- 


verfé le vale ; ceux-là font des fignes 


certains. de l’exiftence d’une pierre 
dans la vefie : c’eft un faitajoûte-tAl, 
que lPexperience m’a apris, & dont 
aucun Auteur ne s’eft encore aper- 
GÜ. Æateriam  mucilaginofam à 
\ . E « ° 
wefica prodeuntem in eo diffingui ab 


illa qua ex aliis partibus procedit 


quod que à vefica magis tenax © glu- 
tinofa eff » ita ut fundo matule aut 
Vitri ourofCopi tenaciter adhæreat, nec 
. poff urine effufionem vehementi concuf- 


E ïj 


+ 
* 
+ 
ET pe 4e : à fr Pique tt Siné Die SES 


dus cn: À 2 


$S4 DirssEerTATronN 

Jione excuti valeat; que vero eff ab 
aliis partibus, fun domatule non adhe- 
ret, Jed ea inverfa flatim cum urina 
effluit : hoc nfus nos docuir Quod à 
nullo Auilore haïlenus ef} animadver- 
fum. River, cap. 2. de calc. veficæ, 
pag. 223. 

On ne peut douter que cette ma- 
ticre mucilagineufe ne foit la même 
qui enduit la veflie & qui s’appelo- 
tonne au calcul couche fur couche. 
Le calcul recemment tiré de la veffie 
fe trouve enduit & couvert de cette 
gomme mucilagineufe , femblable à 
celle qui fe trouve dans les parois du 
pot de chambre, qui n’a pas eule loi- 
fir d’être fixée par les fels de l'urine, 
& qui eft la même que celle qui en- 
duit la veflie, qui detachée par la fa- 
lure redoublée de l’urine , s’attache 
en partie au calcul , & fort en partie 
avec les urines, 

Ce mucilage eft encore détaché 
des parois de la veffie, par l'attrition 
& le roulement de la pierre lorfque 
le malade fe donne du mouvement ; 
fur tout quand il fait quelque exer- 
cice violent. 

Mais une des caufes qui contribuënt 


SOL A PIERRE fe 
le plus àla détacher , font les vives 
contraétions dela tunique mufculaire 
de la veflie ; qui par des efforts re- 
doublez pour pouiler, foit Pure, 
. foit lé calcul qui porte cbftacle à fa 
fortie , Pexprime & la détache des 
glandes que nous avons obfervées, & 
qui en font la fource. | 

Riviere apelle cette mucofité qui 
fe précipite au fond du vafe de Puri- 
ne, P’efice male affeite © calculo la- 
borantis proprinm excrementum © fig- 
num pathosnomonicum. 

Jai vû un Juge d’une Terre de 
‘Chaloffe , attaqué de la pierre; fon 
Chirurgien foûtenoit quil avoit un 
ulcére dans la vefie : la douleur , fe- 
lon lui, étoit caufée par l’ulcére ; 
cette matiére mucilagineufe étoit le 
pus quien fortoit, Le Malade fit ve- 
nir Monfieur Colleau qui lui tiratrois 
pierres de la veffies; & voilà quelle 
fut la guérifon de cet ulcére pré- 
tendu, | 

C’étoitun Goutteux que la Gout- 
te avoit faifi fort jeune ; la pierre fe 
mit bientôt de la partie, qui fuccéda 
à diverfes coliquesnéphrétiques dont 
il avoit été tourmenté, | 

| E 


56. HDissERTA TION. 
J’ai connu un payfan qui par une 

aifance dans fon état & dans fon fort, 

quitta le labourage & la culture de 


fon bien , qu'il remit à fes enfans., 


grands , bienfaits & vigoureux ; lui 
pour leur donner force & courage 


buvoit tout le long du jour du vin. 


blanc violent & généreux , tel qu’eft 


celui de Bearn: il contraéta la pierre: 


& la Goutte. 


Il étoit convaincu de bonne foi que 
cette gomme attachée à fon pot de 


chambre étoit la caufe de fa douleur. 
Faites-moi fortir, me difoit-il, mon 
cher Monfieur, ces maudites glaires 


de la veflie quime pincent fi cruelle- 


ment; faites-moi cefler auf la dou- 


leur que j'ai au bout de la verge, & 


je ferai guéri: vôtre défunt pere n’y 


auroit point manqué, il étoit fort de 


mes amis , &c. 

Mais le pauvre Patient étoit bien 
éloigné de fon compte ; puifque cette 
gomme dupot de chambre, bien loin 
d’être la caufe de fon mal, n’en étoit 
que l'effet ; p'us il en rendoit, plus:il 
fouffroit ; puifque la veflie dépoüillée 
de fon bouclier , pour ainfi dire , fe 
trouvoit toute nuëé, expofée à lime 
preflion des fels de Purine, Fa 


= 


SURALA PAERRE : e 


J'ai vû pareillement très - fouvent 
dans les diflenteries, que ces muco- 


fitez que l’on rend avec quelque tein- 


ture de fang , étoient reputées par 


les malades la caufe de leur mal, & : 


qu'ils fe félicitoient après quelque ca- 
_pieufe felle où 1ls en avoient rendu 
beaucoup, comptant d’'épuifer ce ma- 
gazin d’ordure & de corruption qu'ils 
regardoient comme Îa caufe de leur 
mal, tandis que ce n’étoit que Îles 


vives contractions des inteftins irri- 


tez par Île renverfement de la matiere 
 fabine perfpirable qui fe portoit fur les 
boyaux, & qui dépoiilloient par 
leurs compreffions redoublées & fans 
relâche leur cavité interne de cette 
mucofité , que la nature y a placée 
pour les garantir de l’acrimonie de la 
bile, & pour rendre le paflage des ex- 
crémens glffant , coulant & facile. 
L'événement juitifie la verité du 
fait que je viens d’anoncer, puifque 
Je malade fouffre de plus en plus à 


mefure que cette mucofité fe vuideen 


abondance par les felles, 


Hi n ae EX 


: 
: LARREMART SRS TE 
BOND A STE EEE EN ET 7 APR 


48 DissERTATIORNR 
Sixième Réflexion. 


. Hyalieu de croire que les pierres 
engendrées dans d’autres cavités , 
font produites par les mêmes maté- 
reaux que celles du rein & de la 
veflie, & que la nature employe le 
même artifice pour la production des 
unes & desautres. UE 

J’ajoûte que toutes les tumeurs. 
contre nature qui occupent differen- 
tes parties du corps, font produites 
de la même maniere, & qu'elles ne. 
different des pierres que parce que 
celles-ci font renfermées dans des 
cavités particulieres ; les autres font 
enchaflées dans les parties qu'elles 
occupent. | 

Entrons dans un leger détail. Je 
ne ferois point embarraffé de rapor-. 
ter desobfervations tirées de divers 
Auteurs, qui établiffent qu’on atrou- 
vé des pierres dans toutes Îles cavi- 
tés du corps , où il fe trouve des 
glandes oui filtrent & des imphes mu- 
cilagineufes. 

Dans la veficule du fiel Vezale 
nous dit en avoir trouvé de fort con-: 


SORA FPTERRE 40. 
fiderables. Varandæus nous aflure en 
avoir trouvé deux ou trois fois, & 
il eft peu de praticiens curieux de 
faire ouvrir les cadavres, qui n’en 
ayent vû quelquefois. Or la veficule 
du fiel eft enduite dans fa tunique 
interne, comme l'ont obfervé ( z) 
: Varrehein & Malpighi, d’une croute 
mucilagineufe pour la défendre con- 
tre l’acrimonie de la bile ; & on ne 
peut point douter que par une fa- 
lure abondante , cette mucofité ne 
puifle être fixée & durcie pour en for- 
mer des pierres. : 
On en trouva une il y a quelques 
années d’une groffeur affez confide- 
rable, dans la veficule du fiel de la 
femme d’un Gentilhomme de cette 
Province ; & celui qui fit l’ouverture 
* m'a afluré que cette pierre deffeichée 
brülait à la chandelle prefque comme 
de la cire d'Efpagne: cette facilité à 
_s’enflamer prouve que le mucilage 
fulphureux y abonde comme nous 
Pavons dit ailleurs.” 


(a) Haec tunica contra Malpighius.Varreheïn, trac- 
bilis acrimonian chducitur | tatu 20. cap. 17. de hepate: 
_ crufla mucofa > in qua glan- | ejufque annexis, pag. 93. 
dulas quamplurimas. nitat i 


Hipp. liv. 
3. Epid. N. 
ra °. 


60 DiIssERATATION 

Varandæus que nous avons déia 
cité dans le chapitre 10. de affeébi- 
bus renum © vefice, fol. 423.rappor- 
te divers Auteurs, dont les uns ont 
vürejetter des pierres de la poitrine, 
d’autres de l’effomach par le vo- 
miflement ; d’autres par les inteftins ;. 
même en grande quantité pendant 
près de deux mois, dont quelqu’une 
égalloit la groffeur d’un œuf. 

Hipp. ce fidéle obfervateur dont 
on ne peut fufpeéter Îa bonne foi , 
rapporte une obfervation que j'ai crû 
ne devoir point omettre , je l’a tra- 
duite mot à mot. « Dansla Ville de 
» Lariffe,la fervante du nommé Dize- 
» ris fentoit de très-vives douleurs 
» lorfqu’elle exerçoit l’aéte venerien, 
» mais autrement elle ne fentoit point . 
» de mal, & elle ne porta jamais d’en- : 
» fant. Parvenue à lâgede 60. ans, 
» elle reffentit vers l’heure de midy de 
» grandes douleurs comme fi elle 
» alloit accoucher : elle avoit man- 
»#gé beaucoup de porreaux avant 
» midi le jour que les douleurs la pri- 
» rent. Ayant eu une tranchée plus : 
» violente que toutes celles qui l’a- 
» voient precedée ; elle fe leve, & 


SUR LA PTERARE. 6! 
ayant porté lamain à fes parties, elle 
+ trouve quelque chofe de dur & de 
+ rabotteux dans lorificeinterne de la 
» matrice: étant après tombée en fyn- 
» cope, une autre femmelui mit la 
» main dans le vagin, & en tira un 
» calcul rabotteux qui reflembloit 
» prefque au pefon d’un fufeau. 

_ Toutes ces cavités ont des glan- 
dres qui filtrent & fourniflent des 
 mucilages ; la falure des humeurs & 
du fang les a fixées, durcies, & en a 
formé des pierres , mais elles font 
_ beaucoup plus fréquentes dans le rein 
& dans la veflie, parce que les deux 
“principes de leur formation s’y trou- 
vent en abondance ; le mucilage y 
étoit néceflaire & en quantité , la fa- 
lure des urines étoit inévitable , & 
lorfqu’elle eft redoublée par les cau- 
fes que nous avons citées , la pierre fe 
forme. 

_ Sinous faifons réflexion au carac- 
tere des humeurs contre nature qui 
fe forment peu à peu & par congef- 
tion, nous verrons qu’elles font ana- 
logues à la formation du calcul puif- 
qu’en general elles font caufées par 
des mucilages fixez par des fcls. 


Ettmuller:, 
F3S. 651. 


62 DiIsSsERTATION 

Ettmuller dans fon livre intitulé 
Chirurgia medica, les fait naître pat 
une obfiruétion caufée par une ma- 
ticre gluante & mucilagineufe con- 
denfée par le froid, ou coagulée par 
des acides : Propter obffruclionem 
à materia vifcida | muciloginosave 
efficiente frigore, inprimis infpiflata , 
ant ab acido coagulata. | 

Monfieur Didier dans fon traité 
des humeurs contre nature, paroit 
être de même avis pag. 77. chap. s. 
» Les humeurs s’épaififfent par leur 
>» féjour dans Jes glandes du col, des 
» aiffelles, des aines, du mefentere ; 
» là graifle s'épaiflit auffi dans les 
» conduits graiffeux de la peau, lorf- 
» que le fang fe trouve furchargé de 
» parties étrangéres , capables de 
» s'arrêter dans les plus petits con- 
» duits limphatiques. » 

Mais defcendons un peu dans un 
détail des differentes efpeces de ces 
tumeurs. 

Les nodus , les tumeurs tophacées 


qui fe forment dans les articles des 


vieux goutteux, ne font autre chofe 
que la limphe mucilagineufe des ar- 
ticles, qu’on apelle finovie, coagulée 


SUR; LA PIERRE. 63 
par les fels de la perfpiration, comme 
nous Pavons dit ailleurs. 

:Qu'eft-ce que l’Anchilofs ? Une 
tumeur formée par la féve qui arro- 
fe les tendons & les articles, & qui 


fe corporifie parles fels étrangers . 


dont les humeurs font furchargées. 

Les écroüelles font des glandes 
tumefñées & durcies, parce que la 
lmphe qu doit y circuler a été fixée 
-& condenfée par des fels étrangers. 

Nous pouvons porter le même ju- 
gément des tumeurs du foye, de la 
tatte , du pancreas, du mefente- 
M Ce LE 


Concluons donc que les humeurs | 


contre nature ne différent de la pier- 
re, que parce que celle-c1 eft renfer- 
née dans des cavités particulieres, 
au lieu que Îes autres font enchaflées 
dans les parties qu’elles occupent; 
mais elles font les unes & Îles autres 
formées dela même pâte , & recon- 
noifflent le même principe de leur 
production, 

De là nous pouvons efperer avec 
confiance que fi nous fommes aflez 
heureux pour pofleder un reméde 
efficace, fouverain, viétorieux pour 


Hip. lib. 
Ée Arte. 


64 DissERTATION 
fondre & difloudre les tumeurs, fans 
employer ni le fer ni le feu, nous 
pouvons hardiment nous en fervir 
pour diffoudre la pierre, puifque l’a- 
nalogie eft un des moyens adoptez 
dans la médecine pour découvrir les 
remédes propres aux maux, & que 
Hippocrate nous exhorte d’y avoir 
recours : /n medicina via inventa eff, 
relique deinceps invenientur , fr quis 
probe comparatus ex inventorum co- 
gnitione ad aliorum invefligationem 
ferarur. 

Nous portérons cette idée plus 
loin dans le quatriéme chapitre de 
cetté Diflertation. 


Septième Réflexion. 


Nous finirons ces réflexions & ce 
chapitre par les autorités d’Hippo- 
crate & de Gallien ; qui femblent 
confirmer l’idée que nous venons d’é- 
tablir fur la caufe de la formation du 
calcul. Commençons par celle d'Hip- 
pocrate. 

* Bien que cet Auteur refpe&table 
femble varier fur la caufe materielle 
du calcul ; néanmoins dans l’excel- 

lent 


SUR LA PIERRE 6 
lent livre qu'il nous a laiffé des ma- 
ladies internes, ( duquel Sydenham 
parle en cestermes, 7» praffantsffimo 
illo quem edidir de internis affettioni- 
bus libro, ) 1 détermine la matiere 
du calcul, & nous dit qu'il eft for- 
mé de la pituite qui fe durcit & fe 
convertit en matieres tophacéés: 
Hic morbus ex pituita oritur, cum came 
ren in fe recepram non amplins dimit- 

tit, fed illic in tophum indurecit, 
fiuntque calculs parvi, : 
Nous avons dit ailleurs que la fi- 
_tuation orizontale que gardent d’or- 
dinaire les Goutteux ; par exemple. 
les parefleux oififs qui contrac- 
tent la pierre, qui font le plus fou- 
vent couchez fur le dos & fur les 
reins , donne lieu à ce mucilage , 
& qu'Hippocrate appelle pituite, 
de fe durcir , lorfque la falure abon- 
de dans l’urine , par raport au plus 
long féjour que cette fituation occa- 
fionne ; mais lorfque l’on garde la 
fituation perpendiculaire, & qu’on 
fe donne du mouvement, ces fleg- 
mes defcendent par leur propre poids, 
& leur concretion eft plus difficile. 
Gallien ce beau genie de fon fié- 


66: :DISSERTATION 

cle, ( qui a un peu terni la gloire- 
de fes ouvrages par les loüanges con- 
tinuclles qu'il fe donne lui-même, } 
établit dans fon commentaire fur le- 
fixiéme liv. des Epid. que la caufe- 
materielle du calcul eft une humeur 

crafle, gluante & vifaueufe, que les: 
alimens de même caraëtere font pro- 

pres à engendrer la pierre: & quoi= 
qu'il n'indique pas cette gomme mus- 
cilagineufe, hôteffe naturelle de la. 
cavité des reins & de la veffie 3 ik 
nous fufit qu'il convienne de la na-. 
ture de la principale matiere de la. 
pierre, pour établir Pefficacité du re-- 
méde que nous devons propofer. 

Il femble que les anciens (4) Mé-. 
decins par linfpeëtion feule & par le: 
tac du calcul , ayent connu que ce: 
corps étoit compofé d’un flegme mu-- 
cilagineux & vifqueux qu'ils appel- 
lent pituite. 

Nous avons un peu étendu ce cha- 
pitre, parce qu'il étoit important de: 
connoitre au vrai la compofition du: 


(a )Effigitur caleulusglu- |'eam calculi molem affrgiés: 
nitoft CO craih bumoris ceag- ut intolerabile [it ponans 
suentatio lapidofa ... in ve-|'ueficas Durct, fol, 3592. 
Lfisacorticatim crefeit; in f: 


| SUR LA PrÉRRE. © 
calcul pour en trouver le diffolvant , 
& qu'il doit fervir de preuve à la 
convenance du reméde que je dois 
propofer dans le quatriéme chapitre 
de cette differtation pour difloudre ce 
même calcul. 

Je me flatte que dès-lors qu’on 
conviendra que le calcul dans les 
reins & dans la veflie, n’eft qu’un pe- 
loton de mucilages Fe par lafalure 
redoublée des urines ; perfonne ne 
pourra me contefler Pefficacité de 
mon reméde:, pour difloudre ces glai- 
res mucilagineufes qui entravent les 
fels, & pour délayer ces mêmes fels, 
. qui à leur tour fixent les mucilages , 
rendre le tout fluide , & propre à for- 
tir avec les urines, & détruire par 
confequent ce corps qui fait tant de 
peine à la nature, & que Meniot dans 
fon livre de Zyrhiofs appelle Anxi- 
 ferum Corpus. 


ES 


68 DIssERTATION 


BH REG REED SErs 
CHAPITRE TROISIEME. 


Des fignes qui établifflent Pexiflence 
du calcul, foit dans les reins , 
foit dans la veflie, ©" des fignes 
diffinétifs qui les difinguent a'au- 
tres maux avec lefquels ils ont 


quelque reflemblance. 


À connoiffance des fignes eff 

d’une très-grande importance au 
Médecin ; c’eft par leur moyen qu'il 
connoit les maladies, & quil fe 
met en état de les guérir. 57 fuffe= 
ceris Medicus ad cognofcendum ; [uf- 
ficiet © ad curandum. 

Riviere dans fon livre de la Se- 
meïotique page $2. nous fait voir là 
neceflité de la doétrine des fignes, 
foit pour connoître les maladies, foit 
pour en prédire les événemens. 
INeceffaria ergo eff fignorurm dottrina ,, 
que fummum illud nobis confert bene- 
fcium, ut prefénies corporis difpoli- 
tiones cognofcere, © futuros earumk 
evenins pradicere valeamus. 


sum pa PrrrRe c> 

Les Médecins définiffent le figne, 
Quod fenfibus obvium aliquid, alindin 
corpore latens fignificat. 

Nous avons donc befoin de con- 
noitre les fignes pour fçavoir ce qui 
fe pafle au dedans de nous ; car 
comme :l ne nous eft point permis 
d'ouvrir & d'examiner à découvert 
fes vifceres pour chercher la caufe 
du mal, nous fommes obligez d’a- 
voir recours & de nous en tenir à 
des fignes qu’une longue experience 
a découverts & établis, pour nous 
faire connoitre par leur moyen ce 
que nous ne pouvons examiner de 
plus près & par nos yeux. 

Il eût été utile & profitable à la: 
médecine que les Médecins des fié- 
cles paffez , euflent travaillé à enri- 
chir la doëtrine des fi fignes. Trinam ,. 
{ dit Baghivius ) banc fignorum pro- 
vinciam quovis faculo nonnulli ex me-- 
dicis locupletare renraflent; certé me. 
dendi ars à mulris retro feculis per- 
venifer ad flatum , faltem quantunr 
paritur mortalinm Sete 

Car enfin nous n'avons pas lefprit 
de prophétie; Nemo fcientia intnirivä. 
graditus eff. Syd, Nous ne pouvons: 


Oo  DissSERTATION 
donc deviner la nature des maladies: 
& leurs caufes qu’à la faveur des: 
fignes ; ni par conféquent y aporter: 
aucun reméde fi nous ne les connoif-- 
fons pas. Zgnori mrorbi nulla cnratio.. 
Je compare les fignes à des efpions: 
& des fentinelles fidelles que la na-- 
ture a établis , pour nous avertir de ce: 
qui fe pafle dans l'interieur du corps. 
Cette doétrine des fignes faifoit: 
autre fois la principale theorie des: 
anciens, Bagl. n. 1. pag. 169. dans: 
- fon chapitre des fignes desmeladies, 
nous propofe pour fondement de 
la guerifon ,; de connoitre les ma- 
ladies , & la diftintion que lon 
doit faire des unes avec les autres. 
» Les premiers principes des maladies: 
» font couverts par les voiles d’une: 
» nuit profonde, &nous ne parvien- 
» drons jamais à les guerir , fi une 
» parfaite connoifflance qu'on ac- 
w quiert par les fignes ne porte le: 
» flambeau devant nous. De con- 
» noître & de prédire le calcul dans 
» la veflie, n’eft-ce pas quelque chofe 
» de glorieux qui tourne à Putilité & 
» à la réputation du Médecin ? » 
I nous dit aufli dans le même: 


| SUMÉEX PIERRE "y 
chapitré n. 11. que parmi les Grecs: 
{ après Hippocrate ) celui qui a le. 
plus enrichi la médecine eft Cæ- 
hus Aurelianus. » El a fait, dit-il, un: 
fi grand cas des fignes & de leur 
+ neceflité pour la guérifon des ma- 
» Jades ;. qu'il femble ne s’être oc- 
» cupé qu'à découvrir Îles fignes &. 
» les circonftances des maladies qui 
» pouvoient les diftinguer les unes 
» d'avec les autres : c’éft en cela 
qu'il excelle par deffus les Grecs 
» & les Latins , du confentement des: 
» gens fçavans ; car fi vous exami- 
# nez bien fes ouvrages, ce n'eft 
> qu'unc pepiniere de fignes qui 
» vous conduifent à la connoiflan- 
» ce des maladies : examinez fes ti- 
» tres, vous verrez qu'il ne s’atta- 
» che qu'a décrire exaétement les: 
» fignes du mal qu'il traite ; durefte 
>» iln’endit pas un mot. « Pas un Au- 
teur, après Hippocrate; n’a tra- 
fyaillé de cette maniere ; fi vous: 
en exceptez Sydenham, qui fem- 
ble avoir pris Cælius Aurelianus pour: 
modéle ... on peut aufli én excep- 
ter Lomnius. 

Syd. que nous venons de citer ». 


8 


m2 DissERTATION 

nous avertit dans fa préface qu'il 
» faut obferver tous les fignes & 
» tous les phénoménes grands & pe- 
» tits avec une fcrupuleufe circonf- 
» pection. ZÆAforborum phenomena ; 
» quantumis Mminuta ,per [e accura- 
» tiffime annotentur. Syd, in prafat. 
» que lutilité de cette exacte réla= 
# tion pour la pratique, furpafle in- 
» finiment l’eftime & la valeur des. 
» fubtilitez dont les livres des mo- 
» dernes fontremplis, & qu’elles ne 
» peuvent en aucune maniere lui être 
» comparées.  Cwjus hifforiæ uti- 
litas ad praxim, omnem affimatio= 
nem excedir , ac pre qua fubriles 
difquifitiones © arguriola quibus 
neothericorum libri ad naufeam feré: 
infercinntur, nullo in numero [une 
habende, » 

« Il ajoûte que Îles plus petits: 
» fignes , les moindres circonftances- 
» des maladies peuvent fournir des 
» indications certaines au Médecins, 
» qu'il lui eft fouvent venu dans l'ef- 
» prit que sil connoifloit à fonds 
» l’hiftoire exaéte d’une maladie, 
»il ne manqueroit jamais de Îa 
>» guÉr Ie. » 


+» 


u y 6 8 8 € 


£ D ans 


æ 


FO set PiRARDEr 
. Dans la préface de fon proceflus 
» integri, nous hfons. « Pourveu 
» que vous connoiffés les maladies 
» par les fignes & les fympthomes, 
» lesrtemédes qu'ilconvient d'y apor- 
æ ter, vous ferez un très - heureux 
» praticien , fans vous embarrafier fi 
s C’eft Pacide qui peche ou l’Alkah, 
>» fic’eft dans le fang, fi c’eft dans 
» les efprits, ou dans quelque vifce- 
» re que foit nichée le caufe du 
mal, 
Le même Sydenham a obfervé que 
ces grands phyfiologiftes font pour 
Fordinaire d'afflez médiocres prati- 
ciens.prafat. de podagra. 

On voit très-fouvent par lexpe- 
rience , l’obfervation de Sydenham 
verifiée ; ces grands parleurs, phy- 
fiologiftes éloquens, remplis d’hypo- 
théfes ingenieufes , fe trouvent le 
plus fouvent embarraflez au chevet 
du lit d'un malade, dont le vifage 
les étonne, Cum ad agros venerint ; 
putant [e velur in alinm rerrarum or- 
bem efle delaros. Cela vient, fuivant 
Baglivi, de ce qu'enchantés de leurs 
idées & de leurs nobles expreflions 
pour les faire comprendre, ils negli- 


) 


DissERTATION 
gent le travail rude & penible de 
Pobfervation & de la recherche des 


Bagl. lib.2, à 
LR fignes. Praclara quaque ingemie 
à doctis Geruditis illis fabulis quai 


delinita ad craffiorem defcendere mi- 
nervam ; non folum pigeat, fed etiam 


pudear. 


Ne pourroit-on pas croire aufli 
que la nature chez eux a fait fa prin- 
cipale dépenfe en imagination & en 
mémoire , & qu’elle les a mal parta- 
gés du côté du Jugement , de la ré- 
flexion , de la méattation & de la 
prudence , qui doivent être les par- 
ties effentielles du Médecin, pour 
obferver & connoître les fignes par 
lefquels nous parvenons à la con- 
noïffance des maladies. LACCErri= 
mum judicinm , fons eff © caput bene 
medendi ; atque ex mulris que ad 0p- 
rimum medicum conflitnendum requi- 
puntur, fummum ef prudens anim 


“ fenfus ; qui veluts gredam eff brevis 


 compendiaria Via; qha difcimus 
G* reclé atque acriter de medicina ji- 
dicare , atque in morbis gravibus 
implicitis pauca quidem ; fed rempef- 
tiva remedia adhibere .. . quare ni- 
bil medico eff bona mente optabilins s 


at 


P'osmR EL PIERRE. 
eum qua verum à fallo diflinguere 
nofcat , fine qua aut omnind defleëtet 
à Jigno, ant illud non nifi fere per la- 
bores © fludia attinger. 
Huartius dans fon examen des 
Efprits, fait mention d’un célébre 
Médecin Efpagnol qui n’avoit point 
fon pareil lorfqu’il étoit queftion de 
difputer , d’agiter une queftion, de 
diftinguer , de divifer de conclure: 
1l avoit le don de Ja parole fi élo- 
quent , que ceux qui l’entendoient 
parler le croyoient capable non-feu- 
lement de guérir les maladies, maïs 
même de reflufciter les morts : mais 
lorfqu’il vouloit fe mêler de la pra- 
tique, il avoit la main fi malheureufe 
que tous fes malades perifloient, ou 
î les précipitoit dans des maladies 
incurables. | | 
| Une éloquence mäle & fleurie fert 
beaucoup à un Orateur , qui peut 
Ipar fon difcours & fon art féduire 
| & captiver l’efprit de fon Auditeur ; 
[il n’en eft pas de même d’un Mé- 
Idécin , la nature eft fourde à tous 
les beaux difcours ; fes régles font 
tétablies par fon Créateur , elles font 
limmuables & conftantes ; ce font 
| G ii 


m6 DissERTATION 


des ordres pour elle qu’elle ne peut. 


point changer : point de difcours 


Bagl. 1. 2, 
prax. Med. 


qui la fafle fléchir ou qui puiffe la 
perfuader , elle va toûjours {on train, 
& fi le Médecin ne penétre fes mifté- 
res ,il ne réuffira jamais à la foulager:: 
or il ne peut acquerir cette con- 
noiffance que parie moyen des fignes. 
Doitores Medici opera invenienda, non 
argumenta ; indicationes ROVOTHH? 0PE- 
rum, non rationes probabiles! ratio- 
cinia veflra fapecozunt Ô capiunt 1n- 
relleËlum , res v6r0 naturam non al- 
JIOÇUNE 

. L'ouvrage qui a fait le plus d'hon- 
neur à Lomnus, ce célébre Méde- 
cin de Bruxelles qui vivoitil y a 
plus d’un fiécle, eft fans doute fon 
tableau des maladies, comme ledit: 
Monfieur Lebrethon, Médecin de la 
Faculté de Paris, qui a bien voulu 
le traduir. & le commenter ; & quoi: 

ue ce livre ne parle ni de la caufe 
_ mal, ni des remédes, onne peut, 
en contefter la grande utilité. C’eft 
à cet Auteur qu'on peut adopter le 
paffage de Bagl. Omnes nubes brevi 
diluentur, ft in folerriffimum autorem 
inciderint, qui vera morborum (iin& 


SUR DA PETRRE. 77 
‘diagnofica , five diagnofim facilem 
morborum difficilinm logo ufu didi- 
cerit , © candide lecenribus propofue- 
rit. | 
_ Nous nous attacherons donc a ra- 
porter dans ce chapitre tous les fi- 
gnes de la pierre, foit dans Îe rein, 
foit dans la veflie ; noùs n’en omet- 
trons aucun, ®& fur tout nous aurons 
grande attention à propofer les fixnes 
qui diftinguent les fympthomes de la 
pierre, d'avec ceux d’autres maladies 
- qui peuvent y avoir quelque reffem- 
blance, pour éviter Pécuéil qu’Elip- 
. pocrate marque dans fesEpidemiques: 
Similitudines in morbis frequenter im- 
ponunt, © dijiculrates pariunt opti- 
mis etiam Medicis. Hipp. 1, 6. de 
morbis vuls. fect. 7. n. 49. Ecuëil 
qui n’eft que trop frequent en mé- 
decine, puifque Sydenham le re- 
garde comme unc ratfon qui en a te- 
tardé le progrès. : Horum: curationes 
hodie non defideraremns , n'fi unius 
- fpeciei morbus pro alio diverfe fpeciei 
fubllitnsus  fefellifer. Ecuëil enfin 
dans lequel Gallien eft tombé lui- 
même, comme nous le ferons voir 


dans fon lieu. 
G 1j 


2 ati) 


78 DiISSERTATrION 

Pour détailler les fignes de la 
pierre avec ordre & avec méthode ,, 
nous les diviferons en trois articles 5; 
dans le premier nous propoferons cer-- 
tains fignes communs à la pierre du: 
rein & de la vefhe. 

Dans le fecond nous détaillerons: 
les fignes de la pierre du rein, &: 
nous obferveronsavec attention ceux: 
qui les diftinguent d’autres maux: 
qui peuvent y avoir quelque reflem-- 
blance. | 

Dans le troifiéme enfin nous ra-. 
conterons les fignes de Pexiftence: 
de la pierre dans la veflie avec la: 
même fcrupuleufe attention de dif-: 


-tinguer ceux qui pourroient donner: 


‘le change. 


ARTICLE PREMIER 
Des fignes communs à la pierre du 
rein © de la veflie. 


Premier figne. La premicre & 
principale attention que j'ai lorfque: 
jexamine un malade foupçonné de 
la pierre, eft de l'interroger s'il eft 
né de parens pierreux, 


SURILA FTERRE : #9 
1 eft certain que cette maladie 
eft dans le catalogue deshéréditaires, 
tout comme la Goutte, la Phüfe, 
PEpipelfie , d’étre chauve , d’être 
boiteux , &c. & quoique ce ne fait 
point ici le lieu de rendre rafon 
pourquoi les maladies fe traduifent 
par heritage des peres aux enfans., 
nous obferverons pourtant en point 
de fait que l'experience nous fait 
* voir très-fouvent, que les peres at- 

teints de ces fortes de maladies en- 
gendrent des enfans qui leur fucce- : 
_ dent dans leurs maux conime dans 

leurs biens. Hipp. lavoit obfervé 

avant nous ; il nous dit que les chau- 

ves engendrent des chauves , Ks 

boiteux des boïiteux, &c. Semen enim 

genitale ex omnibus Cor poris partibas Hipp. fe, 3= 
Provenit,à [anis quideu fanum, à mor- A 
bo/is morbofum : fi igitur ex caluis 

Calvi gignantur , ex cafiis cefii , 

ex difiortis ut plurimum diflorti ; 
cademque in cateris formis valet ra- 

#10, 

On ne peut difconvenir qu’on ne 
voye tous les jours par l'expérience 
& très-fouvent , que les Goutteux ; 
les Pierreux , les Chauves, les Epi- 

: Giv 


80 DissERTATION 


Jeptiques , les Boiteux , les Phti- 


fiques, & ceux qui font d’une cou- 
leur de vert de mer, qu’Hippocrate 
appelle C'afii ,ne tiennent de leurs 
peres fur ces points, 

Je conviens que ce n’eft pas un 
figne qui foit certain & univoque 
puifque nous voyons, & il eft mé- 
me befoin qu'il fe trouve des en- 
fans exemts des maladies de leurs : 


eres ; une bonne nowrrice change 
, re 


fouvent dans un enfant ces fortes 
de difpofitions ; l'enfant devenu 


plus grand peut par fon genre de 


vie, fon éducation, fes exercices , 
contribuer bcabeoans à les corriger, 
fur tout lorfqu'il vient d'une mere 
faine & robufte : Principium mor bo- 
Juin poref} emendari à principio fano: 
& les enfans retiennent plus de la 
mere que du pere , puifqu'elle a plus 
de part à la generation que lui ; & 


__'igeft par cette raifon fuivant Def- 


poifles, célébre Jurifconfulte, qu’on 


‘appelle le mariage Afarrimonium , 


& non pas Patrimonium. 

Mais bien que ce figne foit équi- 
voque & incertain ; neanmoins il 
reçoit une nouvelle force , lorfqu'il 


_SsUuR LA PIERRE. 8r 
@ft joint avec d’autres que nous éta- 
blirons bientôt , & fortifie alors la 
preuve de lPexiflence de la pierre. 
Second figne. J'exanine en fecond 
lieu le régime de vie du malade : fi 
ceft un crapuleux , un luxurieux 
& un débauché de profefhon , bu- 
vant quantité de vin & de liqueurs 
fpiritueufes, mangeant à toute (4). 
heure , d’une parefle outrée , couché 
le plus fouvent fur fon dos nuit & 
jour, ou bien fi c’eft un homme de 


(a) Jaitotjoursété per- 
fuadé que les enfans étoient 
fuietsa la pierre pour deux 
raifons ; la premiere parce 
qu’ils mangent à toute heu- 
re. Nous avons fait voir 
dans la diflértation fur la 
Gsuitte, que fa perfpira- 
tion lanomfloi & étoit 
comme fufpendué pendant 
quatre heures après le repas, 
fi on redouble dans les en- 
fans repas fur repas , fans 
donner loifir à la perfpira- 
tion derétablir fon torrent, 
quelque ouverte que foit 
leur peau , la perfpiraticn 
ft fnfpenduë, & fa maie- 
re refoule dans les voyes 
de l’urire, &c. l'a fecon- 
deraifon et le long féjour 
que les urines font dans la 
vefe des enfans pendant la | 
longueur de leurfommeil , 
ce qui donne occafion aux 
urines retenuês long-tems, 


de fixer le mucilage de fa 
veflie : auf Duretreccm-. 
mande d’éveiller la nuit Les 
enfans pour leur faire ren-' 
dre leursurines, & ‘espét- 
fonnes qui les gouverrent 
ne doivent jamais oublier 
deles faire pifier avant de 


- lesmetire au lit, cet un 


moyen très - efficace, tout 


fimple qu'il eft, pour Îes 


garantir des pierres. de 
la veffe : pour celle du rein 


: les er fans ne la ccrnoifieat: 


point ; fed in puerili «tate 
calcul canfa eff > copia bn 
moris craft ab ecacitates ip 


| faque nrina crafla que diu- 


bis in vefcaimbeciliore fnb- 


Jiffit ; preptereaqie veile cor= 


félunt qui pueros de noûlu 
excitant ad meiendum in 
ffque ut fortiter smeiant 
bertantar. Duretus in coz- 
cas Hippccratis, pag. 359 


ES 


82  DrssERTATIOoN 
cabinet , forçant fans cefle Pefpnr 
par l'excès de fes méditations : en w 


mot, que par les mêmes caufes qu 


procurent la Goutte, la perfpiræ 
tion ait été ou fuprimée ou confi 
derablement diminuée, alors je foup) 
çonne la pierre & les autres figne: 
qui annoncent, reçoivent une now 
velle force & une nouvelle évi 
dence. | 
Troifiéme figne. C'eft une ardeur; 
un feu dans les urines qui a pre- 
cédé tous les fignes, foit univoques; 
foit équivoques. J'ai vû ces ardeurs 
d'urine être le prélude de la pierre 3 
jufques-là que les malades croyoient: 
avoir la gonnorrhée, pour peu qu'ils: 
fe fuffent cxpolez à la prendre 3. 
cette cuiflon n’étoit pourtant que: 
l’effet d’une falure redoublée dans: 
Purine qui devoit bientôt operer fon 
effet dans les reins ou dans la veflie, 
dont elle coaguloit & fixoitle mu- 
cilage. | 

Un de mes amis fe trouva dans 
le cas, il craignoit fort une gonnor- 


rhée qu'il avoit meritée , encore plus. 
‘les reproches de fa femme ; je lui 


fs obferver que cette cuiffon n'étoit 


SURLA PIERRE, 87 
“point fuivie de cet écoulement pu- 
riforme vert ou verdâtre, qui dans 
les gonnorhées tache les chemifes de 
la même couleur, & je la gueris par 
_Pufage du lait que je lui fis prendre 
pour toute nourtiture pendant cinq 
jours ; mais revenant à fon premier 
régime de vivre , 1l fut bientôt tour- 
menté de la nephrétique. 

Cette ardeur dans les urines eft un 
Âigne qui ne manque jamais de pré- 
Juder Îles pierres , foit dans le rein, 
foit dans la veflie, J’en appelle à 
tous ceux qui en font atteints, fi 
avant les autres fignes ils n’ont pas 
éprouvé ces ardeurs dans les urines, 
& fi dans la fuite ils n’ont point 
vü éclorre d’autres fignes plus par- 
ans , comme des coliques nephré- 
tiques, des fupreflions d’urine, dou- 
leur au bout de la verge , &c. 

Quatrième figne. J’examine en qua- 
triéme lieu fi le malade eft fujet a la 
Goutte de longue main, & fi avant 
les fympthomes qui le fatiguent du 
côté des reins ou de la veflie, il 
n’a point été pris de quelque longue 
attaque de Goutte qui lait forcé à. 
garder long-tems le it. Ces cas 


84  DrssERTATION 
forment un foupçon bien légitime ;. 
qui fortifie beaucoup la preuve des. 
éclatrciffemens que fourniffent les 
autres fignes. 

Nous avons fait voir ci-deflus La 
proche parenté de la Goutte avec 
la pierre ; que ces deux maladies 
comme deux fœurs germaines re- 
connoiffoient le même principe de 
leur produ“ion , & que très-fouvent 
elles étoient compliquées. ù 

Il faut pourtant obferver que l'on 
voit bien de pierreux qui n’ont ja- 
mais eu la Goutte ; mais il eft rare 
de voir des goutteux anciens qui 
ne foient fujets à la pierre du rein 
ou de la veflie, 

La raifon de cette diverfité dé- 
pend de ce que la matiere de la 
perfpiration s'étant frayée une route 
par les reins & par la veflie , elle 
s’y porte volontiers , puifqu’elle y 
trouve moins de réfiftance , attendu 
que leurs canaux excretoires font 
toûjours ouverts. Ïl n’en eft pas dé 
.mèême dans la Goutte ; les attaques 
sedoublées bouchent les tuyaux ex- 
cretoires qui la portoïent dans les 


S 


| SUR LA PIERRE, 8 
articles , ils’ y forme des matieres to- 
phacées , alors elle prend la route 
des urines où elle trouve moins de 
réfiftance > & y forme des pierres 
-dc la maniere que nous l'avons Ex 


ne 
ARTICLE SECOND. 


Des fignes de la pierre du rein, © 
_ de ceux quila diffinguent des au- 
tres max avec lefquels elle peut 

* avoir quelque reffemblance. 


Premier figne. C’eft une douleur 
fixe, pefante , obtufe, &. point ai- 
guë dans la région où le rein eft 
fitué ; cette douleur demeure dans 
cet Etat tout autant que la pierre 
ne s'engage pas dans les uréteres. 

Le premier figne fe trouve étabh 
par Sydenham de miltn Jangu: neo à 
calculo renibus impatto. « L’an, dit-il, 
» ie Ja Goutte m'attaqua, l’accès 
» fut plus cruel & plus long que tous 
» Ceux qui l'avoient precedé, je fus 
» obligé de refler deux mois entiers 
» couché fur unit mollet, & cela 


86 DIssERTATION 
» dans l’Eté ; vers la fin de l’attaque. 
» je fentis une douleur fourde & 
+ obtufe , principalement dans lerein 
» gauche, & quelquefois quoique ra- 
» rement dans le droit. Après que 
» je fus convalefcent de la Goutte, 
» cette douleur des reins me refta, 
» elle fe faifoitreflentir par intervales 
» quoique fuportable & non aiguë:je 
»n’avois pas encore eu un feul accès 
» de colique néphrétique ( dont les 
» principaux fignes font une douleur 
» énorme qui s'étend des reinslelong 
» des uréteres jufqu’à la vefhie avec 
un grand vomiflement.) Quoique 
» je n’eufle pas ces deux fignes , jene 
» Jaffai pas de juger avec raifon 
» que j'avois quelque grande pierre 
» dans le baflinet du rein, dont la 
» groffeur empêéchoit la defcente par 
» le conduit des uréteres ; c’eft la 
» raifon qui me garantifloit des deux 
» fympthomes énoncés. Je trouvai 
» certainement plufieurs années après 
» que je ne n’étois point trompé dans 
» mon idée , car l’an 1676. &c. » 
Le fecond figne. Eft une douleur 
vive & poignante que le malade ref- 
fent dansle rein, & qui s'étend tout 


SUR LA PIERRE. 87 
le long des uréteres jufqu’à la vefñie : 
cette douleur eft excitée par le cal- 
cul qui s’eft engagé dans le canal de 
lurétere, & qui ne ceile jamais de 
tourmenter le malade , que lorfque 
le calcul eft defcendu dans la veflie, 
jou qu’il eft retourné dans le baflinet 
Idu rein , c’eft-à-dire dans la tête de 
lPurétere , qui, comme nous l'avons 
dit , forme dans l’homme le baflinet 
du rein. Ain fun. 
Cette douleur eft fi vive qu’elle 
furpafle toute patience humaine. 
J’aioüi dire à des femmes qui avoient 
porté des enfans, & qui avoient 
auf été tourmentées de la nephréti- 
que, qu’elles aimeroïent mieux ac- 
coucher d’un enfant que d’une pierre 
du rein ; Cardan en a dit autant. 

Le troifiéme figne, Eft Vurine fan- 
œuinolente ; il eft aflez aifé de con- 
cevoir qu'un calcul qui fe détache 
& qui s'engage dans les uréteres , 
peut par fon attrition entrouvrir 
quelque veine qui fournit un peu 
de fang , & qui teint les urines en 
rouge. 

Ce figne n’eft pas conflant &ine 
féparable de la néphrétique , puifque 


88 DissERTATION 
fouvent il dépend d’autre caufe que: 
de la néphrétique , comme ( a } 
Hippocrate l’a obfervé ; mais lorf- 
qu'il fe trouve joint avec les autres: 
fignes de la néphrétique:il fait preuve, 
& c'eft un des principaux qui diftin— 
gue, lorfqu’il fe rencontre, la néphré-- 
tique d’avec la colique, comme nouss 
le dirons bientôt, 

Dans la pierre du rein, rien ne: 
contribue tant à faire éclore ce fymp-- 
thome, c’eft-à-dire lexcretion du 
fang avec les urines , que l'exercice 
à cheval , la grande promenade ;, 
les exercices violens qui venant à 
fecoüer un calcul inégal, anguleux , 
peuvent aïfément lui faire entrouvrir: 
quelque petite veine. | 

Sydenham nous dit, parlant de: 
lui-même, qu’il a obfervé la verité 
de ce fait: « Lorfque je m'étois beau- 
» coup promené & long tems, je 
» rendois de l’urine mêlée avec le 


(a) Hipp. Aph. 74 [elfe fignificat. dem aph. 
L 4 Sifenguis autpus cum | 77. À 4. fi quis fangui- 
wriina vrAGitur venum ant | nem © pus © [qsamulas 
“uefice cxulceratio fignifica- | cum urinafundat,gravifque 
ture Qi fponte [anguinem | odor adfityvefice exulcera- 
cum wrir1 effundant iis in | tionem  fignificat. Idem 
renibus venulam  ruptam V aph. 80. libr. 4. 


fang, 


SUR LA PIERRE 489! 
_» fang, ou que je faifois beaucoup 
» de chemin à pied, où que j'allois 
» en carofle fur le pavé, quoique les 
» chevaux nefuffent qu’ au petit pas » 
Syd. de mitlu fang. à cal. ren. im- 
pailo. 

Qyratriés me figne. Si le malade a 
_ été autrefois tourmenté de la néphré- 
tique, & qu'il ait rendu quelque 
calcul pour petit qu'il foit , qu après 
.Pavoir rendu il ait été guéri , sil 
vient à être tourmenté de pareilles 
douleurs , pour peu que vous trou- 
_viez quelqu’ autre des fignes quoi- 
que équivoques de ceux que nous 
“avons propolés , qui foit dela partie; 
foyez convainçus que c’eft une dou- 
leur néphrétique caufée par une nou- 
velle pierre qui s’eft engagée de nou- 
veau dans les uréteres, & que cette 
douleur eft de la même efpece , du 
même caraétére que celle dont il 
a été autrefois tourmenté.. Vous 
devez employer alors les mêmes 
remédes qui l'ont foulagé en pareil 
cas. 

Dans ces fortes d’occafons jai 
recours à la faignée du bras pour pré- 
venir linflammation, que je réitere 


_æ 


oO  DiIssERTATION 
fuivant l’âge & le temperament du 
malade; je le plonge enfuite dans 
le bain domeftique jufqu’au menton 
‘que je réitere fouvent, aufh bien que 
les lavemens emolliens, ptizanne ano- 
dine, &c. pour relâcher la crifpature 
des uréteres, & faciliter par leur re- 

lâchement la defcente du calcul. 
= Le bain domeftique eft le. plus 
puiflant de tous les remédes pour 
foulager la néphrétique, & pour fa- 
ciliter la defcente de la pierre, foit 
des uréteres dans la veflie .. foit de: 
la vefñie au dehors. - 

J'ai été furpris que le fçavant Pra- 
ticien de Montpellier Riviere, 7°. ait 
voulu laiffer fouffrir le malade, & 
faire préluder deslavemens, des pur- 
gatifs , des fomentations, des lini-- 
mens , des. cataplafmes , &c. avant 
d’avoir recours au bain, qui eft 
pourtant , fuivant experience , le 
plus excellent remede pour la né- 
phrétique. 20. Qu'il ne confeille que 
le demi bain, qui ne peut jamais 
faire un fi grand bien que Île bam 
entier. 3°. Qu'il craigne qne les for- 
ces foient épuifées par un long ufage 
du bain, puifquil eft certain que 


SUR LA PIERRE. 9x 
fa vivacité de la douleur les épuife 
bien plus quele bain, & qu'il con- 
vient lui-même que du moins tant 
que le malade y eft plongé il ne 
fouffre point, & que la douleur eft 
fufpenduë. | 

Cinquième firne.  L’engourdifle- 
ment de la cuifle du côté de la dou- 
leur qui fe réveille quand on fait la 
flexion de cette partie. Les reins 
font placez fur le mufcle p{oas dont 
Pufage eft de faire la flexion de la 
cuifle conjointement avec liliaque, 
& le pettineus, lorfqu’une pierre con- 
tenué dans la tête de l’uretere eft un. 
peu confiderable , elle comprime ce: 
mulcle & fait cet engourdiffement . 
qui ne fe trouve point lorfque les 

‘pierres font petites: | 
»* Sixième figne La rétraion du 
tefticule du côté qui répond à la 
douleur , lequel monte jufque dans 
Paine où 1l femble qu'il foit attaché. 
Dans la douleur vive & violente 
des uréteres , toutes les parties qui. 
leur font anexées entrent dans une: 
efpece de convulfion qui fe commu- 
nique au cremafter ou fufpenfoir du 
teflicule ; cette même FA bn 
LIT 


Eüpp: aph. 


g2  DIsSSsERTATION. 
communique auffi fouvent au fphinc- 
ter de la veflie, & l'urine fe trouve 
fuprimée daas les néphrétiques af- 
freufes, tout autant que la violente 
douleur perfevere. Le fphinéter de 
Panus qui n’eft qu’une continuité du 
fphinéter de la veflie entre aufñ fou- 
vent en convulfion & fuprime les ex- 
crémens du ventre. | 
Riviere a obfervé que les purga- 
tifs que l’on donne dans le tems de 


la douleur n’operent point. M y alieu 
P P: Ÿ 


de croire que l'irritation du reméde 
ne peut être reflentie. de la nature, 
parce que pour lors elle eft occupée 
de la violence de la douleur qui tient 


lame enticrement attentive à ce qui 
Paflige le plus. Ex duobus doloribus. 
fimul & eundem locum infeffantibus,: 


vebementior alterum obfcurat. 


Jai vû fouvent decider en con- 
fultation que lorfque les évacuations 


par haut & par bas étoient indiquées 
on: augmentoit confiderablement la 


doze des remédes:, pour éviter que. 
la douleur ne fupprimät lefet. d’une. 


doze ordinaire. 


Sertiéme fine. Les.envies de vo-. 
14 


mir & le vonrflement même qui fur- 


SUR LA PIERRE .-93 
vient très-fouvent dans les vives né- 
hrétiques, Les reins, la vefhe, 
Le uréteres reçoivent une membra- 
ne du peritoine, aufli bien que lef- 
tomac qui eft la premiere enveloppe 
de tous les vifceres ; d’ailleurs outre 
Jes nerfs de la paire vague , leflo- 
mac recoit des branches des plexus 
de lPabdomen formez par le trone 
intercoftal qui en fournit auffi aux 
reins , aux uréteres, à la veflie , &c, 
Cette membrane que Île peritoine 
fournit à tous ces vifceres du bas 
ventre, ces diftributions de linter- 
coftal qui fe tiennent toutes les unes 
aux autres , entretiennent cette fym- 
pathie , cette correfpondance des 
vifceres 3 ainfi les reins & les uréte- 
res ne fçauroient être confiderable- 
ment ébraniez fans que la fecouffe 
fe communique à leftomach , & que 
le vomiffement ne paroïfle , lequel 
fuivant Lomnius eft dans le com- 
mencement de la pituite, enfuite 
de la bile jaüne , & enfin de lé- 
rugineufe , après quoi les douleurs 
diminuent. 
_ Æuitiéme figue. Lommius a encore 
obfervé qu'au commencement de 


g4  DIssERTATION 

l'accès on rend quelque peu d'urine: 
cruë & claire, mais dans le fort de: 
la douleur elle eft entierement fu- 

primée. Sitôt que la pierre eft defcen-. 
duë dans la veflie , l’urine vient abon- 

damment , elle eft grofiere & char- 
gée de fables & de graviers quien- 

trainent bientôt avec eux des petites: 

pierres inégales , ou des éclats d’une 
plus groile pierre. Ces urines font 

quelquefois pleines de bulles & fé- 
tides , elles caufent auffi des envies- 
froquentes de les rendre , & un ar- 
deur au col dela veflie. Cela dé: 

pend de ce que dans le commence 

ment de la douleur le fphinéter dela 
veflie, qui a commencé à entrer en 

contraction , filtre l’urine qui ne paile 
qu'en petite quantité & claire; lorf-. 
qu'il eft tout à fait contraété l'urine 
eft fuprimée , quand la pierre eft 

defcendue dans la veflie la douleur 

ceffe , le fphinéter fe relâche, lu- 

rine vient. pour lors en abondance, 
parce que les matieres qui avoient. 
éte retenués lorfque le fphinéter au. 
commencement de fa contraëtion ne 
laifloit pañler que Purine claire &en 

petite quantité ; lorfqu'il eft relâché 


SUR LA PIERRE 9 
il laiffe couler les matieres groffieres. 
retenuëés auparavant > les malades: 
ont des frequentesenvies d’uriner, 
& une ardeur au col de Îla veflie.. 
cela dépend de la falure des urines ,. 
comme nous l’avons dit ailleurs. 

Tous ces fignes joints enfemble , 
ou plufieurs d'eux, établffent une: 
diagnofe certaine de la pierre dans: 
le rein ; quoique j'avoue que chacun: 
d'eux prefque peut dépendre d’au- 
tres caufes lorfqu’il eft feul & feparé 
des autres: & pour éviter qu'onne 
prenne leehange & qu’on netraite 
une maladie pour une autre, comme 
je l'ai vû arriver , nous allons pro- 
pofer tout de fuite les fignes diftin- 
étifs qui nous font faire la difference 
de la pierre du rein d’avec d’autres. 
maux , dont les fympthomes peuvent 
lui reflembler. 

En premier lieu, la colique in- 
teflinale a quelquefois tant de raport 
avec la néphrétique , que j'ai vû de 
très experimentez Médecinss’ytrom- 
per. Cette attache membraneufe qui 
he le boyau colon avec le rein a: 
quelquefois impofé,parce que la dou- 
cur du boyau qui fe communiqueit 


" 
96  DIssERTATEON 
au rein a fait croire que le rein étoïit 
en faute. Gallien même dans fom 
Hvre fecond de locis affeitis , nouss 
avouë s’y être trompé fur lur-mèême.. 
» Je me fouviens, dit-il, que je fuss 
» furpris d’une douleur très-violente;, 
» il me fembloit qu’on me perçoit les 
» dedans du ventre avec un villebre-- 
» quin ,; c'étoit dans lefpace qui 
» eft entre les reins & la veflie, pan 
» lequel nous fçavons que paffent less 
»uréteres. Jeme fis donner un lave: 
+ ment avec de l’huilede rhuë;. & 
» comme je m'éforçois à le rendre. 
» je rendis avec Île lavement ( nom 
» fans une très-vive douleur ) une: 
» humeur vitrée qui reffembloit à dus 
» verre fondu. 
» En verité je croyois avoir une: 
» pierre arrêtée dans l’un des uréte- 
pres; mais cette humeur ayant été 
» évacuée , & la douleur étant cal- 
» mée , 11 parut clair comme le jour 
“que ce n'étoit pas une pierre 
# qui avoit fat le mal, qu'il ne 
» falloit chercher querelle ni aux reins 
» ni aux uréteres, & que les feulsin- 
* teftins, principalement les gros, 
» avoient fouffert, 4 


SUR LA PIERRE 07 
. Il eût été à fouhaiter que Gallien 
fe fût fouvenu de cet aveu fincere 
dans fon livre fuivant , qui eft letroi-" 
fiém® de locis affeëtis 3 1 fe feroit 
épargné le ridicule d’une loüange ou- 
trée qu'il fe donne lui même, & que 
le paflage que nous venons de citer 
dément. La voicr. 

_» Pour moiréellement j’ai fait voir 
» foit en public, foit en particulier, 

# à tousceux qui ont defiré aprendre 
» quelque feéte de moi, que dansla 
» fcience de toutes fortes de feétes 
» perfonne ne pouvoit m'être pre- 
» feré, pour n’en pas dire davantage. 
» Que fi je veux foûtenir quelque 
_» feéte en particulier, quoique fur 
le champ & fans préparation, je 
>» parlerai de maniere que qui que ce 
» foit aura bien de la peine de me 
» mettre au fac, car les raifons ne 
» me manqueront jamais. » 

Pour diftinguer cette efpece de 
colique d’avec la néphrétique, nous 
obferverons 1°. Que dans celle-ci 
la douleur eft fixe dans le rein, & 
| s'étend le long des uréteres jufqu’au 
] tefticule qu’elle fait remonter dans 
1 Vaine, au lieu que la colique intefti- 


% ES 4 


983  DissERTATION 
nale eft vague, & qu'elle occupe 
comme une ceinture le milieu du 
ventre. 2°. Que la colique intefti- 
nale augmente d’abord qu'on a#pris 
des alimens, parce que leftomac 
rempli comprime l'inteftin colon qui 
entoure tout fon fonds, & qui eft 
le fiége le plus ordinaire de la co- 
lque inteftinale , au lieu que les ali- 
mens n’éfarouchent pas la néphré- 
tique , mais plütôt la foulagent. 
30. Que les évacuations par haut 
& par bas foulagent pour l’ordinaire 
la colique inteftinale bien mieux que 
la néphrétique, 49. Que les urines 
au commencement de l'attaque né- 
phrétique font claires , au lieu que 
dans la colique ellesfont plus épaiffes. 
o, Enfin dans la colique le vomif- 


fement eft plus violent que dans la 


néphrétique 3 & quoique ce fympto= 


me foit commun à l’un & l’autre ma-. 
ladie , neanmoins le voifinage du. 
.colon qui embraffe le fond de l’efto-. 


mac, produit de plus grands vomif= 
femens que dans la néphrétique. 

En fecond lieu, le levain des fié- 
“Vres intermittentes deguifé, a quel- 
quefois impofé fous les apparences 


à 


| 


SUR LA PIERRE. 69 
de la néphrétique. Jai vû Monfieur 
Manadé , maître Chirurgien de cette 
Ville, qui eft mort Doyen de fa 


Compagnie , attaqué d’une colique 


vive dans la région du rein droit, 


que lon prit long-tems pour néphré- 


tique. On le faigne & refaigne par 
le bras, quoique dans un âge avancé, 
on le met diverfes fois dans le demi 
bain, on employe des lavemens de 
vin & d’huile de noix, & de toutes 
fortes de compofitions, on applique 
fur la région des reins lhuile de 
fcorpions de Mathiole, des cata- 
plafmes de plufieurs façons. Point 
de foulagement. 

Le malade étoit homme d’efprit , 
de bon fens & ancien praticien ; un 
des confultans des plus jeunes lui 
propoie de prendre du kina de 
trois en trois heures delayé dans la 


ptizanne , avec une prife de boïullon 


entreles deux prifes. 

Les raifons de fon avis étoient 
1°, parce que quelques jours avant 
fon attaque de colique il avoit eu 
quatre ou cinq accès de fievre dou- 
ble tierce intermittente bien mar- 
quez, qui avoient difparu fans aucun 


Ii 


60 DISSERTATEION. 


réméde & fans crife, & que d'az: 
bordla colique étoit furvenué ; preu= 
ve cértaine que le levain qui pro: 
duifoit la fievre étoit le même que: 
celui qui faifoit aujourd’hui fon jeu: 


fous la figure dela néphrétique. ( Hip-: 


pocrate nous recommande de donner 
grande attention aux maladies qui. 


fe fuccedent Îles unes aux autres. ) 
20, Que fuivant Morthon dans fon 


chapitre 9. de prothai formifebris in=: 
cermirientis genio ; PAL. 236. on à. 


fouvent vû le levain des fievres in- 


termittentes fe déguifer & prendre la. 
figure de plufieurs fortes de mala-. 
dies. Ha febres hand raro plerofque! 


alios morbos eofque acuriffimos fimu- 


lare f[olent, corticis Peruviani rame) 
wiribus cedunt , © fi cortex non cxhi=1 
beatur, fapius funcefle evadunr. Où 
R 


dans le cas prefent nous ne pouvions 


douter que nous n’euflions à faire: 
avec une de ces fiévres intermitten-. 


tes déguifées dont parie Morthon. 


3°. Que la douleur revenant chaque, 


jour à une heure certaine ; un jouf 


plus violente que l’autre , dont les 


mapairs répondoient aux impairs » 


les pairs aux pairs, il paroïfloit 


SBWR ODA PTERRE. ‘ros 
marqué comme en gros caraétére ; 
que c'étoit la même fiévre double 
tierce dont 1l avoitété attaqué avant 
Ja colique que nous avions à com- 
battre. 4°. Que les urines qu'il ren- 
doit étoient rouges avec fédiment: 
de même couleur ;. ( figne patogno- 
monique, comme dit Bagi. que le 
mal eft produit par un levain de fié- 
vre intermittente ) lb. 2. prax. med. 
Sivrine rubre appareant cum ftdi- 
mento coloris lateririi, [cias [ub qua- 
cumque forma procefferit morbus à 
fermento febrium intermittentium de- 
ducendum effe. $°. Que linutilité des 
remedes qu’on avoit déja pratiquez. 
depuis plufieurs jours pour la né- 

brétique  étoit une preuve quil 
falloit changer de batterie, & envi: 
fager le mal fous un autre afpe&. 
6°, Que le kina qu’on lui propo- 
foit n'étoit pas un reméde inconnu 
dont l’experience tirât à aucune dan- 
gereufe confequence , fur tout à 
un homme âgé ; d'autant mieux que: 
le malade même faifoit grand cas. 
du kina, &le donnoit indiferem- 
ment à toutes fortes de fiévres , mé- 
me à celles où1l ne convenoit point. 


Li 


D 
102 DiIssERTATION : 

Les grands effets qu'il avoit vü 
produire au kina en divers rencon- 
tres, ou pour mieux dire la dou- 
leur,le déterminerent à faire l’eflai de 
cette drogue falutaire : il en prit dé 
trois en trois heures, &en trente-fix 
heures il fut guéri, 

Il eft à obferver que dans ce ma- 
Jade il n’y avoit point de fupreffion 
d'urine , au contraire elle couloit en 
abondance , rouge, avec fédiment de 
même couleur ; la douleur ne s’éten- 
doit pas le long des uréteres, elle ne 
faifoit point derétra@ion duteiticule, 
mais elle revenoit à certaines heures 
chaque jour, dont le pair répondoit. 
à l’impair, &c. fignes certains & di- 
ftinétifs que nous avions un levain 
de fiévre intermittente à combattre, 
& non une néphrétique , comme l’é- 
vénement le juftifia. | 

J'ai vû depuis un Ecclefafti- : 
que , conflitué en dignité dans une. 
Ville circonvoifine , attaqué de la … 
même efpece de colique ; mêmes 
circonftances que celle du Sieur Ma- 
nadé, & ce pendant trois mois. Il. 

avdit: pris deux ou trois grofles de 
:lvémens , purgé cinquante fois , 


Ms PPERRE ro 
baigné dans l'huile, dans des bains, 
des demi bains, il avoit avalé de 
Popium à diverfes reprifes, &c. Je 
jugeai par fes urines rouges & celle: 
de leur fédiment, par la douleur qu 
revenoit à certaines heures plus vive 
un jour que Pautre , par quelques 
accès de fiévre qui avoient precedé 
fa prétenduë néphrétique, & qui 
avoient difparu fans crife 6 fans re- 
méde , que c’étoit une affaire du 
kina. Mon avis fut examiné en plein 
chapitre dontil étoit le chef ;1l pafla 
à la pluralité des fuffrages qu’on en 
feroit l’effai : trois once de kina avec. 
un pot d’eau de fontaine pour le de- 
layer opererent fa guerifon. 

: En troifiéme lieu, les femmes hifte 
riques,comme Sydenham la obfervé, 
fontsquelquefois tourmentées de va-. 
peurs qui reffemblent à la néphréti- 
que , foit par la place que la dou- 

‘leur occupe, foit par les vomiffemens. 
qui font de la partie, foit même par 
ce que le douleur s'étend & s’allonge 
Xe long des uréteres ; de forte qu’on. 
a peine à difcerner fi cette affcétion. 
eft ou vaporeufe ou néphrétique.. 
Vous diftinguerez ce cas fi la mala- 

Eij: 


104 DirssERTATrOon. à 
de avant l'attaque a eu quelque 
grand revers affigeant qui lui ait 
tourmenté l’efprit , & fi les matieres 
qu’elle vomit font vertes. alors vous 
pouvez attribuer cela aux vapeurs 
& non à la néphrétique. Quandoque 
boc malum in alterntrum ex renibus 
FnChrfans atrociffimo, quem 1llic parie, 
dolore paroxifinum néphreticum omni-. 
n0 mentitur , idemque non folum do- 
loris genere , locoqne quo fevir , fed 
© adfitis vomirionibus 1MManioribus, 
FUIL ELIAML Honnunquam ex eo quod 
dolor per ureterum duëtus Propageturs 
ira pt admodum agre dignofci queat 
#irum bac fymprhomara ab znclufo cal- 
culo , an vero ab affeitn quodam byfe 
ser1Co enafcantur ; nifi forte cafus ali- 
quis acerbior, & ra animum pauld ar- 
FéquaL Corriperetur difcrutians, ant 
Materig Viridis per vomirunz rejectio 
fYmpthomata ifla affetioni biflerice 
Porius ,quam calculofe , tribuenda fe 
docuerinr. | | 
En quatriéme lieu quand nous 
trouvons des fympthomes équivo- 
ques de la colique néphrétique ou 
de. linteftinale , la confideration que 
Roÿs avons propolée ci-deflus doit. 


SUR LA PIERRE  10$ 
faire un grand poids ; c’efl-à-dire , 
que fi file malade eft fajet à a la goutte, 
sil en a été attaqué depuis peu , 
c’eft un grand motif pour faire pen- 
cher la balance du côté de la néphré- 
tique , lorfque ces douleurs équi- 
voques le tourmentent. 

Nous avons dit ci-deflus que la 
pierre & la goutte étoient deux 
fœurs germaines , & qu’elles recon- 
noifloïent le même principe de leur 
produétion, Meniotl’a dit d’une ma- 
nicre fort éloquente dans la page 
7A4S$. Archritici vix effugiuntr nephri- 
tidem , funt namque ba palliones 
confanguines © collaltanee , hoc ef 
isfdem orinnde parentibns, codemque 

abulo connurrire : quamobrem facete: : 
ludebar calculofus Erafmus, [cribens 
ad atmicum arthriticum , [e afines 
effe, fcilicer amborus Jororum arthri- 
tidis © nephritidis maritos, ac per- 
fape alrerum , abfque adulterii ff= 
picione, ad. alterins uxorem accedere. 

En cinquiéme lieu, une douleurrhu- 
matifmale qui occupe exterieurement 
la région des reins , peut impofer 
quelquefois, comme Baglivi Pa ob- 
fervé.. Il nous en propofe dans fa 


106 DIssSERTATION 
pratique le figne diftincif, Faitess 
courber , dit-il ; le malade jufqu’à 
terre, & lorfqu’il fe releve deman-- 
dez-lui s’il lui femble qu’on ‘lui fendi 
les reins par le milieu : que sil dits 
qu'oüi, tenez pour certain que la 
douleur n’eft pas néphrétique , mais: 
bien rhumatifmale dans les mufcles: 
Exterieurs. 


ARTICLE TR OISIEME. 


Des fignes qui prouvent l'exiflence: 
de la pierre dans la veflie, € de 


Ceux qui la diffinguent d’autres. 


MaUX Qui Pourroient avoir quelque 
reffeinblence avec elle. 


Premier figne. Je commence par! 


ceux qu'Elippocratenous a enfeignez.. 


Ceux, dit-il, qui ont des matieres 
glaireufes dans leurs urines, qui fe: 


précipitent au fond du vafe , ont la. 


pierre dans la vefle, Quibus in uri= 
nis fabulofa [ubfidenr, bis vefica cal-\ 
culo laborar, Nous avons propolé 
ce figne dans le chapitre précédents 


nous avons fait voir que fuivant les 
bons. & fidéles interprétes, ce mot” 


SUR LA PIERRE 107 
fabulofa devoit fignifier ces matieres 
mucilagineufes, argilleufes , gluantes, 
rlaireufes , tenaces, qui s’attachent 
fortement au pot de chambre des 
pierreux ; que ladhéfion de ces glai- 
res au pot de chambre étoit un figne 
rrès-univoque de la pierre ; mais que 
les autres glaires qui nagent dans l’u- 
rine ne lindiquent point , &c. Il n’eit 
point neceflaire de répeter 1c1 tout 
ce que nous avons dit touchant ce 
figne. 

Second figne. Ceux qui ont la 
pierre dans la vef ie ont beaucoup. 
plus de peine à rendre leurs urines 

uand ils font debout, que quand ils: 
Bne couchez , ou fur leur dos, ou 
De lundes deux côtez, Le canal de 
Vurine dans cette pofture eft libre, 
parce que la pierre tombe alors 
dans le fond de la veflie ou dans 
fes parties laterales. De-là vient que 
Riviere page 222. dit que lorfqu’en 
urinant lurine s’arrête, le moyen de 
la faire fortir fans peine eft de cou- 
cher le malade & de le fecouer ; 
que pour lors la pierre tombe dans 
le fond de la vefie , & ne HoBthE 
point le palage de l'urine. 


der 


108 DirsseKTATION 
. Ce figne eft tiré d'Hippocrate.;, 
qui dans fa coaque $. des maladiess 
de la veñlie raportée par Duret: fol. 
359. nous dit, Calculofi e% figurai 
Jitt, ut ne calculus procidat in urine: 
dullum , facilius illi meiunr: & Du-- 
ret dans l'explication qu’il donne de: 
cette coaque, nous dit que la figure: 
& la pofture la plus amie de la na: 
ture pour faciliter l’excretion de l’u- 
rine dans un pierreux , eftde cou- 
cher le malade fur fon dos ou fur 
lun des deux côtez, afin que la 
pierre tombant par fon poids dans: 
le fond de la vefñie ou dans fes par- 
ties laterales , ne fe prefentât point 
au conduit de l'urine. $ 
Troifiéme figne. C’eft une douleur: 
dans le col de la veflie qui fe fait. 
encore plus vivement fentir à la fin. 
de lexcretion de l’urine : cette dou- | 
leur s’allonge & s'étend jufqu’à l’ex- 
trémité du gland où fe termine l’u- 
rethre. Ce tuyau pincé vivement: 
dans fon principe, fe contratte & fe: 
reflerre , & 1l n’eft pas furprenant, 
que fon point d'attache qui eft au. 
bout de la verge foit cruellement 


traillé, & que la douleur y foit fi 


SUR LA PIERRE. os 
vive. Cette douleur reflemble affez 
à celle qu’on éprouve dans l’ardeur 
de lurine , & on auroit aflez de 
peine à les diftinguer, fi les autres 
lignes de la pierre ne venoient au 
fecours. 

Quatrième figne. C’eft une efpece 
d'irritation & comme de phlogofe 

ue l’on obferve à l’ouverture du 
gland par où fort l'urine, qui certaine- 
ment ne dépend que du tiraillement 
& de la douleur prefque habituelle 
que nous avons obfervé dans cet 
endroit dans le chapitre précédent. 
Ce figne eft équivoque feul &feparé, 
puifqu’on obferve la même chofe 
dans ceux qui ont la gonnorhée ; 
fur tout dans fon commencement , 
mais lorfqu'il eft joint aux autres il 
fortifie la preuve. 
_ Ce figne na pas été obfervé pat 
les Auteurs, du moins je n’en ai là 
aucun qui en ait fait mention. Ce- 
pendant j'ai vû tailler un enfant par 
un célébre Lithotomifthe à la Chari- 
té àParisen1699. Quoiqu'il ne trou- 
vât point la pierre avec la fondele 
jour de Poperation , le Lithotomifthe 
fe détermina à faire l’operation, 


L = x 
ÿ, % CE 


110 DISSERTATION 
par le figne dont nous venons de: 
parler, mais principalement par l’aflu-. 
rance que lui donna le premier gar-: 
çon chirurgien de cet Hôpital :; 
qu'il avoit trouvé la pierre trois: 
jours auparavant avec la fonde., 
On lui tira une pierre que j'ai vûé 
& touchée, & le malade fut bien- 
tÔt guéri. | 
Cinquiéme fîgne. Une demangeai- 
fon fourmillante dansla verge ou dans 


Jes parties du fexe, qui oblige les 


uns & les autres à porter fouvent la 
main aux parties, foit pour la faire 
pafler en grattant , foit par un inftint 
naturel qui nous fait porter la main 
dans les endroits où nous fentons de 
la demangeaifon ou de la douleur, 
même en dormant. | 


Sixiéme figne. C’eft un poids que. 


Jon reflent dans le perinée , fur tout 


lorfque la pierre eft un peu grande, 


accompagné d’une douleur gravative. 
Une pierre de deux, trois, ou quatre! 


onces ne peut jamais manquer de 


produire ce figne par fon poids, &! 


ce figne eft très-univoque, lorfqu’il! 
fe trouve fecouru des autres. 
Septième figne. C'eft une très- 


P'SURLM PIERRE Is 
grande difficulté de rendre les urines 
qui ne peuvent venir qu'avec des 
efforts redoublez , femblables à ceux 
d’une femme qui ‘eff en travail d’en- 
ant’; & ces efforts ne produifent 
que très-peu d’urine qui coule gou- 
e à goute , encore les malades font- 
ls obligez de tirailler & d’étendre 
la verge frequemment pour faire 
fortir ces goutes d'urine. 

J’ai vû des enfans de huit ans 
atteints de la pierre, porter toûjours 
leur main à leurpartie , la tirailler, 
Vétendre pour favorifer l’excretion 
de Purine , & jai admiré que la na- 
ture avoit apris à ces enfans ce que 
les adultes fçavent pe leur expe- 
rience. 

Huitième figne. C’eft une envie 
d'aller à la felle qui fe trouve jointe 
avec les efforts de rendre les urines 3 
les excrémens du ventre fortent mé- 
me par ces fortes d'efforts, Riviere 
page 222. attribué ce dernier figne 
à la connexion du mufcle fphinéter 
de la veflie avec celui de l'anus , 
& à ce qu'ils reçoivent tous les deux 
des rameaux du même tronc: mais 
J'ai toûjours crû que cela dépendoit 


#12 DissERTATION 


de la forte compreflion des mufcles: 
de l'abdomen , qui aident non-feu-: 
lement l’excretion de l'urine , mais: 
même celle des excrémens du ven-: 


Quoique la veflie ait des fibres: 


mufculaires capables de contraétion, 


que les inteftins en ayent aufh, &: 


que lon puiifle regarder ces parties 


comme des mufcles creux ; il ‘eft: 
pourtant certain que la forte com-: 
preflion des mufcles de labdomen: 


aide infiniment la contradion parti-. 
culiere de ces deux organes ; ainfi. 


il n’eft point furprenant que lorfque 
ces mufcles de labdomen fe con- 
tractent avec force, ils contribuent 
beaucoup à faire fortir les excré- 
mens de l’une & de l’autre cavité. 


Ces deux derniers fignes que nous. 


venons de décrire font équivoquess 


Œ& communs avec les carnofitez ou 


callofitez qui furviennent au ca- 


nal de luréthre ;il eft conftant qu’il 


faut des efforts infinis pour avoit” 
quelques gouttes d’urine; qu’il faut” 
urailler & allonger la verge pour en” 


favorifer la fortie ; que dans l’un & 


dans l’autre mal vous verrez le ma- 
Ÿ lade 


. SUR LA PIERRE IE 
lade aller à la feile par les mêmes 
efforts qu il fait de rendre les uri- 
nes, 

… Les fignes diftin@ifs de l’un d’avec 
Pautre font 1°. Que dans les carno- 
fitez ou callofitez de lurethre, des 
longues gonnorrhées ont precedé 
qui ont éludé les remédes des chi- 
rurgiens les plus experimentés.. 20. 
Que pour les fupprimer & pour avois 
un refte depayement convenu, ils fo 
font fervis des inje&ions faites-avec 
de Peau de quercetan , d’eau de for: 
ge, du- vitriol, &c.. 30. Que dans. 
ces fortes de malades on trouve une: 
humeur dans |a perinnée bien mar. 
quée vers la. racine de la verge: 
4. Que lorfqu’on: veut fonder ces 
fortes de malades pour éclaircir le 
fait , fi c’eft une pierre ou une car<. 
nofité:, on trouve un obftacle à la 
fonde , & pour peu qu’on veüille- 
le forcer on met le malade tout en. 
fang, & on le jette dans une hemo- 
ragie qui a été fouvent fuivie d’une 
imflammation dans les parties. ç°: 
Qu’avant que la carnofité occupe: 
tout le canal de Puréthre , le ma. 
lade rendoit.les urines plattes comme : 


114 DissERTATION 

un ruban , ce qui dépendoit de Îa: 
naiffance de la carnofité qui compri- 
moit l'urine , & faifoit fortir fon jet. 
de cette figure : quelquefois quand: 
la carnofité étoit petite & ronde ;. 
Purine fortoit comme en fourche ;. 
ayant été pour ainfi dire partagée 
en deux par la carnofité de la figure: 
d’un pois. 6°. Vous ne trouvez point: 
alors les autres fignes de la pierre: 
que nous avons propofés.. 

Dans la veritable pierre tous les. 
fignes diftinétifs de la carnofité que: 
je viens de propofér manquent, à. 
moins que l’une & lautre maladie ne: 
fe trouvaflent compliquées enfem=. 
ble. 

Nenvième figne: L’urine fe fupri-. 
me après qu’on a commencé d’uri=) 
ner, on la voit s'arrêter au milieu. 
de fa courfe : cela vient de ce que 
la veflie par fa contraäion poule: 
la pierre vers fon col où elle forme: 
un obftacle à la fortie de l'urine 5: 
à peu près comme un bouchon en" 
foncé dans une bouteille , lorfqu'on 
vient à la renverfer pour en vuider” 
le: vin, on voit quelquefois tout-à-- 
couple vin. s'arrêter &. ne coulers 


SUENICN PÉERRE _FES 
lus, parce que le bouchon fe pre- 
fente au goulleau de la bouteille ;. 
& empêche la fortie du vin. 
 Dixiéme figne. Si un malade fujet: 
àla colique néphrétique, accoûtumé: 
de rendre après les douleurs des cal- 
culs par les urines ; s'il fe trouve 
une attaque denéphétique qui n’au-- 
fa été fuivie de lexcretion d’un cal-- 
cul à fon ordinaire ; c’eft un figne: 
certain d’une pierre , pour peu qu'il. 
y ait quelque fympthome qui tra- 
vaille & fatigue la veflie : que ce 
calcul defcendu, n'étant pas forti 
comme les autres, a refté, qu'il a 
augmenté couche fur couche, qu'il 
eft déjà devenu fi grand qu’on ne 
peut cfperer qu'il forte comme ont. 
fait les autres ; & dans ce cas lorfque 
vous trouverés un malade qui a 
de la peine à rendre fes urines ;. 
vous pouvés conjeéturer hardiment: 
qu'il y a une pierre dans la veflie. 

Onxième figne. Les frequentes 
éreétions font encore un figne de la. 
pierre ; l'irritation de ia veflie & de 
Vuréthre fe communiquent aifément.: . 
aux éreéteurs qui entrent en con. 
tration. . | | 


116 DiIssERTATION 
Donziéme figne. C’eft l'inquiétude 


du malade. Ils ne peuvent refter en. 
repos n1 demeurer en aucune place, 


ils fe tourmentent toûjours ; & lorf- 
que la pierre eft grande ils ne peu- 
vent demeurer debout ni aller àche- 


val fans foufrir davantage, & s’ex- 


pofer à rendre du fang par les uri- 
nes, à caufe de Pattrition de la pier- 
re qui ouvre quelque vaifleau fan- 
guin.. | | 

Treizième figne. Dans la pierre 
les calmantsfont du bien:; les diu- 
rétiques & autres remédes acres qui 
pouilent avec force vers les voyes 
des urines, font un grand mal , 


comme Manget le rapporte fol. 304. 


n. IO.. j 


Il y a lieu de croire que Duret: 
a voulu parler de ces fortes de 


diurétiques violens , lorfqu'l. con: 
damne en théfe tous les remedes 


qu'on. propofe pour diffloudre la. 
pierre. Temeraria eff.omnis medicina, \ 


Pefifera © [ape mortifera , que frank 
£geudo. vefice.calculo adhiberur. ;. cui v 
Profuerit vidi adhuc neminem, per= 


mulios.autem. quibus exitio illa fuir 
W confirme ce qu'illa avancé par 


SUR EA PrERRE 11% 
une obfervation mémorable d'Hip- 
pocrate, tirée ducinquiéme livre des 


epidemiques. Lariffe Theophorbi puen 
calculof[am habchar veficam, glurino-. 


fum quidquam permeichat ;. idque 
difficultèr cum fummo. dolore; tum 
snicio, tum faciens finem meiendi ;, 
praputinm manibus confricabar. Hic 
cum bibiflet accerrimuin dinreticunr, 
aihil in veficam feceffit, nihil ex ve- 
fica exceflit, vomuit aurem multum 
puriforme © bilem; ac tum hujuf- 
modi altera tranfmitrebat. infra per 
alvam;venter dolchar admodum © in- 
tus incendio conflagrabat , reliquurs 


vero corpus. frigidins “erat glacie ;. 
omnibus membris captus erat, nec 
volnit quidquaim affumere. Huicma= 
gna erat ipfius alvi, exulecratio, à: 


forti nimium medicamento [en phar- 


mac : periié à potione tertinm agens: 


diem. | 

Mais j'efpere que le reméde que: 
je dois propofer bientôt pour dif. 
foudre la pierre, fera exemt de cette. 
cenfure, puifqu'il eft d’une nature, 
très-oppolée à celui qui caufa la. 


mort de l’enfant de Teophorbe, &. 
que les propofitions. que j'avances 


N 


#8 D'ISSERTATrON# 

rai pour établir la convenance dix. 
« mien , mettront fon efficacité dans: 
tout fon jour. 

Quatorzième figne: Le malade at- 
teint de la pierre lorfqw’il fe promene- 
dans les ruës ; marche les jambes. 
écartées ; ce figne a été obfervé par 
Baglivi dans fon premier livre de: 
pratique page r17. Si frequenter. 
mentulam contrecler patiens , fi cum: 
Merere incipit defidendi quoque volun- 
rate tencatur ; fi dum per urbemin= 
cedit, divaricatis cruribus obambuler,. 
ex tribus hifce fignis de calculo vefice: 
certior fes. ù 

Le même Auteur a obfervé que 
les douleurs des hemorroïdes inter- 
nes impofent quelquefois & font! 
foupçonner la pierre dans la veflies” 
mais il eft aifé de les diftinguer ,! 
puifque les douleurs de la pierre! | 
font & plus atroces & plus frequen-. 
tes que celles des hemorroïdes. Æe-. 
Mmorroidun internorum dolores menriri 
folent dolores calcul in vefica: La 
tentiss bi tamen mulro funt arro:: 
ciores © frequenriores quam illi\ 
Le fchirre auf de la vefie imite les 
fympthomes. de. la pierre, comme: 


SUR LA PIERRE. rre: 
le même Auteur dit lavoir vü. Cal. 
culum vefice ad amulim mentirar- 
fchirrus vefice., ut bis vidimus. 

Quinzième figne. Manget (a): 
faporte un figne tiré de Groënevelt; 
que les malades qui font attaquez: 
de la pierre ont pour l'ordinaire: 
beaucoup de foif & demandent fou- 
vent à boire : il en rejette la caufe 
fur la grande quantité d’urine qu'ils. 
rendent, & que la ferofité du fang 
doit être remplacée par la boiffon.. 
Pour moi j'en accufe une autre : la. 
difpofition faline des humeurs que. 
nous avons obfervée dans les pier- 
reux , leur procure cette foif ; leurs: 
cris & leurs plaintes continuelles y. 
contribuent ; & certainement ce ne. 
fçauroit être la quantité des urines. 
qu'ils rendent qui les altere , car: 
quoiqu’ils urinent. fouvent , nean- 
moins c’eft fi peu à la fois, qu’un. 
homme fain rendra autant d'urine en: 
une feule fois, qu’un pierreux en. 
trente. 

Seizieme figne. C’eft le plus cer- 
tain de tous que leta& de la fonde: 


£a) Manget fol, 304. tem..x, inverbo, Calcnbes, . 


Bagli. lib. 1. 
Prax. Med, 


120 DisSsERTATION 
lorfqu’on lintroduit dans la veffie ,, 
& que heurtant contre la pierre elles 
fait un bruit qui fe fait entendre: 
non-feulement à Poperateur qui fon-- 
de , mais même aux affiftans ; c’efüt 
un figne après lequel on ne peut em 
aucune maniere révoquer en doute: 
lexiflence de la pierre dans la veflie.. 
Signum omnium cerriffimum calculii 
in vefica latentis eff , ejufdem con: 
tailus à cathetere fatlus , reliques 
figna fallunt etiam peritiffimos. | 
On doit pourtantobferver, comme: 
nous l'avons dit ailleurs, que ce figne 
tout certain qu'il eff pour prouver 
lexiftence de la- pierre ; ne doit» 
point faire préfumer par fon abfence… 
que la veflie foit exemte de pierre“ 
lorfque les autres fignes s’ytrouvent 5 
puifqu’on a fouvent fondé des pier- 
reux diverfes fois , fans avoir trouvé 
Ja.pierre avec la fonde, quoiqu’ellew 
y fût, ce qui arrive vrai-femblable-. 
ment lorfque la pierre eft encyflée 
( nous en parlerons dans le chapitre 
füivant) ou lorfque la veffie du ma-" 
lade eft fi ample , que la pierre fe ni. 
che dans quelque partie laterale où 
la fonde ne touche point. ; | 
(ES 


SUR LA PIERRE. 12r 

Le figne que fournit l'introduétion 
du doigt dans (4) l’anus pour dé- 
couvrir la pierre dans les enfans , & 
même dans les adultes lorfqu'’eile eft 
grande , va de pair avec l’éclaircifle- 
ment qu'on tire de la fonde ; il eff 
fûr que par cette introduétion du 
doigt on trouve la pierre , puifque le 
boyau reétum eft immédiatement 
placé fous la veflie, qu’on en con- 
jure la grandeur, & même qu’on 
en diftingue quelquefois le nom- 
bre. . . 
Nous avons un peu étendu ces 
fignes de la pierre, foit du rein, foit 
de la veffe; leur narration fera peut- 
être ennuyeufe au leéteur , mais en 
même tems utile au Médecin, qui 
par leur moyen diftinguera la pierre 
d'avec d’autres maux qui peuvent 
lui reffembler, & fe gardera bien de 
fatiguer le malade par des remédes 
qui conviendroient aux maux qui 
imitent la pierre par quelques fignes, 


(a) Certum ef} cum di | vel quotuplex fit; magnus 
gitum in anum prerorum | ant parvis, nnus velplu- 
éntrudunt ; vel catheterem \ res : multum enim interel 
per wrethram inveficampue- | medico bec omnia novifle. 
vorum immittunt CT explo- | Mangetus pag. 304. in 
sant fepins calculs an fit, verbo; calculus. | 


122  DiIssERTATION 
lefquels remédes feront non-feule-: 
ment inutiles à la pierre , mais même 
nuifibles. 

Ces fignes font le fruit de Fexpe-- 
rience & de l’obfervation de nos: 
meilleurs Auteurs, fruit qui enri-. 
chit veritablement la médecine , &: 
mille fois préferable à tous ces éforts: 
d'efprit & d'imagination pour coms: 
pofer quelque nouvelle hipotéfe. 

L’experience & l’obfervation font,, 
pour ainfi dire, les deux filles fuivan-- 
tes & les confidentes de la nature :! 
c’eft par leur moyen que nous fça-- 
vons les fecrets de leur maitrefle ss 
fans elles nous ne devinerons jamaisi 
ce qu’elle fait, ce qu’elle veut faire,, 
ce qu’elle foufire ; point d’efpritaffez: 
fublime qui puifle fans leur fecours: 
entrer dans fes fecrets, Non fingen= 
dum, aut excogitandum ; fed expez 
riendum quid natura faciat aut feratà 


ES 
® 


| SUR. : A PIERR E. 123 
ÉRÉT IT TT TE 
CHAPITRE QUATRIEME. 


Dumoyen pour diffoudre les pierres, 

 {oit dans le rein foit dans la 

… vefhe , les rendre fluides , & 
procurer la fortie des matiéres 

… qui les compofent par la voye 
des urines. 


] L faut convenir que le fort d’un 
À pierreux cft bien déplorable , il 
fouffre depuis plufieurs années , le 
moindre excès qu'il fait lui coute 
Cher; jamais il ne s’expofe impuné- 
ment à la fupreflion de la perfoira- 
tion que fes douleurs ne fe réveillent 
avec furie ; tous les changemens de 
_tems font fâcheux & orageux pour 
lai , fa pierre eff, pour ainfi dire, un 
barometre &un termometre tout en- 


 femble , qui Pavertit des inegalités 
de l'air & des faifons ; ila la douleur 


de fe voir impotent, tourmenté , 
affigé , tandis que les autres fe por 
tent bien, il avalle une infinité de rez 


Li 


124  DiIssERTATION 
médes dans l’efperance de guérir ; 
avant qu'il convienne d’avoir la pier- 
re, ils portent tous à faux, ils aggra- 
vent fa douleur au lieu de le fou- 
lager , & après mille tourmens on 
lui propofe l’operation de la taille, 
comme le feul & unique reméde qui 
puifle mettre fin à fon martire , & 
prévenir les maux dont la pierre 
menace , qui font la contufion, l’in- 
flammation , la gangrene & l’ulcere 
de la veflie, aufli bien que Pardeur, 
la diminution ou la fupreflion d’urine, 
fans compter le dommage qui peut 
arriver à raifon de la fympathie aux 
parties voifines de la veflie. Ergo 
nihil opis adferri poreff calculofis quam 
tncidendo,ut vijum eff Praceprori, cum 
abfolute omni moleffià cupiunt expes: 1 
diri ac defungi periculis que inferun= 
zur à Calculo 3 [unt aunrem vefice 
contufio , inflammatio , LANLTANRZ 3 
exulcerario, ffrançuria , ifchuria & \ 
impedita egeflio cum {ympathia reli- 
Quarum vicinarum © fociarum par- 
um. Duret fol. 367. 

Le Médecin ( ajoûte Duret ) 
doit faire ce raifonnement, « fi je 
# Jaifle le malade à fon fort, je crains 


SUR LA PIrERKE. 125$ 
pour fa vie, fi j'ordonne de le 
» faire tailler, je crains la cruauté & 
» l'événement du reméde ; cependant 
_ »tout le monde convient qu’un fa- 
- » fut incertain eft préferable à un 
» defefpoir certain; 1l vaut donc en- 
» core mieux hazarder loperation 
» dans un pierreux que de l’abandon- 
» ner à-une mort certaine. Cette ope- 
» ration ne regarde pas la médecine, 
.».& Hippocrate a prononcé qu’il fal- 
.» loit la laifler faire aux Chirurgiens. 
» experimentez dans cet art. » 
_ J’ajoûte que ce qu'il y a encore 
quelquefois de bien malheureux, eft 
que le malade guéri de la pierre 
n'eft point delivré de la difpofition 
qui l’avoit fait naitre , puifque nous 
la voyons fouvent reparoitre , car 
. un Magiftrat diftingué dans cette 
Ville fut taillé trois fois. ù 

Je n’exagere rien dans ce que je 
viens d'avancer ; à Dieu ne plaife 
que j'aye voulu mettre ce tableau 
devant les yeux des pierreux , ou 
pour les molefter, ou pour leur ôter 
le courage ; mais j’efpere que ce coup 
d'œil fera qu’ils prêteront volontiers 
l'oreille au reméde que je vais pro- 


Li 


526  DissERTATION 
pofer, & les engagera à examiner 
les preuves que je raporte de fa con- 
venance; fur tout s'ils font réflexion 
que l’effai ne tire à aucune fâcheufe 
confequence, & qu'il n’en peut ja- 
mais réfulter qu’un très-grand bien 
pour eux. 

Il faut que lefprit fe dégage des 
préjugez d’incurabilité fur ce mal : 
ce feroit faire injure à l’Auteur de 
la nature, de croire qu'il nous ait 
refufé des remédes fimples & natu- 
rels pour guérir les maux dont nous 
fommes aïlligez, Il n°eft queftion que 
de les chercher , de les trouver & 
d’en faire ufage après qu’on les a dé- 
couverts, 

Je me flatte que les pierreux fe- 
ront l’eflai du mien ; il s’en trouve 
fouvent d’aflez crédules , comme 
j'en ai vû , qui ont pris des remé- 
des d’un trompette paflant, lequel 
ne fçavoit ni lire ni écrire, qu'ils 
achetoient bien cher, qu'ils pre- 
noient fans les connoitre ; à plus 
forte ratfon dois-je efperer qu’on 
f:ra cas de celui que je vais propo- 
fer : ce reméde eft connu de tout 
le monde , jamais fujet au qi pre 


sÜR LA PIERRE. 15% 
no , & d’ailleurson ne peut m’accu-. 
fer d'aucun motif intereflé , puif- 
que je n’en demande rien à per- 
Ones ie cube 

Le reméde donc que je propofe 
pour diffoudre la pierre dans les reins 
& dans la veflie, eft /4 bo:ffon des 
eaux mincrales de Bareges , leur in- 
jeilion dans la veffie, © la douche 
de ces mêmes eaux [ur la region hy- 
pogaffrique ; on fur la région des 
reins , © des lavemens de cette 
eau. 

Pour donner une évidence dé- 
 monftrative à ce que je viens d’a- 
vancer , j'établirat les propofitions 
fuivantes , que perfonne, je me flatte, 
ne me conteftera. | 


Premiere Propofition. 


Il eff conftant en bonne chimie 
que pour diffoudre un corps il faut 
employer un menftrue ou diffolvant 
approprié : qu'il eft befoin pour la 
diffolution de chaque mixte, d’un 
diffolvant qui lui foit analogue. 

Malgré les recherches des Chimi- 
fes on n’a point encore trouvé ce 


Lin) 


128 DrSssERTATION 
diflolvant univerfel qui puifle égale: . 
ment difloudre toute forte de corps, 
quelques efforts que faflent Para- 
celfe, Vanhelmont, Starckius, pour 
nous le faire croire. | 

Ettmuller qui donna affez & peut- 
être trop dans le miraculeux ( pour 
ne pas dire fabuleux ) fe mocque 
de Glauber , qui prétend tirer ce 
menftrue univerfel du nitre. Znrerim 
ridendus eff Glaunberus , qui ex ni- 
tro voluit componere menffruum uns- 
merfale. 

Nous établiflons donc qu'il con- 
fte par la chimie pratique, que Îes 
corps differens ne peuvent être dif- 
fous , qu’on n’employe des difloi- 
vans differens, chacun approprié & 
convenable au corps que l’on veut 
diffloudre. 

Ce que je viens d'avancer fe prou- 
ve par des faits chimiques : l’efprit 
de nitre diflout l'argent , & ne tou- 
che point à l’or; ajoûtez à une li- 
vre d’efprit de nitre quatre onces 
de fel armoniac ; dès qu'il fera fon- 
du vous aurés un diflolvant diffe- 
rent qu’on appelle l’eau regale : 
cette eau fondera l'or & ne touche 


SUR LA PIERRE 129 
point à l'argent, ni l'efprit de nitre 
ni l’eau regale ne fondent point la 
cire dont on fe fert pour boucher 
les bouteilles qui les contiennent. 

Le Chimifte François rend rai- 
fon de ces phénomenes, & dit que 
fi l’eau régale ne diffout point Par- 
gent, c'eft parce que Îles pointes de 
l'efprit de nitre, ayant été groflies 
par l'addition du fel armoniac, glif- 
fent fur les pores de Pargent , n’y 
peuvent point entrer à caufe de la 
difproportion des figures, au lieu 
qu’elles s’introduifent dans Por dont 
les pores font plus grands pour y 
faire leurs fecoufles ; fi au contraire 
Pefprit de nitre diflout l'argent, c’eft 
parce que les pointes en font aflez 
fubtiles & proportionnées pour en- 
trer dans les petits pores de ce mé- 
tal , & par leur mouvement en écar- 
ter les parties. Ces mêmes pointes 
peuvent aufli entrer dans les grands 
pores de lor, mais elles font trop 
menues & trop pliantes pour agir fur 
ce corps ; on a befoin des couteaux 
& plus forts & plus tranchans qui 
en rempliffant davantage les pores, 
ayent la force de le divifer. | 


130  DrssERTATION | 
Il ajoûte que fi l’on confidere fur 
& l’autre métal avec un microfcope, 
on verra que les pores de lor font 
beaucoup plus ouverts & plus grands 
que ceux de Flargent , mais en plus 
petite quantité, que cette circonftan- 
ce explique très-bien d’où vient que 
Por eft beaucoup plus pefant que lar- 
gent, quoiqu'il ait des pores plus 
grands ; car comme ils font diftins. 
les uns des autres , il y a une matiere 
très-compacte qui fait toute fa pe-. 
fanteur ; cette matiere eft commein- 
terceptée entre les pores; mais les 
Lemerÿ , pores de l’argent étant fort proches 
Re Pun de lautre & en grande quantité’ 
entourent moins de matiere folide, &: 
par conféquent il doit y avoir mojns 
de pefanteur. il 
L’antimoine qui eft d’un fi grand 
ufage dans la médecine, & que Guy 
Patin a tant decrié dans fes lettres, 
ce mineral qui a été flétri par Arrêt 
du Parlement en 1566. & rehabilité 
pair autre un Arrêt de la même Cour 
en 1650. eft diffout en partie par 
une leflive ordinaire & commune qui 
fe fait en le lavant fouvent avec la 
même eau chaude, tandis que l’eau 


SUR LA PIERRE 131 
forte ni fait rien, il n’y a que l'eau 
régale qui puifle le divifer. Willis 
parlant de ce mineral, dit: Adinimis 
parefcit snjuriis , maximis autem im- 
pervinm, ex aquo clades ® trinmphos 
numerat. Quadam ejus particule adeo 
folute jacent ; ut in menfiruo quovis 
olcofo, ant à lixivio commun: educan- 


tur , interim alie ita perrinaciter co- 


berent ur aqua fortis 1llas non omnino 
adoriatur : [ola aqua regia buic [uffu- 
fa corrodit, qua aded violenrer hoc 
praflat , ut fumus inde excitarus illice 
rotas ades obfcuraverir, 

_ Il réfulte de cette doétrine & de 
ces faits, qu’il faut dans la diffolution 
des corps employer des diffolvans 


proportionnez aux mixtes que lon. 


veut diffoudre , que le diffolvant 
d’un corps ne peut fervir pour un 
autre dont les pores feront de diffe. 
rente grandeur & de differente con- 
figuration. Solventia pro ratione par- 
ticularum que in ipfis prapollent , in 
peculiarem detérminatam mate= 
Tiam agunt. 

De cette premiere propoñition je 
tire deux grandes conféquences, 

Premiere confequence, C’elt qu’on 


War. 


FAP 5 


o.lib. de ferrs 


ET diffilutione 


COYPOT HE» 


132 DirssERTATION 

peut trouver un diffolvant qui atta=: 
quera la pierre fans endommager lai 
veflie, quoique la pierre foit plus fo-- 


lide que la vefie qui la contient, 


puifque nous voyons que l’eau ré-- 
gale diffout Por , lefprit de nitre: 
l'argent 3 cependant ni l’un ni Pau-. 
tre de ces diflolvans ne touche pasi 
à la cire qui leur fert de bou-. 
chon. 


Seconde conféquence. ( Que je ra-. 
porte en pailant , quoiqu’indifie-: 


rente au fujet queje traite.) Le fyfté- 
me de ceux qui vouloient expliquer 
la digeftion par des fermens diflol- 
Vans, paroït infoutenable, puifqu’on 
ne pourra jamais ni trouver ni con- 
cevoir un (z) diflolvant univerfel , 
Capable de fondre & de diffoudre 


tant de differentes fubftances quinous. 


fervent de nourriture. Les alimens. 


par exemple que nous tirons des 


(a) Scéo chimicos mirabi- 
ia venditare de menfirno 
guodam univerfali » cujus 
afflats nnumquodque cor- 
Pas in principia [en elementa 
Primigenia facillime refolvi 
potell. Sed licet Helmontius 
#YCanwm hac proprio labore 


erniffe jathitet Ÿ' quotidie 


nunc chimia adepti in banc : 
metam afpirent ytamen plu 


rimos in hoc opere > non fecus 


ac in lapide philofophico, fes : 


© votum fefellerunt,. Wi1- 
lifius, cap. 9. de fermentz- 
tione, | 


SUR LA PIERRE, 133. 
animaux, foit de leurs parties, foit 
de leurs onde , les fruits, les ra- 
cines , les graines, les feiilles des 
vegetaux , les champignons, truffes, 
morilles , &c. au lieu que tout eft 
foûmis au broyement , à latrituration 
qui execute la digeftion , pour ainfi 
dire, dans un tour de Sn 

Auf plufi eurs qui avoient été les 
plus entètez des levains digefufs ; 
(dont j'étois du nombre) s’en étoient 
defabufez avant même que la 
fermentation fût tombée dans le dif- 
crédit où nous la voyons aujour- 


d'huy. 
Seconde Propofition. 


Les Corps dont le fel fait le lien 
principal, doivent être diffouts par 
des diffolvans falins ; & ceux dont | 
le fouffre fait principalement la uif- 
fure, doivent être fondus par des 
diffolvans fulphüreux ; de forte que 
Ceft un axiome reçû fans contefta- 
tion de tous ceux qui font feulement 
initiez dans les principes de la chi- 
mie , que les corps falins font fon- 
dus par des diflolvans falins , les 


134 DissERTATION 
corps fulphureux par des diflolvans 


fulphureux, Salina falinis, fulphureæ 


fulphureis foluuntur. 

» Voulez-vous fondre desmétaux, 
» ditWillis, il faut vous fervir des li- 
» queurs falines très-fortes qu’on tire 


» du vitriol, du nitre , de l’alum, du 


» fel marin, de l’arfenic , &c. chacun 
» ou plufieurs d’eux joints enfemble 
» fourniflent par la diftillation des 


._» liqueurs falines très-fortes , pro=. 
» pres à difloudre avec promptitude. 


» les corps métalliques dont le lien 
» eft un principe faim. Et comme le 
» feu aétuel détruit les corps ful- 


» phureux en enlevant les fouffres. 


» qui font de la même nature que 
» lui ; de même auf les puiflans dif- 


» folvans { qu’on apelle le feu po-. 
s tentiel ) fondent & détruifent les 


» Corps qui abondent beaucoup en 
» fel comme les métaux. » 


Le même Auteur prétend que la 


folidité & le poids des métaux dépen- 


dent du fel dont ils abondent. Sal: 


paulo fixioris eff nature © rebus com- 
paitionem © [olidiratem nec non pon= 
dus © durationem largitur. 

» À l'égard des mineraux , leur 


SUR LA PIERRE 13 

»# compofition n’eft pas fi facile à 
» difloudre , mais il faut des men- 
» ftrues très-forts qu'on tire des fels 
» par la difilation ; la raifon en eft 
» de ce que leur concretion étant 
» faite par un fel très-abondant qui 
» cloue & attache comme un fort 

» lien les autres parties de ce mixte, 
» d'où dépend leur folidité & dureté; 
# il ny a que les feuls menftrues 
» fahins qui puiflent en venir à bout. 
- » Dans la diflolution du métal ou 
» mineral, les parties falines fluides 
» du diflolvant s’attachent étroite- 
+ ment aux feis fixes du mixte , 
» détachent leurs liens & s’uniflent 
» AVEC EUX. 

» À Pégard des diffolvans fulphu- 
» reux qu’on tire en forme d'huile 
» des corps qui abondent en fou- 
» phre, ou par la difüllation comme 
» les huiles de genevrier , thereben- 
»tine, & femblables , ou par ex- 
5» preffion comme lhuile d'olive, d’a- 
» mande, de graine de lin & autres, 
» onlesemploye avec fuccès pour 
« tirer les parties fulphureufes des 
» mineraux qu'elles enlevent pures 
» & fans aucun mélange : c’eft ainfi 


136 DiIrssERTATION 
» que l'huile de therebentine ou de 
» lin tire du fouphre commun la 
» partie combuftible, tandis que la 
» faline que le diflolvant n’a pas tou- 
» ché, fe criftalife , comme un cha- 
» cun le peut voir dans la prépara- 
“tion du baume de fouphre. » 
Willis cap. 9. de diffolurione corpo- 
vum libro de fermenratione. 
» Voulez-vous difloudre un corps 
» fulphureux , employez un diffel- 
>» vant fulphureux : c’eft ainfi que fui- 
» vant le Chimifte Fançois on tire 
» les refines de jalap , de turbith, de 
> fcammonée, de benjoin, &c. 
temaipas.  ” Mettez, dit-il, dans un grand 
#50. » matras une livre de jalap groffiere- 
» ment pulverifé, verfez deflus 
de Pefprit de vin alkoolifé jufqu’à 
ce qu'il furpañle la matiere de qua- 
» tre doigts; bouchez le matras avec 


8 


L 


» un autre dont le col entre en de-- 


» dans, & ayant lutté les jointures 
» avec de la veflie moüillée, mettez 
> la matiere digerer pendant trois 
» jours au feu de fable, Pefprit de 
» vin fe chargera d’une couleur jau- 
» nâtre. On peut tirer, dit:il page 
45e. » 4ÇI, les réfines de turbith, de 

Are fcammonée 


SUR TAPPFERAE 137 
» fcammonée , de benjoin ,; &c. 
>» L’efprit de vin quieftun fouphre eft 
>» aufhi un menftrue convenable pour 
# extraire les refines qui font des 
» fouphres grofliers, 1l en faut mettre 
» aflez pour diffoudre ce qu’il y a de 
» refines , &c. \ 
De tous ces faits & de tous ces 
principes de chimie, nous pouvons 
conclure avec verité, que les corps 
falins font diffouts par des diflolvans 
falins, les fulphureux par des ful- 
phureux. Salina falinis, [ulphurea 
fulphureis folvuntur. | 
_ On peut de cette propofition bien 
établie & bien prouvée, conclure 
que fi nous fommes aflez heureux 
pour trouver un diflolvant fulphu- 
reux très-puiffant , nous parvien- 
_drons à diffoudre la pierre, foit dans 
les reins , foit dans la veflie, puifque 
comme nous l’avons prouvé dans le 
chapitre précédent , elle n’eft qu’un 
corps pétri principalement de fou- 


Troifième Propofition 


L'eau eft le menfirue naturel & 
M 


139 DiIssERTATrOoN 

le diflolvant des fels, elle les fond 
tous & les rend fluides, elle en dé- 
tache même des mixtes, dont la 
tiflure n’eft pas extrêmement ferrée 
comme des vegetaux. 

Nous voyons par exemple que le 
fel de la terre au’on tire des caves: 
eft fondu par l’eau, que lon fait 
enfuite évaporer pour en faire le 
falpétre : on tire de la même ma- 
r'ere les fels lixivieux de la cendre 
des plantes. 

Cette propofition eft fi connuë: 
de tout le monde, & tellement à, 
la portée du fens commun, qu'il 
feroit inutile de rapporter plus d’e- 
xémples pour en établir la verité. 

Je tire cette conféquence, qu’un 
diflolvant très - fulphureux auquel: 
l’eau fert de vehicule ( tel que celui 
que nous allons propofer bientôt } 
doit faire merveilles pour la diflo- 
lution d’un corps, qui comme nous 
Pavons établi, eft paitri de fouphre 
& de fel; puifque tandis que d’un 
côté le fouphre volatil du diflolvant 
difloudra les fouphres groffiers du 
mixte, l’eau de fon côté dilayera 
les fels, les écartera, lorfqu'ils feront 


SUR LA PIERRE. 139 
debarraflez des liens fulphureux , & 
qu’ainfi ces liens mutuels des fouphres 
avec les fels , feront détruits par un 
diffolvant naturel, fouverain, fpecifi- 
que, tel que celui dont nous allons 
parler dans la fuivante propofition , 
je veux dire l’eau de la fource de 


Bareges. 
.? - Ü 
Quatrième Propofition. 


L'eau de la fource de Bareges 
eft fulphureufe , fondante & diffol- 
vante toutes les concretions pro- 
duites par des hmphes mucilagineufes 
fixées par des fels ; elle diffoudra par 
conféquent la pierre des reins & de. 
la veflie. Nous avons fait voir dans 
le chapitre précédent que la pierre 
c’étoit qu’un peloton de glaires fixées 
par des fels, &c. 

Comme il eft très important de 
bien prouver cette propofition , 
puifque tout le refte de cette dif- 
fertation ne tend qu’à éclaircir cette 
importante verité ; j'eftime qu'il eft 
neceffaire , & que le Leéteur ne fera 
pas fâché que je donne ici la def- 
cription de la Fontaine & du Villa- 

M ij 


140 DiISSERTATION. 
ge de Barèges J que je parle des 


qualités de cette eau qui fe mani-. 


feftent au ta, des effets qu’elle 
produit , & des fuccès miraculeux 
qu’on a vû produire à cette fontaine, 


qui font: des arrhes certaines de ce. 


qu’elle promet pour la diffolution de 
la pierre. Se 

1°. Le Village de Baregeseft fitué 
dans une vallée entre deux monta- 
gnes; l’une regne du côté de l’orient, 
& l’autre. du côté de l'occident. La 


hauteurdeces montagnes fait que les. 


jours y font plus courts, le Soleil ne 
paroïffant à Bareges que lorfqu'il a 
furmonté la montagne de lorient , 


& le jour finiflant prefque après. 


qu’il a doublé la montagne de l’oc- 
cident. 


Outre ces deux montagnes on en. 


voit du côté du midi une troifiéme 
à une lieuë de Bareges en perfpec- 
tive, couverte de fapins; c’eft celle- 
là qui fépare la France d’avec PEf- 
pagne ; c’eft au pied de cette mon- 
tagne qu’eft fituée la Ville de Lus. 
Un ruifleau qu'on apelle le To- 
rent coule le long de Bareges avec 
grande rapidité, tobjours avec grand 


SUR LA PIERRE. 4x 
‘bruit : il prend naïflance du côté de 
la montagne du Traumallet qui re- 
garde Bareges, tout comme la ri- 
viere de Ladour prend naïflance du 
côté de la même montagne qui re- 
garde Baignieres. 

Ce ruifleau eft formé , tant par 
les diverfes fources qui coulent dés 
“montagnes , que par la fonte des 
neiges, & l’on voit dans PEté que 
dans la plus grande chaleur il groffit 
fubitement, & déborde pendant un 
jour ou deux ; les eaux s'étant écou- 
lées & le ruifleau revenu dans fon. 
lit, on doit s'attendre dans quel- 
ques jours à un fecond débordement; 
du refte de l’année il n’en eft plus 
queftion, 

La raïfon de ce phénoméne vient 
de ce qu’il y a deux grands lacs fur les 
deux differentes montagnes qui font 
glacez de bonne heure pendant lhy- 
ver : leur glace éft d’une épaiffeur 
_furprenante, capable de foûtenir non- 
feulement la neige qui y tombe, 
mais même les grandes boules qu’elle 
forme. par fa chute fur la glace de 
ces lacs , lorfqu’elles roulent. du 
fommet des montagnes voïfines, 


f42  DISsERTATIOoN | 
Lorfque par la chaleur de PEté fa 
glace qui foutenoit cette mafle im- 
menfe de neige vient à fondre, la: 
neige s’enfonce fubitementdans lellac 
& en éleve les eaux par deflus fes. 
bords quife répandent ainfi dans le: 
Torrent. 

Lorfque la glace du premier lac 
a fondu, en doit s'attendre bientôt 
que celle du fecond en fera de même, 
& que le fecond débordement fuivra 
de près le premier. | | 

Le Village de Bareges eft com- 
pofé de deux grands & beaux corps 
de logis que le Roy a fait bâtir, l’un 
pour les Officiers, l’autre pour les 
Cavaliers, Dragons & Soldats, d’une 
Chapelle toute neuve , outre l’an- 
cienne qui eft ornée d’un beau Fa- 
bernacle donné par feu M. le Ma 
 réchal de Montrevel ; fes armes font 
aux deux côtez , au milieu eff la 
ftatue de la Sainte Vierge ; ce pre- 
fent fut fait en aétion de graces de 
ce que cette eau de Bareges avoit 
fondu une tumeur fufpedte & déli- 
cate audit Seigneur Maréchal, qui 
jui avoit fatigué l’efprit & caufé bién. 
du chagrin , d'autant qu’elle étoir 


SUR LA PIERRE 143 
placée de façon qu’elle bleffoit Pex- 
crétion de l'urine. | 

Quoique le lieu de Bareges du 
premier coup d'œil femble affreux ; 
placé entre deux montagnes, l’une 
à Porient , l’autre à l'occident >ayant 
en perfpettive:à à une lieuë unetrot- 
fiéme montagne du côté du midi, 
il paroît pourtant quelque chofe de 
grand & d’auguile qui nous fait ad- 
mirer la grandeur de Dieu qui a créé 
Ces grands coloffes de- montagnes ; 
& qui femble avoir voulu faire voir 
qu’il vouloit être adoré dans ces 
contrées, puifque par un effet de fa 
providence il y a placé cette fon- 
taie , & pourvû par-là aux Ifabi- 
tans de P argent néceifaire, tandis que: 
d’un autre côtéil entretient les trou- 
peaux pour leur fubfiftance gratuite 
ment. Hi a plus fait, il a donné du 
gout aux Habitans pour demeurer 
dans leur pays ; jufques-là qu'ils ne 
peuvent comprendre comment Fu 
peut habiter d’autre climat que Île 
leur ; femblables aux Mofcovites qui 
regardent une honorable députation 
hors leur pays comme un honnête! 
exil, 


x44 - DIrsSERTATION. 

J'ai oùi dire à Monfieur Alexiof, 
Gentilhomme Ruffien, Conful de fa 
Nation à Bourdeaux ; que malgré 
la beauté de la Ville, la magnifi- 
cence. du port , les commodités de 
la vie , & les penfions que lui faifoit 
le Czar, il préfereroit encore le 
féjour de fon Village dont il étoit: 
Seigneur, à tout, & que ce n’étoit 
qu'un ordre exprès de Pierre I. 
qui le retenoit ici, malgré les 
inflances qu’il avoit faites à la Cour 
de Rufie pour fon rapel, 

Le Village de Bareges dépend de 
la Jurifdiétion de Lus, petite Ville 
fituée à une lieuë de Bareges. On 
Va à Lus par une defcente le long 
du Torrent; le Juge de cette Ju- 
rifdiétion eft aujourd’hui Monfieur 
Deftrade, Avocat, homme d’efprit, : 
de mérite, de belles lettres, ftudieux 
& curieux des belles chofes, duquel 
j'ai reçû mille honnétetez. 

Cette contrée eft fort près de 
PEfpagne, puifqu’en quatre heures ” 
on peut changer de Royaume 5 
peut-être cette grande proximité ai- 
guife le courage de certains drolles 
qui fervent quelquefois un coup de 

S fufil 


; SUR LA PIERRE. 14$ 
fufil de bonne grace’, dans l’efpe- 


 rance d’en trouver limpunité en 


changeant de Royaume dans quatre 
heures. | 

Cependant dans le general il regne 
parmi les Habitans une fidelité qui 
ne s’eft jamais démentie, & on n'a 


. jamais oùi dire que ces Montagnols 


qui traverfent les montagnes por- 
tant les malades fur le col, en ayent 
volé quelqu’un ou fait la moindre 1n- 


_juftice : leur falaïre eft reglé à vingt- 
cinq fols par homme pour latraver- 


fée ; à la verité au lieu de quatre 


qu'ils étoient autrefois pour por- 


ter un malade, j'ai trouvé dans 
ce dernier voyage que pour fe fou- 
lager ou pour mieux le fervir, 1ls veu- 
lent être huit par brancard,. ne 
Les Habitans de cette contrée ont 
beaucoup d’efprit, il'en fort furtout 
d’excellens Theologiens. Communé- 
ment les hommes y ont meilleure 
mine que Îles femmes ; les uns & 
les autres font un peu intereflez , 
ils attendent la faifon des bainsavec 
la même impatience que les habitans 
de Fontainebleau larrivée du Roy, 
foit pour loüer avantageufement leurs 


146 DIssERTATION 
apartemens , leurs chambres & leurs 
chevaux ; foit pour porter les mala- 
des fur des brancards,& vendre leurs 
denrées bien cher aufh bien que leurs 
fervices. 

Bareges eft à fix ou fept lieuës 
de Bagneres : on trouve entre les 
Habitans de ces deux endroits la 
même rivalité qui regnoit autrefois 
entre Rome & Carthage:les Habitans 
de cette derniere Ville comptent pofs 
feder dans leurs eaux lesmêmes avan- 
tages qu’on peut trouver à Bareges, 
& ils ne manquent pas de faire tous 
leurs efforts pour retenir à Bagneres 
ceux que nous envoyons à Bareges. 
Lifez ce que j'en ai dit dans le traité 
de la Goutte page 284. & fuivantes. 
Je raconterai mon avanturé dans . 
cette Ville avec la permifion du : 
Lecteur. k 

Allant à Bareges pour les raifons 
que je dirai bientôt, j'arrive à Ba- 
gneres vers les onze heures le 
y4 de Juin de Fannée 1735. 
jétois fort fatigué par le cahotage 
_de la chaife , parce que le chemin 
depuis Tarbes jufqu’à Bagneres eft 
rempli de gros cailloux, Le Voiturice 


SUR LA PIERRE T4 
aida à defcendre à l’enfeigne dela 
clef d’or où je fusloger, 1l me fecourut 
même jufqu’a l'entrée de lefcalier : 
je lui avois deffendu de dire mon 
nom à perfonne. 

On ne douta point que je ne fuffe 
une pratique pour Bagneres : onin- 
terroge mon voiturier qui fétois ; 
ce que je venois faire à Bagneres, 
celui-ci répondit que j'étois un Mar- 
chand de Nantes, qu'il m’avoit pris 
à Bordeaux , & que je devois aller 
d'Dérenes. 7 
À peine eus-je refpiré dans ma 
chambre que je vois entrer un homme 
du métier,qui après les premiers com 
plimens m’offre fes fervices , & m’in- 
terroge fur la nature de mon mal, 
Je lui réponds que j'avois une froi- 
deur à la jambe droite qui avoit été 
occafionnée par la chute de mon che- 
val fur cette partie, que l’eau de Ba- 
règes n’avoit gueri 1l y avoit vingt 
ans , mais qu'une maladie que j’eus 
Pan 1732. lors de ces rhumes popu- 
laires & épidémiques , avoit fait re- 
paroitre cette même froideur incom- 
mode, & que j’efperois trouver dans : 
la boiflon & les bains de Bareges le 

RS 


148 DiIssERTATION 
même fuccès qu’elles m’avoient pro: 
duit vingt ans auparavant, que d’ail- 
leurs c’étoit le fentiment de Default, 
Médecin de Bordeaux. Vraiment 
vraiment , répondit-il, c’eft aux Mé- 
decins de Bordeaux ou d’ailleurs de 
nous aprendre la vertu de nos eaux 5 
nous qui fommes à portée d’en exa- 
miner chaque jour les effets; nous 
avons ici dans Bagneres toute la 
vertu de la fource de Bareges, & 
plufieurs autres mineraux qui ne font 
pas à Bareges. Je répondis, Mon- 
fieur, avez-vous lù le traité que 
Default a donné au public fur la 
goutte ? il prétend que vos eaux font 
toutes empreintes du même mineral, 
& qu’elles ne different que du plus 


au moins. Hélas, dit-il , je l’ai 1ü & 


relü, je fuis à même d’en faire la cri: 


tique , j'en ferai voir le faux & le 
ridicule, Mais c’eft un livre, dis-je, 
que la Faculté de Médecine de Pa- 
ris aapprouvé avec éloge. Monfieur, 


répondit-il, pour ce qui concerne, 


nos eaux, la Faculté de Médecine 
de Paris eft inco mpetente; vous pou 
vez compter que vous guerirez à 
Bagneres 5 Peau du Pré vaut autant 


à SUR LA PIERRE. 149 
& plus que celle de Baréges ; d’a- 
leurs il eft impoñible d’y arriver , 
les neiges couvrent la montagne du 
Traumallet, il faut marcher des lieues 
entieres fur la neige. Mais, dis-je, 
“voilà des gens qui viennent d’en ar- 
ærivér avec lefquels je dois avoir Fhon- 
neur de ‘diner , puifqu'ils en font 
partis & arrivez à bon port , je dois 
me flatter d’y arriver aufhi, après tout 
je ne fuis pas venu fi près pour re- 
_Culer ; ffje ne guéris pas, à monre- 
tour j’aurai Phonneur de vous voir 
._ & de prendre vos avis. 
La montagne du Traumallet fe 
trouve entre Bagneres & Bareges , 
_ 11 femble que Dieu prévoyant la viva. 
cité de ces deux contrées, ait placé 
entre ces deux peuples cette mon- 
tagne très-haute pour les féparer. On 
y monte du côté de Bagneres d’une 
maniere affez commode, mais longue, 
La defcente du côté de Bareges eff 
plus rapide , mais par ordre du Roy 
£Loüis XIV. on fitun chemin en 
maniere de tranchée de fiége ou de 
Zigzag , qui coupe beaucoup le ta- 
lus de la montagne , & rend le che 
Nrj 


150  DrssERTATrON 
min beaucoup plus long , mais on ÿ 
va afcheval #rFr 

Quand on eft au haut de la mon- 
tagne du Traumallet, on voit le pré 
tendu précipice dont on fait tant de 
peur, mais où jamais perfonne n’eft 
tombé , il n’eft affreux que par fe 
profondeur , mais fon talus eft pta- 
ticable , & un voiturier qui portoit 
mes hardes , oflfit de fe laifler rouler 
volontairement par le précipice pré- 
tendu , fans fuivre le chemin creufé 
en tranchée , moyennant un écu de 
fix livres. 

Pour éviter ce paflage pénible on 


. fait aujourd’hui par ordre du Roy 


un nouveau chemin du côté de Lus 
par Pau & Lourde, qui ferafi com- . 
mode , que les chaifes, litieres & ca- 1 
roffes pourront rouler jufqu’à Ba- 
reges. Ce grand ouvrage a été con- 
çû & commmencé par feu Mon- 
fieur ........:., Intendant de 
Bearn, & il auroit déja été fini fi 
la mort ne nous eût enlevé ce Ma- 
giftrat également porté pour les in- 
terêts du Roy & ceux de la Pro- 
vince où il étoit prépofé ; nous efpe- 


SÛR LA PIERRE fer 
ons de le voir finir par les foins de 
MRDAICUL- NU. N ve fon (UC 
ceileur. | | 

Avant de finir la defcription de 
- Bareges , je raporterai un trait hif- 
-torique qui concerne la coûtume de 
ces peuples. La Loi municipale de 
pluficeurs Villages des environs & de 
Barcges même , porte qu'une fille 
qui nait du mariage la premiere, eft 
_ heritiere née, elle fuccede à tous les 

biens au préjudice de fept ou huig 
garçons qui viendroient après elle, 
qui n'ayant à prétendre qu’une fim- 
_ ple & mince légitime, s’eftiment en- 
core heureux de refter dans la mai- 
fon de leur fœur & travailler pour 
elle ; Pun eft deftiné à la garde des 
vaches, l’autre à celle des brebis, 
celui-ci à garder les Jumens , celui-là 
à travailler la terre, &c. 

Quand cette fille eft parvenue à 
un âge compétent pour être mariée , 
les parens lui choififfent un époux 
parmi les cadets d’une autre famille, 
Cet époux eftobligé de fervir fa fem- 
me à table & debout; fauf quand 
Vheritiere juge à propos de le faire 
affeoir & diner avec elle, fans pour: 

N ii 


152  DrsseRTATrOoN 
tant tirer à conféquence.Lorfquelhez 
ritiere a diné, le mari va prendre fon : 
repas avec fes beaux-freres, belles- 
fœurs & le maître Valet, dont l’em- 
ploi eft d'aller dans les vallées pour 
voir fi les troupeaux font bien gat- 
dés, & s’il eft encore tems de chan- 
ger de pacage. 

Si le mari venoit à manquer de 
refpcét à fa femme, & vouloit en- 
freindre ces anciennes coûtumes, les 
parens de Îa fille s’affemblent, don- 
nent les étrivieres au mari > le chaf. 
fent de la maifon » & l’obligent de. 
pañler en Éfpagne à peine d’un coup 
de fufil. Ces gens tirent fort droit FE 
toüjours accoûtumez à manier des fu- 
fils qu'ils portent toüjours amorcez 
en gardant leurstroupeaux , foit pour . 
les défendre contre les loups,les Ours à 
les aigles, foit même pour repouf- 
fer les Miquelets Efpagnols lorfque 
ROUS nous avons guerre avec l’Ef. 
pagne. 

La même loi mumcipale du lieu 
eft également avantageufe pour le 
garçon lorfqu’il a le bonheur de naitre 
avant les filles, & fes autres cadets, 

# porte le nom de l’heritier tout 


% 


SUR LA PIERRE rs7 
court , prefque tout lui appartient, 
& les autres travaillent de bon cœur 
pour fon utilité. 

Le bain de Bareges eft à lextré- 
mité inferieure prefque du Village 3 
c’eft une cave bien voutée, on y 
defcend par un degré de quatre ou 
cinq marches; on voitle grand tuyau 
de la fontaine qui coule dans une cu- 
vette de bois toute d’une piéce, la 
même fource fournit encore à un 
fecond bain qui eft à côté du grand, 
mais dont le tuyau eft beaucoup 
moindre , mais l’eau y vient en plus 
grande abondance quand on ferme 
le grand ou qu’on en diminue le 
diamétre ; preuve certaine que le 
même réfervoir fournit à ces deux 
tuyaux. On trouve dans la cave 
du grand bain un autre petit tuyau : 
Peau de ces trois canaux vient de 
la même fource , eft de la même 
nature & de la même vertu. 

Cette eau fortant du tuyau eft 
confiderablement chaude, mais cette 
chaleur eft douce & balzamique , & 
jamais une perfonne,quelque délicate 
qu’elle foit , n’a trouvé qu’enla bu- 
vant elle lui ait brûlé, m1 la langue, 


me: 


164 DrssERTATIOoN 

ni l’œfophage, ni leflomac; au con« 
traire on y reflent une chaleur douce: 
fans aucun raport. 

Vous trouvez dans cette eau eni 
la touchant une onétuofité comme fil 
vous touchiez une huile très rafinée,, 
elle vous rend la peau douce plus: 


que ne feroit une diflolution de fa-. 


von; elle eft claire & limpide comme: 


de l’eau de roche, fon odeur eft: 
fulphureufe ,.mais fans être puante 5. 


elle imite celle que rendent les œufs 
cuits & durcis dans la coque, & 
qu'un Cuifinier coupe en quartier 
ou en rouelles pour les aprêter. 


Cette eau après être fortie du 
bain,coule par un évier jufqu’au Tore 


rent ; dans fon pañlage elle forme 


des graïfles filamenteufes, fembla.. 
bles au frai des grenoüilles que l’on 

voit dans les fontaines & dans les. 
étangs; ces filamens s’attachent aux. 
pierres qui forment l'égout de lé. 
vier ; lorfqu'ils font deffeichez ils” 


font inflammables , &on en compo = 


fe des onguens & des baumes pour. 


les douleurs, 
Tous ces faits nous prouvent que 
le principe qui fait le mérite des eaux 


) SUR LA PIÉRRE. 1çÿ 
de Bareges eft un fouphre infini- 
ment rafiné, très pénétrant , auquel 
une eau très-claire &très-limpide fert 
de vehicule. Quel menftrue , quel 
puiflant diflolvant pour diffoudre la 
pierre : peut-on en prefenter n1 mé- 
me imaginer un plus convenable ! 
le fouphre diffoud le mucilage ful- 
_ phureux , l’eau fond les fels qui en 
ferroient la tiflure. Quelle efficacité, 
quel fuccès ne doit-on pas en at- 
tendre ! 

L'eau de Bareges donne une tein- 

ture à l'argent : le gobelet dont je . 
me fervis fut coloré dès le premier 
jour d’une couleur rouge brune , il. 
devint après couleur d'acier, &en- 
‘fin prefque noir ; tous ces effets vien- 
nent du fouphre. 

Les Orphévres ont obfervé quele 
fouphre ternit la couleur de l'argent 
& tiennent pour maxime qu’il en eft 
le poifon. 

Mais quels heureux fuccès cette 
eau ne produit-elle pas dans des tu 
meurs que nous avons fait voir ana- 
logues à la pierre , glandes au fein 
du fexe , tumeurs écrouelleufes , ob- 
ftrictions du foye, dela ratte, dela 


456. DissERTATION 
matrice , anchilofes, nodofités dars: 
les articles des goutteux, callofités 
fondues dans des mufcles releveurs 
de la machoire ; qui empêchoient 
d'ouvrir la bouche, & qui avoient 
fuccedé à une copieufe & abondan- 
te falivation, J’ai vû tous ces miracles 
operez par les eaux de Bareges : on 
pourroit compofer un volume im- 
menfe de toutes les cures prodigieu- 
fes que cette fontaine a operées. Je 
me Contenterai d'en rapporter deux: 
par où je finirai cette propofition. 

Un Officier du Régiment d’Au- 
Vergne jeune & bienfait dont j'ai ou- | 
blié le nom, reçut un coup de fufit 
à la bataille de Parme, qui péné-.. 
trant par dévant fut fortir par der- 
ricre au travers des mufcles fefliers =. 
la balle avoifina fort le nerf fciati- 
que, qu'elle n’endommagea pourtant 
point ; la preuve évidente que ce 
nerf n’étoit point offenfé, c’ef qu’a- 
près avoir été renverfé du coup, il. 
fut en état l'ayant relevé de fe fo. 
tenir & de marcher de lextrémité ine 
ferieure du côté du coup javec l’a- 
pui de fon valet, jufau’à l'endroit où 
l’on panfoit les bleffez, 


| SUR LA PIERRE 147 

‘ Les Chirurgiens de l’armée en eu- 
rent grand foin , & après l'avoir panfé 
fuivant les régles de Part , ils con- 
duifirent cette playe à une entiere 
& parfaite cicatrifation. Guéri de fa 
bleffure , on s’aperçut que cette ex- 
trémité inferieure étoit atrophiée & 
prefque parahtique, car il ne pour- 
voit abfolument s’en foûtenir. Les 
Chirurgiens jugerent que cette im- 
puiflance du mouvement dépendoit 
de la compreflion que fouffroit le 
nerf fciatique par la cicatrice calleufe 
qui s’étoit formée dans fon voifinage. 
Îls envoyent ce malade à Bareges 
pour ramolir & fondre la dureté de 
cette cicatrice par la douche de 
cette fontaine. Le fuccès répondit à 
Jeur attente ; & bien que l’eau eût 
les tegumens à traverfer & à penetrer 
bien avant pour porter fa vertu 
 fondante & rélolutive à l’endroit de 
Ja cicatrice qui comprimoit le nerf 
fciatique , 1l eft parfaitement guéri, 
& je lai vû marcher fans canne & 
fans bâton. 

La feconde, on a vû pendant qua- 
torze ans Monfieur Sifredy, Officier, 
potter une jambe de bois à raifon 


153 DrissERTATron | 
d’une anchilofe qui étoit furvenué à 
une bleffure qu'il avoit recûe dans 
Varticulation du genouil, & qui 
avoit laïflé fa jambe dans une flexion 
à laquelle les plus habiles Chirur- 
giens des armées du Roy n’avoient 
jamais pû remedier. Le hazard des 
armes lui procura une nouvelle blef. 
fure à l’autre jambe qui lobligea 


d'aller à Bareges : cette playe fut 


promptement guérie. 


Le Baigneur lui propofe de bai. 


gner & doucher cette jambe anchi-. 
lofée : il y réfifte comme à chofe . 
dont le fuccès étoit abfolument im- . 
pofible. Le Baigneur foit qu'il efpe- : 
rât réellement la guerifon, foit qu'il 


voulûüt allonger fon miniftere , in- 


a 


file à fa propofition, lui parle des. 


miracles quil avoit vû operer à ces 


aux , lui reprefente que Peffai n’en. 


Étoit point dangereux, que d’ailleurs : 


étant fur les eux il pouvoit tenter 
fans frais la vertu des eaux de Ba- 
réges pour fondre fon anchilofe. 


Le malade, foitefperance de QUÉ- } 
“ir fi ordinaire aux hommes, même: 


de grand genie , foit un peu decom- 


plaifance ; fouffre qu’on baigne & 


SUR TA PTERRE 159 
qu’on frotte cette jambe à la dou- 
che , ce quele Baïgneur fit debon 
cœur, & pendant une longue féance. 
Le lendemain 1l voulut continuer fon 
Operation ; le malade le querelle , 
difant qu'il avoit fouffert toute la 
nuit dans cette jambe de cruelles 
douleurs que fa fotte complaifance 
lui avoit procurées. Tant mieux , 
répartit le Baigneur, cette vive dou- 
leur dans une partie que vous ne 
fentiés prefque plus , & que vous 
nereconnoïfhiés partie de votre corps 
que par le poids & l'embarras qu’elle 
vous caufoit , eft un figne certain 
que la vie revient à ce membre pref- 
que mort 3 il faut, dit-il, me laifler 
continuer mon ouvrage. L’Officdier 
perfuadé le laifle faire ; au cinquié- 
me bain il commence à s’apercevoir 
que la foudure de Particulation de 
la jambe eft difloute , qu'il l’étend 
chaque jour par degrés , & enfin il 
en fervit tout comme de l'autre. 

Ce fait eft connu de tous les an- 
ciens Officiers des armées du Roy, 
Monfieur Dodancourt, Gouverneur 
de la Citadelle de Bayonne me Pa 
confirmé à Bareges où j'ai eu l’hons 


x6o  DissSERTATION 
neur de le voir de l’année 173$: 
Feu Monfieur le Marquis Dures: 
paire, Gouverneur du Chateau: 
Trompete de Bordeaux, m’a dit qu'il 
avoit donné à manger à cet Off-- 
cier dans fa Citadelle quand il par-- 
tit pour Bareges avec fa jambe de: 
bois , que fe promenant dans la; 
place il vit cet Officier à fon retour: 
venir à lui, qu'il le méconnut parce: 
qu'il marchoit fur fes deux jambes, 
jufqu’à ce que cet Officier lui eût: 
parlé & raconté ce furprenant mi- 
racle des eaux de Bareges, 
A près un coup de cette importan-. 
ce, peut-on trop préfumer de cette 
fource miraculcufe pour fondre da 
pierre, comme elle diflout les anchi- 
lofes , les nodofités dans la goutte, 
les humeurs froides & dequelqu’au<. 
tre nature qu’on puifle les fuppofer. 


Il femble que la nature fe foit. 


fait un plaifir de faire voir dans les 
eaux de Bareges ce qu’elle pouvoit, 
exécuter feule & par fes propres 
forces, fans que la chimie ou la phar- 
macie y cuflent aucune part. 


Cinquième, 


| 
| 


(SUR LA PIERRE 164 
Cinquième Propofition. 


* L'eau de Bareges doit être buë 
par les Pierreux, injeétée dans leur 
veflie, & on doit faire tomber cha- 
que jour la douche de cette eau fur 
la région hypogaflrique où fe trou- 
ve placée la veflie, de plus on doit 
em fervir des laÿemens: | 

Pour prouverles quatre membres 
de cette cinquiéme propofition nous 
obferverons : 

Que certains remédes confervent 
leur vertu jufqu'aux organes de l’u- 
fine , quoique pris par la bouche ; 
& bien que nous ne connoiffions 
encore d'autre route qui mene de 
leftomac & des boyaux à la veflie, 
que celle du chile , neanmoins il. 
eft certain que les qualitez de cer- 
tains remédes ne font point détrui- 
fes dans ce trajet, puifque nous ob- 
fervons dans les urines les odeurs: 
de ceux que nous avons fait pren- 
dre. 

Nous voyons par exemple que 
la therebentine quand nousen avons 
donné à nos malades , conferve fon 


j 


465 DiIssERTATION 

odeur dans les urines , auffi bien que 
le baume* de la Mecque appellé 
Opobalfamum , qui nous vient par 
nos Ambafladeurs à la Porte par la 
liberalité du Grand Seigneur , qui 
garde feul dans les jardins de fon 
ferrail les arbres qui le portent. Nous 
voyons que lhuile d'amande douces 
la décodion de graine de lin, de 
racines de guimauve, l’'ufage du lait, 
adouciffentles urines lorfqu’elles font 
acres & mordicantes ; cela ne peut 
venir que de ce que les particules 
de ces remédes douces & balzami- 
ques arrivent aux reins & à la veflie; 
fans que leur vertu ait été détruite 
dans le paflagé au travers de tout 
ce labirinthe que nous connoiflons 

out la route du chile. 


Il faut même obferver que ce. 


font des remédes doux & balzami<. 
ques qui ont ce privilege. Pourquoi, 


ne croirons-nous pas aufli que l'eau: 
de Bareges buë en quantité , chaude 


avectout fon baume , pourra comme 


lesautres remédes dont nous venons! 
de parler,porter aufli tout fon baume 
fulphureux jufqu'aux reins & la) 
veflie £ | 


Mu  SURIA PrERRE, 163 
F. Mais que fera-ce, fi fuivant l'avis 
de plufeurs grands Auteurs, il y a 
des conduits qui ont échapé jufqu’à 
prefent aux induftries & aux recher- 
€hes des plus célébres anatomiftes , 
qui menent immédiatement de lefto- 
mac & des hoyaux à la veflie, fans 
pailer par le labirinthe que nous 
connoiflons déja. 

Examinons un peu cette queftion 
en point de fait ; & après avoir cité 
les fentimens & les obfervations de 
divers Auteurs là-deflus , nous cher 
cherons des raifons qui puiflent au- 
torifer leur avis. 

Willis dans fon fecond chapitre 
du livre des urines, dit qu'il a toûe 
jours été perfuadé qu'il y avoit un 
canal inconnu jufqu'à prefent aux 
Anatomiftes, qui portoit immédia- 
lement de lPeflomac & des boyaux 
à la veflie ; ce qu'il prouve par la 
celerité prompte avec laquelle on 
rend les eaux minerales , qui ne peut 
expliquer ni fe concevoir fans fup- 
pofer des conduits immédiats & dif- 
ferens de ceux que nous connoif- 
bns. 

Lifez les obfervations que Sken- 

Oij 


164 DirssERTATION 
cxius a colligées , page 486. obfer:. 


20.21. & 22. vous verrez que l’un: 
a rendu des morceaux de racine d’o-: 
pium qu'il avoit mangées avec fon. 
potage par la voye des urines, l’autre: 
un chalumeau de paille d’orge où il. 
y avoit un nœud, Calmum genicu=- 


Latum bordeaceum Per urinam excre- 


vit ; Vautre un morceau de cham-- 


pignon qu'il avoit auparavant man- 


gé , & le tout par la voye des. 


urines. 

Lifez Manget , fol. 1007. il parle: 
d’un homme qui ayant mangé des oi- 
feaux tuez à coup de fufil, avalla un. 
drageon & plomb avec la viande: 


de ces oifeaux, il rendit ce drageon: 


trois jouts. après par la voye des. 
urines. 


Il cite encore un Orphévre qui: 


ayant avallé une épingle qui fe trou- 
va dans fon pain, la rendit par la. 
voye. des urines la pointe la pre- 
miere. 

J’ajoûte à ces experiences celle de: 
Monfieur le Prefident de Baratet , 
beau-pere de Monfieur notre premier 
Préfident le Brethon d’Eguille. 

Monfeur le Préfident, de Baratet 


— 


SUR LA PIERRE vr$6 
relevant d'une cruelle & dangereufe 
maladie , fut attaqué d’une colique 
néphrétique au moyen des bains do- 
meftiques & d’une pt'zanne émollien- 
#te & adouciffante , 1l rendit du fit 
retord de la longueur d’un pied & 
demi , & 1} fut guéri. 

J'ai vû ce fil bien artificiel & qui 

‘auroit encore pù fervir ; je ne lai 
point vû fortir par la voye des uri- 
nes, mais le témoignage de Mon- 
fieur le Préfident de Baratet homme 
vrai & fincere dans fes difcours s’il 
en fût jamais , & qui hait les men- 
teurs , qui me le fit voir le matin 
même qu’il leut rendu, qui attefta 
a Monfieur fon gendre lavoir rendu 

. par les urines, me confirme la chofe. 
comme fr je l’avois vû fortir. 

Tous ces faits ne peuvent être 
conçüûs n1 expliquez fans qu'il y ait 
des conduits fecrets qui menent de 
Peftomac & des boyaux immédiate- 
ment dansla cavité des reins & de 
la vefie. 

Nous attendons , comme dit Bor:. 
richius ; avec impatience que l'in- 

 dufirie & les recherches desilluftres: 

- Anatomiftes nous découvrent les cær- 


166 DiIssE RTATION 
naux inconnus jufqu’à ce jour, male: 
gré les travaux avancés & les lumie- 
pes brillantes que l'anatomie a recû 
par la diligence, les foins, les ex- 
periences de ceux qui l’ont enrichie 
depuis un fiécle. 

À tous ce faits que je viens de 
propofer, je joindrai diverfes expe- 
riences tirées de graves Auteurs. 

Gallien , /, $. de locis affeëtis nous 
propofe deux exemplesremarquables, 
lun d’un gladiateur qui recevra une 
bleffure dans la poitrine qui perce dans 
la cavité fans avoir offenfé le pou- 
mon , qu'on injecte dans la cavité de 
la poitrine de l’eau avec du miel 
par la playe, & après avoir fermé 
& tamponé l'ouverture de la playe, 
le bleifé crachera bientôt après l’eau 
miellée , & trouvera le gout du miel 
dans la bouche. 

L'autre exemple que Gallien pro- 
pofe : Dans les fractures desos, dit-il, 
dans lefquelles la peau n’a pas été 
bleffée lorfque le calus fe fait après 
la réduétion, on voit du fang extra- 
valé qui perce la peau fans l’offenfer, 
& qui s'attache aux bandes, linges 
& autres appareils qu’on a mis pour 


SUR LA PIERRE 167 
contenir les os bout à bout. 
Riviere dans fon cap. 2. de la plu- 
refie pag. 103. dit que la nature par 
une providence admirable trouve par 
tout des routes connuës &inconnuës, 
& fouvent même incomprehenfibles, 
par où elle trouve moyen de fe fou- 
Jager , & de poufler au dehors ce qui 
Pincommode au dedans. 
 Sydenham dans fon traité de Phy- 
dropifie page $66. nous aflure , 
» qu'il y à des conduits fecrets par 
» Où les eaux épanchées dans la ca- 
_» pacité de l'abdomen, font portées 
» & traduites dans la cavité des in- 
» teftins. Le fait, dit-il, eft clair & 
» évident ; puifque nous voyons tous 
> les jours que les puiffans hydra- 
» gogues font fortir par les felles 
» une aufll grande quantité d’eaux 
» qui étoient contenuës dans l’abdo- 
» men , que fi elles avoient été 
* uniquement dans la cavité des in- 
æ teflins. j 
Il ajoûte » qu'il eft très-dificile 
» de comprendre comment cela fe 
» peut faire, & que ne pouvanttrou“ 
» ver à un nœud fi dur un coin pro- 
>» pre à le difloudre , il a fouvent 


168 DiIssSERTATION 
» fait réflexion à la fentence qu'EHip- 
# pocrate a prononcé dans fon livre. 
» del’ancienne médecine: ( cet Hip-. 
s pocrate, qui d’un commun & una- 
» nime conf{entement, eft le meilleur 
w & le plus fage Médecin de tous 
> les fiécles. ) La voici: il efE cer- 
» tains Médecins qui ufant de fo- 
» phifmes & de fubtilités mal placées, 
 difent qu'ileft impofñfible d’être bon 
» Médecin fans connoître à fond la 
» ftruéture de l’homme & la com- 
» pofition des parties. Quant à 
» MOI Je crois que ce qu’un te} 
» Médecin ou Sophifte peut direow 
» croire touchantla nature, convient 
» moins à l’art de la médecine qu’à 

» celui de la peinture. | 
Baglivi raconte dans fon premier 
livre de pratique chap. 12. art. 7: 
>» qu'un homme fçavant à Rome s’é- 
» tant donné un cliftére d’eau tiede, 
» la garda en entier dans les intef- 
>» tins , & peu après la rendit tota- 
# lement par les urines fans qu'il en 
s fortit une goutte par les felles. Ba- 
» glivi ajoûte que cet homme luira- 
» conta que pareille chofe lui arrivoit 
». fouvent. Les Anatomiftes ont. 
bien: 


SUR LA PrERRE rôg 
b bien fué & travaillé pour découvrir 
» Ces canaux qui portent des inteftins 
» à la veflie en droiture, mais 1ls 
» n'ont pas encore réufli dans leur 
» découverte, & l’on ne doit point 
» ajoûter foià ce qu'en dit Bon- 
w net , rom. 2. fol. 652. Éc. » 
Tous ces faits & bien d’autres, que 
je ne raporte pas ici font voir que 
nous ne fommes point parvenus à 
l’entiére connoiflance de anatomie: 
& comme dans le globe terreftre il 
y à encore des terres inconnuës où 
les hommes n’ont pas penetré ; de 
même aufli il y a dans le corps hu- 
main, ( que l’on confidere comme un 
petit monde ) bien des canaux, bien 
des tuyaux qui nous font inconnus, 
ceft ce quia fait dire à Sydenham 
>» Que nous devons être portés à ado- 
# rer avec une profonde humilité ce 
> divin ouvrier qui a compofé le 
» corps de l’homme , lorfque nous en 
»contemplons létonnant & prodi- 
_» gieux artifice dans les parties que 
» nous connoiffons ; lequel eft en- 
>» core infiniment plus excellent dans 
» celles que nous ne connoiffons 


æ pas. » 
P 


170 DissERTATION 


Julius Alexandrinus parlant deces 


tuyaux qui menent aux reins & à la 
veflie, nous donne une raifon tirée 
de Gallien que voici dans fes pro- 
pres termes : Non aliud elfe caufe 
judicavimus poÎfe;quam id 1p[um quod 
bic dicitur. Viventis hominis longe 
patentiores atque amipliores quam de= 
funêki meatus per quos exitus 1llis pa= 


cuiffes : perangufliffimas in demortuo= 
um corporibus , adeoque vifum fugien-. 
tes ; jecoris renumaque vias ad ureteres\ 
 veficam tranfeuntibus, locique bu 


jus admoniti Galeni ditfum experi- 
 mento atque exemplo hoc confirmarunt 


vidimus, eique fidem adhibemus "jam | 
majorem de hoc. Julius Alexand. an- 


not. ad cap. 14. lib. de fubft, fas 


Cult. nat, 


Qui de nous a jamais vû dans les 
cours d'anatomie certaines petites ar= 
téres qui partent de la partie fupé<, 
rieure de l’artére brachiale, & qui 
plongent & s’anaftomofent dans la 


partie inferieure de la même artére ; 


lorfque nous avons vû diffequer ou 
que nous avons difflequé nous-mé-. 
mes , elles ont échappé à la vûé des. 


difféquans ; lorfqu'on injette Par- 


._ SUR LA PIERRE 317% 
tére du bras, on ne voit point que 
ces artéres prennent couleur, cepen- 
dant ces artéres font réelles & ex1f= 
tent , pour vous en convaincre, faites 
réflexion à ce qui fe pale lorfque 
par malheur un Chirurgien maladroit 
dans la faignée du bras , en a piqué 
& ouvert lartére qui fe trouve fous 
a veine médianne, 

On voit d’abord le fang venir par 
bonds redoublez , qui fuivant Îles 
pulfations , cetteartére ouverte four- 
nit plus de fang, dans une minute 
que la veine en quatre : fouvent 
tout ce qu’on pratique en pareil cas 
pour arrêter le fang , eft inutile, on 
eft réduit à la neceflité de faire la 
ligature de lartére au deflus de Pou- 
-verture ; foudain le poulx difparoit : 
mais quelques jours après 1l fe ré- 
 tablit & même l’hemorrogie , fi le 
Chirurgien n’a pas eu la précaution 
de faire la ligature tant au deflus 
qu’au deflous de l’ouverture. 
D'où vient cela, c’eft que les arz 
téres collaterales invifibles dans les 
cadavres , & oifives dans le fujet vi- 
 vant, tant que Île fang fuivoit fa 
grande route, dés-lors qu'il trouve 


Pi 


#72 DissERTATION 
fon pañlage intercepté par la liga- 
ture faifant éfort contre les parois: 
de lartére, dilate l'orifice de ces ar. 
téres collaterales & les artéres mê-. 
mes , les étend, les groffit & fe fran-. 
chit un pañlage au travers d'elles, 
pour :venir fe diftribuer par leur in- 
fertion à la partie inferieure de la 
grande artére du bras , & fournis 
de nouveau du fang à toute cette 
partie comme avant Jaccident. 
" C'eft dans ces fujets que l'on voit 
avrès leur mort ces artéres dilatées 
fenfibles à la vûE & non dans les 
autres. : 
Ces artéres collaterales nous font 
admirer la fagefle infinie de la pa- 
ture , qui prévoyant que le tronc 
principal de l'artére pourroit tre 
détruit par des accidens particuliers; 
a eu la précaution d’en former de 
collaterales , & pour ainfi dire de 
réchange pour y fupléer. A CE 
Nous pouvons donc croire que 
leau de Bareges penetre dans le: 
reins & dans la veflie avec tout for 
baume & toute fa vertu fondante 
& quoique nousn’envoyons pas le: 
conduits, on ne doit pas laïffer dé 


»  BUR LA PIERRE. 173 
les admettre ; fur tout quand on ré. 
. fléchira fans préjugé à la quatriéme 
experience que je dois propofer dans 
le chapitre cinquiéme & dernier de 
cette differtation. = 

Nous avons encore d’autres de 
fources pour introduire cette eau 
dans la veflie, pour attaquer corps 
à corps pour ainfi dire la pierrgidans 
fon retranehement : c’eft l’inje@ion 
‘ de cette eau par la fonde dans la 
veflie. 

Cette injeétion peut fe faire très- 
. facilement ; car puifqu’on injecte tous 
les jours des decoétions vulneraires 
 déterfives , anodines ou autres dans 
Ja veflie ; à plus forte raifon peut-on 
injecter cette eau legere & pénétran- 
te , fimple,homogene ou du moins 
fans compofition artificielle. 

On peut fe fervir d’une fonde à 
double tuyau , injeéter l’eau de Ba- 
, reges par l’un , l'eau excédente mé- 
* lée avec l'urine qui arrive dans la 
vefhie s’écoulera par Pautre ; par cette 
fimple méchanique la pierre fe trou- 
vera comme expolée au torrent d’un 
ruifleau , & cette eau touchant, pour 
. ainfi dire, corps à corps la pierre, en 


Pl ïj 


174 DirsseRTATronN 
procurera plus facilement la diffolu: 
tion, | 
Ou bien la fonde ordinaire à un 
canal introduite dans la veñlie pour-. 
roit être adaptée à une canule que: 
l’on mettroit à un des trois tuyaux: 
de la fource de Bareges : l’impulfon: 
de l’eau feroit l'office de feringue,, 
:& c& précieux diffolvant feroit in-. 
troduit fans rien perdre ni de fa cha-. 
leur ni de fa vertu. 

Qu'on ne fe perfuade pas que: 
cette eau ainfi introduite puifle en: 
aucune maniere facher ou incommo-. 
der la vefie , puifque l’eftomac, qui. 

eft auffi fenfible qu’elle, s’en accom-. 
mode , & cette eau buë à la quan-. 
tité de huit livres n’y produit ni cha- 
leur, ni rapport, ni vomiflement 3; 
mais exCite feulement un excellent: 
appétit : l’effomac & la veflie font: 
de la même ftru@ure & de la même : 
compofition, ainfi que Pa obfervé, 
Monfieur Winflow , & que nous l’a- 
vons obfervé ci-deflus. 

J’ajoûte que j'ai vû feringuer cette 
eau chaude dans des playes très- 
douloureufes, qui bien loin dy exci- 
ter aucune nouvelle douleur, pro 


MURAL ERERRE 
œuroit un foulagement prefent & 
actuel. | 

Nous avons encore un grand 
avantage à efperer de linjeétion 
de cette eau dans la vefhe : Île 

 voict. 

Il eft certain que dans ceux qui 
font attaquez de la pierre depuis 
long-tems , leurs veflies fe font ra- 
cornies jufqu’au point qu’on a vû 
les parois de la veflie grofir jufqu’à 
lPépaifleur d’un travers de doigt, la 
crifpature des fibres que la douleur 
a produit, a fait & caufé des arrets” 

_ des liqueurs dans les tuniques de Îa 
veflie qui fe font concretez & can- 
dies, & par-là caufent cette pro- 
digieufe épaifleur , qui a confidera- 
blement diminué le diamétre naturel 

_ & ordinaire de la cavité de la veflie. 

Quels fecours merveilleux ne-doit- 
on pas efperer de linjeétion de 
cétte eau pour difiper & détruire 

- les concretions forcées, & redonner 
à la veflie fon amplitude naturelle. 

Nous eftimons encore que la dou- 

che de ces eaux tombant fur la ré- 
gion hypogaltrique où la veffe efl 
placée, peut contribuer à la: diffolu- 

| P ii 


176  DissERTATrIOoN 
tion de la pierre ; car puifque cette 
eau penétre les tégumens & jufques 
dans les articulations pour fondre 
les anchilofes dans les cicatrices mê- 
me les plus dures & les plus folides 
pour les ramolir , comme nous l’a- 
vons fait voir dans les deux obfer- 
vations que nous avons décrites dans 
la propofition précédente , elle 
pourra également pénétrer à travers 
les mufcles de labdomen & des 
membranes qui compofent la veflie. 

Enfin je crois que Pufage des 
lavemens de cette eau pris trois fois 
par jour ne peut être que très utile 
& très-avantageux ; car comme la 
vefñe pefe & eft appliquée immédia- 
tement fur le re&tum qui eft le boyau 
où l’on introduit le lavement , le 
baume de l’eau par droit de voifina< 
ge s'infinuera facilement dans la 
vefñe, 

Baglivi dans Flexplication de 
Vobfervation ‘que nous avons citée 
touchant ce Romain qui rendoitles 
Kivemens par les urines, préfume 
qu'ils pafloient au travers des pores 
des inteftins & des membranes de la 
veflie, Carerum fi quis affereret ralie 


SUR ELA PIERRE. 177 
#quarum stinera per pôros Vaforum 


 membranarum ad veficam fier: 


prout videmus V? purgantis aquas hi- 
dropicorum € cavitate abdominis ir 
inteffina introvalari : bent ne aut male 
{entiret apud [apientes judicinm effo. 

Hippocrate favorife dans fes épi- 
démiques la conjeéture de Baghvius © 
lorfqu'il nous enfeigne que toutes 
les parties du corps , foit externes, 
foit internes , font ouvertes & tranf- 
pirables , Li en dedans foit en de- 
hors. /#dicat autem fenfus , ipfe cor- 
pus totum tam foras quam intro [pi= 
rabile ele. 

Concluons donc de tout ce que 
nous venons de dire, que l’eau 
de Bareges eft un menftrue propor- 
tionné , un diflolvant naturel & pro- 


Hipp. lis 
6. Epid, fe&; 
60 Ne Ie 


pre à foudre le pierre du FE 


de la veflie, que la nature s’étoit re- 
fervée à elle-feule le reméde qui de- 
voit operer ce miracle 3 maïs nous 
efperons que toutes les raifons que 
nous avons raportées pour en éta- 
blirla poffibilité,& la vrai-femblance, 
recevront un nouveau poids , une 
nouvelle force par le détail des ex- 
_ponences fidéles & finceres que je 


… Syden. 
39. & fui 


178 DIssERTATION 


rapporterai dans le dernier chapitre 
ge cette Differtation. 


Sixième Propofition. 


On peut tirer des induétions de 
deux de nos Auteurs pour prouver 
Pefficacité des eaux de Bareges , pour 
difloudre la pierre dans les reins & 
dans la veflie. | 

Le premier eft Sydenham, cet 
Auteur incomparable, qui, après Hy- 
pocrate, eft la bouffole des bons pra- 
ticiens , C’eft lui qui m'a fait naître 
l'idée de chercher dans les diflol- 
vans fulphureux le reméde propre 


à diffoudre la pierre, 


Poe 


Il nous rapporte avec fincerité 
une experience qu'il a faite fur lui- 
Même; @ plus j'y ai réfléchi, plus 
je me fuis confirmé dans la croyance 
de réuflir à fondre les pierres par 
le moyen des diflolvans fulphureux. 
Voici fon obfervation. 

» L'an 1660. je fus attaqué 
». Comme un miferable d’un accès 
» de goutte plus long & plus cruel 
» que tous Ceux que j’avois aupa- 
# ravant reflenti, il me retint deux 


sun LA PrxRes 19 
% mois entiers couché, ou dans 
> mon lit, ou fur canapé, bien qué 
» nous fuflions dans le tems de 
» l'Efté ; fur la fin de Paccès je 
» commençai à fentir une douleur 
» fourde & obtufe dans le rein gau- 
» che & même dans le droit, quoi- 
«que rarement & par intervale. 
2 Quand je fus convalefcent de la 
_ » goutte, la douleur de reins con- 
? » tinua, & quoiqu'elle fût aflez fu. 
» portable & nullement aiguë, elle 
> me donnoit des femonces fe- 
» crettes. | 

» Cependant je n’avois pour-lors 
» jamais été attaqué de coliques né- 
>» phrétiques ( dont les fymptomes 
* infeparables font la douleur des 
» reins & des uretéres avec un énor- 
æ me vomiflement, ) Quoique ie 
» n'eufle point eu ces fignes cer- 
» tains de néphrétique ; je croyois 
# pourtant, & ce avec raïfon , que 
» j’avois une pierreconfiderable dans 
» le baflinet du rein, dont la gran- 
» deur lPempêchoit de defcendre par 
» le conduit des uretéres , c’eft 
æ pourquoi je n’avois pas eu ces 
» deux fymptomes qui paroiffent 


280 DIssERTATION 
» lorfque la pierre eftengagée dang 
» Je canal des ureteres. 

» Plufieurs années après je con- 
# nus que je ne m'étois pas trompé 
» fur ce point 3; car en 1676. à 
» la fin de lhyver , m’étant long 
ætems promené , je rendis. du 
» fang mêlé avec les urines , & ce 
» fymptome fe renouvelloit toutes 
» les fois que je marchois beaucoup, 
» ou que j'allois en caroffe dans les 
» TUES , quoique au petit pas des che- 
# vaux ; mais cela ne m'arrivoit pas 
» quoique j’allaffe loin en caroffe par 
» Jes grands chemins , pourveu qu'ils: 
»ne fuflent point pavez. 

» L’urine que je rendois pour-lors 
 quoiqu’elle parût prefque être du 
_» fang pur, cependant bientôt après 
» le fang fe gtumeloit & fe précisi. 
>» toit au fond du vafe,& l’urine dans. 
» le haut étoit claire , limpide & de 
» fa couleur ordinaire. 

» Pour remedier à ce mal je me 
» fis faigner diverfes fois par le bras : 
» & après les remédes generaux. 
» j'employai les rafraichiffans , les 
» inCraflans 3 j’obfervois une diette 
+ convenable à ces fortes de remé- 


“SURER PIERRE, 4ôT 
# des, j'évitois avec foin les liqueurs 
» acides, acres & fpiritueufes : mais 
æ comme tout cela & bien d’autres 
» remédes qu'il feroit trop long de 
» raporter, ne me fervirent à rien, 
» craignant que la pierre fût trop 
grande pour pafler au travers des 
uretéres ; je n'ofai tenter les eaux 
minerales pour la pouifer dans la 
» veflie, parce que j'avois vû des 
e vicillards de ma connoiffance qui 
» s’étoient procuré la mort pour l’a- 
» voir tenté. J’avois enfin defefperé 
» de ma guérifon, & j’avois pris mon 
» partide ne plus tenter aucun re- 
» méde, & d'éviter le mouvement 
» corporel pour prévenir cette hé- 
» morogie du fang par les urines. 
» Cependant à force de rêver fur 
» mon mal, & faifant réflexion au 
» grand éloge que plufieurs font de: 
» la graine de frefne pour fonûre da 
D pierre dans lesreins & dansla veflié, 
» je penfai que fi cette graine avoit- 
» cette vertu, il étoit-vrai-femblable 
» que la manne du frefne l'auroit.en- 
» core dans-un degré plus éminent ; 
s» çar la manne dont nous nous fer- 
» vons, ( fuivant le Botanique Jean 


8 


é 


8 


182 DIrssERTATION 
» Ray & plufieurs autres écrivains } 
» n’eft point , ni un miel de l'air, ni 
» quelque rofée célefte, mais plûtôt 
» une gomme qui fort goutte à goutte 
» des feuilles , du tronc & des bran- 
# ches de certains frefnes qui naïf- 
» fent dans la Calabre. Jean Ray 
> dans fon catalogue des plantes de 
» l'Angleterre , nous aflure qu'il eft 
» certain de ce fait; puifque voya- 
» geant en Îtalie un habile Méde- 
» Cin lui fit voir des branches & des 
» feuilles de frefne où la manne étoit 
» attachée , qu'il avoit curieufement 
» & foigneufement couvertes avec 
». des linges. 

» Réfolu d’en faire l'experience, 
» je fis fondre deux onces & demi 
» de manne dans deux livres de petit 
» lait, y ajoûtant un peu de fuc de 
» limon pour ôter la fadeur du re- 
» méde, & le rendre plus agreable 
» à l’eftomac. 

» On ne fçauroit exprimer le fou- 
» Jagement infini que ce reméde me 
+ procura dans les reins ; car quoi- 
» qu'auparavant je ne reflentifle pas 
» danslesreinsune douleurcontinuel- 
» le, 1l y avoit pourtant toûjours un 


NEA 


vi 


SURUDA Purrke 1 
» poids & un reflentiment qui m'in- 
» quictoit, Ayant vû cet heureux 
+ fuccès , je reprenois chaque femai- 
» ne à pareil jour le même reméde, 
» & après chaque prife , que je con- 
+ tinuai pendant quelques mois, je 
» trouvois vifiblement que j’allois de 
» mieux en mieux , jufques-là que 
» je fus en état d'aller en carofle 
» par Îles ruës, fans que ce fymptho- 
> me reparut jufqu'au printems fui- 
» vant. Alors comme pendant tout 
» l’hyver j’avois été tourmenté de la 
» goutte , & que foit par limpuif- 
” fance de marcher, foit par unre- 
» pos plus grand que je n’avois ja- 
®.mais pris, l’'hémorogie du fang par 
» les urines reparut. 

» Je demeuraifort embarrafé fi je 
w reviendrois pour-lors à mon pur« 
» gatif ordinaire, parce que dans ces 
» dernieres années la goutte s’étant 
« emparée de tout mon corps, un 
» purgatif quelque leger qu'il fût 
» men faifoit revenir l’accès. Enfin 
» je réfléchisque fi je prenois le foir 
D 5 purgatif un narcotique qui pût 
» apaifer l’orage que le purgatif au- 
» roit caulé, que je pourrois repren« 


184  DiIssERTATION 
» dré une fois la femaine ma manne 
# préparée comme auparavant : je: 
® mis donc fondre deux onces & de- 
» mie de manne dans deux livres de 
» petit lait, & je les pris Le matin & 
>» le foir : je pris feize gouttes de 
>» Jlaudanum liquide dans dela petite 
» biere à l'heure du fommeil, & je 
» réiteraile même reméde, c’eft-à- 
» dire la manne & Île laudanum le 
» foir, deux fois la femaine pendant 
» fix fois 3 après cela je ne prenois 
» la manne qu’une fois la femaine, 
« & je comptois que je n’avois rien 
» à craindre de la goutte, par raport 
> à la grande quantité d’humeurs que 
» le purgatif avoit évacués. 

» Cependant ma raifon me failoit 
»# comprendre que quelque vertu dif- 
> folvente & propre à fondre la pier-. 
» re qu'eût la manne dans laquelle 
» j'avois fondé mes efperances , il 
» falloit qu’un reméde comme Île lau- 
».danum très-adftringent en affoiblit 
» la vertu. Je jugeai à propos de ne 
> point prendre du laudanum lorfque 
» je ne me purgeois qu’une fois la 
» femaine, c'eft pourquoi je le fu- 
» primai. Je perfeverai dans cet ufa- 


ge 


SURILDA PTERRE 1 
ÿ ge pendant quelques mois, & le 
» même jour de chaque femaine je 
m prenois mon purgatif laiflant à l’é- 
» Cart toute autre affaire & tout em- 
æ barras que je pufle avoir d’ail- 
» leurs. rss 

2 Quoique dès la premiere doze 
je fentis une diminution confidera- 
> ble de la douleur que j'avois dans 
> le rein ; cependant par des purga- 
>» tifs réiterez, la goutte me donna 
» quelque figne , qui ne faifoit point 
wtant la guerre aux membres ex- 
> terieurs qu'aux vifcéres : mais le 
> laudanum repouffa fouverainement 
» tous ces efforts de la goutte. 

» Cette méthode m'ayant réuflr, 
>» je jugeai à propos qu'il falloit m'en 
» tenir là, foit pour prévenir la perte 
» du fang par les urines , foit pour 
æ diminuer la groffeur de la pierre; : 
» ce qui m'a enfin réufhi, & je n’ai 
> plus vû de perte de fang par les 
sw urines depuis que j'ai fait ce traité, 
» & j'ai laiflé la manne à l'écart. 

Il eft à remarquer que laccident 
dont il eft queftion arriva à Syden- 
ham en 1676. & fe renouvella en 
2677. & que la datte de cette oh- 


< 


Synden. de 
uidtu fang. à 
calculo ren, 
#mpañto. 


186 DIssERTATION . 
fervation eft du 29.Septembre 1686. 
il confte par-là qu'il fut bien & par- 
faitement guéri du moins pendant 
neuf ans. | 
Cette obfervation nous fournit 
deux réflexions. La premiere , que 
Sydenham qui fçavoit fi bien met- 
tre à profit fes obfervations , & qui 
éprouvoit chaque femaine un foula- 
gement marqué lorfqu'il avoit pris 
fa manne dans du petit lait , ait ne- 
gligé de réiterer ce remede de deux 
jours Pun. Er poff fingulas catharfeos 
vices melins me habuiffe plane [unr 
expertus , donec tandem duriorem cur- 
vus conqualationem ferre potnerim;, 
ab hoc fymptomate prorsus liberatus. 
II auroit prévû la rechûte qu'il eut 
bientôt après , & il fe feroit épar- 
gné la perplexité où il fe trouva 
s’il reviendroit au même reméde, 
lequel pourtant lui réuflit pour di- 
minuer le volume de fa pierre. Cumz 
boc mibi medendi ratio hattlenns bene 
werterit in eadem perfeverandum mihi 


effe judicabam ; ram ad pracaven- 


_dum millus fanguinis recurfum , tum 


ad'imminuendum aliquantulnm morbi 
fomitem,quod tandem voris refpondit, 


SURIL A PTERRE ro’ 
bemorragia fa ex qua traitlatuinm 
bunc primum cdidi, prorsus evanef- 
cente. 

La feconde réflexion eft que puif- 
que Sydenham a pû fondre , du 
moins en partie la pierre confidera- 
ble qu’il avoit dans le rein, avec de 
la manne fonduë dans du petit lait; 
à plus forte raifon Peau de Baréges 
pourra la diffoudre, 

La manne, fuivant Ettmuller, eft 
_ un fuc vifqueux & gras qui coule 

du frefne fauvage par mel 
cifion que lon fait au tronc de cet 
arbre ; cette gomme eft condenfée 
par la rofée & par le foleil, &nous 
fournit des grains qu’on apelle manne 
en larmes : on en trouve fur les feuil- 
les de cet arbre, & Monfieur Re- 
neaume, Doyen de la Faculté de 
Médecine de Paris , & membre de 
VAcadémie Royale des Sciences , 
propofa en 1699. à fon Académie 
qu’il avoit trouvé de la manne fur 
les feuilles de cet efpese d’erable 
qu’on appelle acer monranum candi- 
dum. | 

Or la manne, ce fuc vifqueux & 
gras eft certainement fulphureux, 


Qi 


L 


188 DiIsSsERTATION 
puifque d’ailieurs le gout & le ta 
le confirment, | 

Cette manne qui outre fa vertw 
fondante en a encore une purgative 
qui partage pour ainfi dire fa force ; 
a été capable de diffoudreune pierre, 
& l’eau de Baréges ne la difloudra 
pas © Ce feroit mal connoître fes 
grandes vertus & lui faire tort que 
d’en douter un moment. 

Le fecond Auteur que je cite, 
c'eft Varandæus , Profeffeur dans 
l'Univerfité de Montpellier, dont 
le grand Riviere fe fait gloire d’a- 
voir été difciple. Cet Auteur par- 
lant des eaux de Balruc & de leur 
efficacité pour difloudre la pierre 
des reins , dit: Par leur chaleur, qui” 
eft produite par une veine de bi- 
thume, elles fondent & liquifient 
toutes les mucofités épaiflies. Suo. 
enim calore ex bituminali vena pro- 
feito, fundunt, liquantqnue quofcum- 
que craffiores mucos. Varandæus fol. 
434 Cap. 10. de affeétibus renum 
& velicæ. | 

Or fur ce point,ne lui en déplaife, 
les eaux de Balruc ne peuvent point 
fe comparer ni parier avec celles de 
Bareges.. 


SUR LA PIERRE, 8 


Septième Propofition. 
D. 

L'eau de Bareges rappelle la per 
fpiration, de plus elle fournit au fang 
& à toutes les parties du corps un 
baume précieux. 

Pour prouver le premier membre 
de cette propofition , j'emploie ce 
que j'ai dit dans mon traité de la 
goutte pag. 113. & 114. dont voi- 
ci l'extrait. . 

Cette fource miraculeufe doit fon 
efficacité principale au rappel de la 
_ perfpiration , qu’elle opere, comme 
nous l’avons dit dans la differtation 
fur les maladies veneriennes , page 
171. remarque troifiéme. C’eft par 
ce rappel qu’elle eft fouveraine dans 
toute forte de tumeurs, qu’elle Îes 
fond & réfout. 7# rumoribus perfpi- Su 
ratio utilis, qu'elle eft fpécifique & ci 
fouveraine dans les maladies in- 
connues, 

Cette eau buë à la quantité de 
trois à quatre livres le matin , n’ex- 
cite n fueur , ni cours de ventre , 
pt vomiflement, ni urines en abon- 
dance ; le malade fe trouve pour: 


= 


#90 DiIssER®TATION 
tant le lendemain du même poids: 
preuve certaine que cette eau pañle 
par la perfpiration, & le malade ne 
connoit d'autre effet de cette abon- 
dante boiflon , que de trouver cha- 
que jour fa chemife graflé & onc- 
tueufe ; comme fi on l’avoit trempée 
dans de lhuile, & de voir difparoitre 
à vûé d'œil les fymptomes de fon 
mal, qui la obligé d’entreprendre le 
voyage de Bareges. 

Le point de cette propofition ainfi 
demontré nous conduit naturel- 
lement aux deux réflexions fui- 
Vantes, j 

1°, Si nous avons fait voir ci- 
deflus dans le chapitre fecond que 
le deffaut de la perfpiration eft la 
caufe de la pierre , comme elle left 
de la goutte fa fœur germaine, que 
ce deffaut de perfpiration retenant 
la matiere faline de cette feconde 
évacuation , redoubloit la falure des 
urines qui devenoit la caufe efficiente 
de la pierre, en fixant & durciffant 
les mucilages des reins & de la vefle, 
&c. Quel fecours ne trouvons-nous 
_pas dans la boïffon de ces eaux, 
puifqu’en ouvrant la perfpiration, & 


SUR LA PrERRE rot 
Ta matiere trouvant fes canaux na- 
turels dans la peau ouverts & dila- 
tez, cette faleure redoublée des uri- 
nes eft fufpenduë , & par conféquent 
la croiffance & l'augmentation de 
la pierre, car les urines étant radou- 
cies & remifes au point naturel de 
leur falure , plus de fixation de mu- 
cilage couche fur couche. 

Mais la grande utilité vient de ce 
que les urines ne portent plus d’ob- 
_ftacle au baume diflolvant introduit 
dans la veflie par la boiflon , par 
FPinjeétion, la douche, les nd è 
_ainfi ce diflolvant travaille à fon aife 
à la diflolution du calcul , la falure 
augmentée de l'urine étant évacuée 
par la porte de la perfpiration. 

2°. Les douleurs feront calmées 
& appaifées; car il faut convenir que 
ce n'eft pas précifément l’exiftence 
de la pierre dans la veflie qui eft la 
caufe de la douleur ; car f c’étoit 
la prefence de ce corps étranger pré- 
cifément qui produit la douleur, 
elle feroit continuelle , ce qui. eft 
contre l’experience, puifque les pier- 
reux ont fouvent de longs intervalles 
jufqu’au point que j'en ai vü qui fe 


392 DiISSERTATION 
flattoient que je m'étois trompé, lorf: 
que je leur avois annoncé qu'ils: 
avoient la pierre , féduits & trompez 
eux-mêmes par quelques longs inter 
valles que leur avoit procuré le ré-- 
gime que je leur avois prefcrit. 

Mais la douleur fe fait reflentir , 
torfque par les fautes dans le régime: 
de vie , les excès, le froid & autres: 
caufes qui fupriment la perfpiration,, 
les urines deviennent alors plus fa-- 
lées qu’à Pordinaire, alors la veflie: 
piquée & irritée par les fels de l’u-- 
rine , fe contraéte , comme nous. la-. 
vons dit, pour la poufler au dehors, 
& elle pouffe en même tems la pierre: 
vers le col de la veflie qui bouche 
Je conduit de Purine, à peu près 
comme un bouchon enfoncé dans. 
une bouteille , empêche le vin de 
fortir quand on la renverfe, | 

Voulez-vous calmer à un pierreux 
toutes les douleurs, plongez-le dans: 
un bain domeftique , faites-le vivre 
de lait, ayez foin de le tenir cou- 
vert & de conferver une chaleur 
douce aë&uelle dans tout fon corps 
qui puifle mettre fa perfpiration en: 
fureté ; faites lui rendre fes urines 

couché: 


SUR LA PIERRE 103 
£&ouché fur fon dos, qu'il évite la 
galanterie, le chagrin & autres vives 
pañlions de lame ; c’eft une expe- 
rence. que j'ai fouvent faite, & qui 
m'a toûjours réufli, mais le foulage- 
ment ne dure qu’autant que le ma- 
lade s’aflujettit à cet auftére régime 
de vivre ; car dès-lors qu'il donne 
occafñon à la fupreflion ou diminu- 
tion de la perfpiration par un regi- 
_ me contraire & par les fautes que 
nous avons dit qui la procurent , 
le foulagement difparoit, & la dou- 
leur revient bientôt. 

À légard du fecond membre de 
la propofition que nous avons avan- 
cée, elle n’auroit prefque point be- 
foin de preuves, la réputation de ces 
eaux fur ce point ,; & les effets 
qu'elle produit font affez connus, 
non-feulement en France, mais mé- 
me en Efpagne & danses Royaumes 
circonvoifins de la France. 

Qu’eft-ce qui rend cette eau fi 
fouveraine pour les playes de quel- 
que efpece qu’elles puiflent être £ 
c'eft qu’outre qu’elle purifñie le fang 
par la perfpiration ; elle y met en- 
core un baume uniffant qui accelere 


*94 DISSERTATION 
la guérifon des playes & les diflo: 
lutions de continuité, à 
N'ôtons rien à la dexterité & has 
bileté des Chirurgiens ; je fuis per 
fuadé qu'ils conviendront eux-mé- 
mes que le principal onguent des 
playes eft le baume que fournit la 
mafñle du fang: de-là vient que 
certaines playes font fi difficiles à 
guérir, & que les autres font bientôt 
confolidées ; les premieres font de 
ceux qui ont le fang falé, chargé 
de quelque levain écrouelleux, ve- 
rolique, fcorbutique ; &c. les autres 
font celles des fujets qui ont un 
fang pur & net, dans lefquels la per. 
fpiration va fon train, & dont la 
matiere ne prend pas la route des 
ouvertures comme endroit où elle 
trouve le moins de réfiftance. | 
Il eft certain que pour favorifer 
la guérifon des playes, les Chirur- 
giens habiles & experimentez ou- 
vrent la perfpiration. Je fçai certai- 
nement qu’un Officier des Carabi- 
niers bleflé dangereufement à la 
bataille de Guaftalla , fut réduit par 
fon Chirurgien , qui eut grand foin 
de fon bleflé, à vivre de lait. 


SUR LA PIERRE x19$ 
Cette diette blanche met non- 
feulement du baume dans le fang 
par fa partie fulphureufe , mais mé- 
me ramollit la peau & ouvre la per- 
fpiration , comme nous lavons fait 
voir dans le traité de la Goutte. 
D'ailleurs par cette fimple diette 
on remplit exaétement le précepte 
d'Hippocrate dans fes aphorifmes, 
ui eft d’afliger les bleflez par la 
| Lin, V'ulneratos fame affigito. Nous 
avons fait voir par les aphorifmes 
de Sanétorius, que pour rappeller la 
_perfpiration , le jeûne tenoit le pre- 
mier rang, Qua facilem perfpirario- 
nem reddunr, hacfunt, jejunium, exer- 
citium, ©c. 
L'eau de Bareges outre ces grands 
& falutaires effets, produit encore 
celui d’arroufer les fibres motrices, 
les membranes , les nerfs de fon bau- 
me qui y fait le même effet que l'huile 
que certains ouvriers mettent à leurs 
machines pour en ménager la fou- 
plefle & en augmenter le reflort, & 
pour en faciliter le mouvement, 
Je ne dois pointêtre foupçonné de 
_ porter trop, baut la vertu de ces 
* éaux : quel interêt auroïs-je de les 


Rii 


196 DissERTATION 
faire valoir au préjudice de Îa ve- 
rité ? Je n’en fuis point le proprie= 
taire ,elles font au Roy ; je n’en fuis 
point le Fermier , puifque le Roy 
veut que tous fes fujets en profi- 
tent gratuitement, aufli bien queles 
étrangers , fes propres ennemis mé- 
me; car j'y ai vû le Prince Doria qui 
avoit éte fait prifonnier à la bataille 
de Parme & bleffé dans cette aétion 
au fervice de l'Empereur, 


Huiriéme Propolition. 


- L'eau de Bareges employée de la 
maniere que nous l'avons propofée 
dans la cinquiéme propoñition, dif- 
foudra la pierre du rein & de la 
veflie avec promptitude & avec fa- 
cilité. . 

J’avance hardiment cette propo- 
fition , fans prétendre faire le pro- 
phéte ;les preuves, que j'en ai, tien- 
nent de la démonftration , les voici. 
C’eft un fait certain, connu de tous 
les Lythotomiftes , que la pierre tan- 
dis qu’elle refte dans la vefe, eft 
tendre & friable , jufques-la qu’on la 
cafle fouvent avec la tenctte dans 


| (SGRIDX PIFRME 107 
 Voperation , & qu’on eft obligé d’en 
tirer les fragmens les uns après les 
autres : cette même pierre fraiche- 
ment extraite dela veflie , peut être 
dépoiüllée de fes couches l’une après 
Pautre avec la même facilité qu’on 
dépoüille de fa coquille un œuf cuit 
& durci dans l’eau boüillante. 

Mais lorfque cette même pierre 
a été frapée de l’air, elle durcit d’une 
maniere extraordinaire, car la férofité 
dont elle étoit empreinte fe diffi- 
pant , elle diminue de fon poids, 
comme l'experience nous en con- 
_vaint: après cette diflipation , les 
principes fulphureux & falins qui 
font, comme nous lavons dit, la 
principale compofition de la pierre , 
s’aprochent les uns des autres, à 
mefure que la ferofité qui faifoit entre 
eux quelque interruption , s’eft diffi- 
pée ; de-là vient cette plus grande 
folhidité des pierres qui ont été tirées 
depuis long-tems hors de la vefle, 
au deflus de celles qui en font nou- 
vellement extraites. 

Il y a heu de croire que le nitre 
de Pair qui les pénétre à loifir , con- 
tribue beaucoup à leur fixation & à 


R ii 


198  DrssERTATION 


leur folidité ; de la maniere que nous 
voyons dans cette Ville que la pierre 
tirée des carrieres de Koquedetau 


cft tendre & friable , en forte qu’on 
peut la tailler, même avec un cou- 
teau de bois ; mais lorfqu’elle a été 
mife à l'œuvre & expolée à l'air 
quelques années, elle durcit comme 
du marbre, 

Nous voyons également dans les 
Pyrenées que la mine d’ardoife ex- 
traite récemment de la carriere, fe 
taille comme un fromage, mais fi 
vous la laïflés feulement un mois à 
Pair , 1l eft impoñfible de la mettre 
en œuvre. 

Si donc des pierres extraites de la 
veflie depuis plufieurs années ont 
fondu malgré la folidité qu’elles 
avoient acquifes (comme nous le fe- 
rons voir bientôt dans le chapitre 
fuivant art. 1e. des experiences } par 
la feule infufion & la feule macera- 
tion dans cette eau de Bareges , 
que ne produira-t-elle pas fur une 
pierre tendre & friable qu’elle attas 
quera corps à corps dans la veflie ? 

La feconde preuve , non moins 
démonfirative que la premiere, cft 


SUR LA PIERRE. 199 
que fi l’eau de Bareges qui avoit 
fervi à laver & étuver les playes des 
Officiers, (4) qui par conféquent 
avoit perdu , foit de fon baume foit 
de fa chaleur, a pû produire d’un 
fecond bond,pour ainfi dire, la diflo- 
lution de la pierre, elle réuflira bien 
mieux lorfqu’on lintroduira avec fa 
chaleur naturelle , & fans qu’elle 
ait rien perdu des principes qui font 
fon mérite & fa vertu. 


Nenvième Propofition. 


L’experience propolée ne püût ja- 
mais être d'aucune dangereule con- 

féquence pour le pierreux. 
_ On m’objeétera fans doute qu'Hip- 
pocrate nous avertit dans fon pre- 
mier aph. que les épreuves font dan- 
 gereufes, Experimentum periculo[um;s 
que les malades, fur tout les riches, 
tels que font pour lordinaire les 
picrreux , ne veulent point s’expo- 


(1) Nous avions faitun | nombre des Officiers & 
petit creux dans l’évier qui | autrés malades ne me per- 
lert d’égout au tuyau du | mettant pas d'occuper le 
bain de Bareges où je pla- | bain, 
gois mes pierres , le grand 


R üiij 


200  DrsseErRTATroN. 
fer à faire l’effai des remédes dont ile 
n'ont pas vû le fuccès : que les effets: 
inutiles de bien de ptizannes & au- 
tres fpécifiques que lon vante pour 
fondre la pierre , obligent les gens 
prudens à fe méfier de tout ce qu’on 

leur propofe , &c. 

Je réponds, ro. que lorfqu'Hip- 
Pocrate a prononcé que les épreuves 
font dangereufes , il a prétendu par- 
ler de ces experiences témeraires 
qu'hazardent certains Charlatans , 
telle que fut celle que nous avons 
citée ci-deflus , qui caufa la mort du 
filsde T'eophorbus, comme nous lei. - 
{ons dans les épidemiques: mais Hip- 
pocrate aprouve les experiences qui 
{e font fous la conduite de la rai. 
fon, & que l’on pañle des experien- 
ces déja faites & connues par lana- 
logifme & la reffemblance à celles 
qui reftent à découvrir. 74 medicin£ 
Via inventa eff, relique déinceps in- 
Hipp. L 2. Vénientur , ff quis Probe comparatus 
de veter, Me- ex jpventorum Co£nitione , ad aliorum 
+ invefligationem ferarur. | 
Je fuis de point en point le pré- 
cepte d'Hippocrate, j'accomplis fa : 
leçon à la lettre, Je fçai que Peau 


SUR LA PIERRE. 2017 
de Bareges fond toutes fortes de 
tumeurs ; je fçai qu'elle guérit la 
Goutte qui eft la fœur germaine de 
la Pierre ; je fçai qu’elle fond les 
pierres mêmes de la veffie, quoique 
durcies à l'air ; je {çai enfin que la 
boiffon de cette eau fond & diffoud 
les pierres dans la veflie même. On 
ne doit donc pas regarder ma pro- 
pofition comme une nouvelle expe- 
rience qui puifle être dangereufe pour 
_ le malade , maiscommeune épreuve 
déja faite & confommée,dont le fuc- 
cès ne peut être contefté. 

Après tout, ce n’eft point un re- 

. méde forti des fourneaux des Chi- 
miftes, comme le Kermes , les gou- 
tes venues d'Angleterre, qui étoient 
principalement recommandables par 
leur prix exceflif, les goutes du Ge- 
neral Lamothe, le Garrus, &c. quife 
fuccédent les uns aux autres. 

Il eft à obferver que ces remédes 
avanturiers font fortune en réputa- 
tion pendant un tems , & qu’ils fe 
fupplantent les uns les autres > É 
tombent dans le décri avec la même 
rapidité qu’ils ont fleuri, ## florent 
fic occumbur : femblables au Méde- 


202 DiIssERTATION 
cin de Chaudray dont j'ai parlé dans 
mon livre de la Goutte page 125. 
où j'ai fait voir que le fuccès qu’on 
attribuoit à fes herbes , à fes racines ; 
ne venoit & ne dépendoit que de 
Pexercice de la voiture à laquelle 
on étoit aflujetti pour aller confulter 
oracle de Chaudray. 

La preuve en étoit claire & dé- 
montrée, puifque les mêmes malades 
qui croyoient devoir leur guérifon 
à certaines plantes que le Médecin 
de Chaudray leur avoit données, 
atteints de nouveau des mêmes maux 
accompagnez des mêmes accidens , 
voulurent avoir recours aux mêmes 
remédes qui ne réuflirent point, 
Pourquoi ? parce que la voiture de 
80. licuës & le changement d’air & 
la campagne y étoient de moins. 

Feu Monfieur Pitton Tournefort, 
homme fans pareïl dans la connoif- 
fance des plantes , m'a ditqu’au com- 
mencement du regne de Criftophle 
Ozanne, ( c’eft ainfi qu’on apelloit 
le Médecin de Chaudray ) il avoit 
été très-inquieté & très-fatigué : on 
lui demandoit des plantes que ce 
Médecin avoit ordonnées , 1l étoit 


SUR LA PrERRE 203 
très-embarraîlé avec toutes fes lu- 
mieres dans la botanique, jufqu’à 
ce qu'il eût fçù le nom que ce Mé- 
decin donnoit aux plantes; nom qu’on 
ne trouvoit point dans les livres de 
bottanique:1l &appelioit par exemple 
de Tapfus barbatus de la Mollenne, 
le Chamadris le Chenon,le Chamae- 
pitys le Pinet, la petite Centaurée le 
Pfyllion , & ainfi du refte. Ce ne fut 
que par envoi qu'il fit des plantes, 
que Monfieur Tournefort fe mit au 
fait de fon catalogue. 

Je propofe un reméde qui exifte 
_ depuis la création du monde, que 
Pinjure de tant de fiécles n’a jamais 
changé , qui foûtient fa réputation 
& laugmente malgré tous les efforts 
d'une Ville fa voifine & fa rivale 
pour la détruire ; réputation acquife 
par les miracles qu’elle opére , répu- 
tation répandue dans prefque tout 
l'univers , & qui ne finira qu'avec 
le monde, 

Mais mettons les chofes au pis, 
fuppofons pour un moment que cette 
eau ne puifle point parvenir à fondre 
la pierre, ce qui ne fe peut , puif- 
que nous ferons voir dans le chapi- 


204 DIssERTATION 

tre fuivant le fuccès non-feulement 
pofible & probable, mais même im- 
mancable ; quel fecours n’en re- 
viendroit-1l point aux pierreux , 
quand même ils devroient fe faire 
tailler au retour de Bareges ? La per- 
fpiration ouverte faciliteroit la réu- 
mon de la playe ; le baume mis dans 
le fang préviendroit, foit linflamma- 
tion de la veflie, foit les fiftules qui 
furviennent très-fouvent à l’ouver- 
ture, foit enfin la mort même, qui 
arrive plus fouvent que la gué- 
rifon. 

Concluons donc que la méthode 
propofée ne peut jamais tirer à au- 
cune dangereufe confequence : nul 
danger à craindre , tout à efperer. 

Si les raifons que j'ai propofées, 
& les experiences que je vais racon- | 
ter dans le chapitre fuivant , ne dé- 
terminent pas le pierreux à faire l’effai 
de ma méthode , la douleur qui eft 
un orateur fiéloquent pour perfuader, 
&la crainte du danger de l’operation, 
fuppléront je l’efpere au défaut de 
mon éloquence, 


,  SUREMFPÉERER 20% 
Dixiéme Propofition. 


L'eau de Bareges doit être em- 
ployée fur les lieux ; elle ne fouffre 
point le tranfport fans perdre infini- 
ment de fa vertu. 

Il en eff de ces eaux comme de 

certains mets fins & délicats,qui n’ont 
jamais le même gout lorfqu’on les 
garde d’un jour à l’autre, ou lorf- 
_ qu’on les réchauffe , 1ls ne font point 
le même plaifir que quand ils fortent 
de la main du cuifinier. 
J'ai effayé ces eaux tranfportées 
de toutes les façons 3 j'en ai fait 
porter dans des barrils que javois 
auparavant fait tremper dans la cu- 
vette, & que je faifois enfüuite rem- 
plir: j'ai trouvé après leur tranfport 
à Bordeaux une confiderable diminu- 
tion, quelques bien fermez qu'ils 
fuffent, le barril huilleux & l’eau 
qui étoit dedans bien differente dans 
fon odeur, dans fa faveur & dans 
fes effets de l’eau de Bareges telle 
quelle eft fur les heux & en fortant 
du tuyau. 

Je fçai qu’on en a fait porter à 


206 DIssERTATION 
Paris dans des flacons d’argent fer- 
mez prefque hermetiquement , cha: 
que courier en portoit deux flacons 
pour une perfonne en place ; elle n’a 
pas réuñli. | 

J'en ai porté dans des cantines 
de verre, fermées & bouchées avec 
un bouchon de liége forcé, des meil- 
leurs & des plus fins , qu’on ficeloit 
& qu'on couvroit de cire fondue. 
& on mettoit par-deflus une bonne 
veflie de cochonficelée tout au tour: 
je n'ai pas mieux réufli à conferver 
la vertu de cette eau dans fon (4) 
entier, 

Ce qui m'a furpris, c’eft que je 
trouvois une diminution remarqua- 
ble dans la cantine lorfque cette eau 
étoit arrivée à Bordeaux. | 

Cette experience m'a fait foup- 
çonner que le fouphre de cétte eau 
étoit fi volatil, qu’il penetroit au tra- 
vers du verre comme la lumiere. 


(4) Ifaut pourtant ren- | on verra dans la troifiéme 
dre juftice à cetre eau , | experience du chapitre 
quoiqu'elle perde infini- | fuivant qu'elle à fondu 
ment par letranfport, elle | un calcul du rein au bain 
conferve neanmoins quel- | marie, 
que refte de fa vertu, & 


SUR LA PIERRE. 207 

Willis nous dit dans fon livre de 
ferment. pag. 32. que le feu n’eft 
qu’une éruption vive & rapide des 
parties fulphureufes , &c. Il dit page 
34. que la lumiere qui en provient 
v’eft qu’un fouphre très-divifé qui 
fe répand en toute dimention , il 
prend même la lampe pour exemple. 
Lux videtur , quod fit rantum flam- 
ma in majorem dimenfionem accen- 
fa ; © in tenuiflimas dilata par- 
siculas. Erenim fenfui conffat quod 
4 particulis imflammatis ; exempli 
gratia, à lucerna ardente effluvia te- 
nuiffima, Jeu corpufcula minntiffime 
divifa perpetim dimanant ; que in 
orbem diffufa, € reitis liness velur à 
centro ad circumferentiam exporreita 
Hfque in Magna congerie quaque ver- 
fus expanduntur ; totumque intrà 
fbharam aitiviratis [na, fpatium radio 
luminofo complenr. 

Si la lumiere vient par un fouphre 
très-divifé & mis en mouvement, 
file fouphre ainfi meu perce le verre 
& le pénétre ; pourquoi le fouphre 
des eaux de Baréges fi fin , fi vo- 
latil ne pourra-t-l pas aufli percer & 
pénétrer le verre, & être la verita- 


208 DIrssERTATION 
ble caufe du déchet de cette eau que 
j'ai obfervé dans les cantines ? 

Cette experience nous doit faire 
concevoir une très-haute idée de la 
vertu merveilleufe du fouphre vola- 
til de l’eau de Baréges. Puifqu’il 
perce le verre, & qu’il ne fouffre point 
de tranfport , quelque précaution que 
Jon puiffe prendre; il peut donc bien 
pénétrer & divifer les calculs, foit 
dans les reins, foit dans ia vefle, 
comme nous efperons de le démon- 
trer dans le chapitre fuivant. 

Je ne fuis point jaloux de mes idées, 
je m'en tiens à mes experiences ; je 
fouffrirai fans peine qu’on imagine 
quelque caufe differente de celle que 
j'a propolée , pourveu qu’on con- 
vienne qu'il eft certain que lexpe- 
rience nous fait voir que cette eau 
tranfportée ne vaut & n’opére ja- 
mais ce qu'elle fait fur les lieux. 


Onxième ® derniere Propofirion. 


Il eft trois cas où le pierreux ne 
peut fe difpenfer d’avoir recours à la 
méthode propofée , puifqu'il ne peut 
s'attendre qu'à une mort certaine 


& 


SUR LA PIERRE. 209 
& foudaine sil fe foûmet à l’opera- 
tion, 

Le premier cas ef lorfque la pierre 
eft encyftée & fe trouve envelopée 
dans une ou deux des membranes 
de la veflie ; alors par l’operation on 
déchire & l’on arrache même cette 
partie avec la pierre, comme je lai 
vû arriver au Sieur Lachefe à Saint 
Sever , qui fut taillé en 1680. 

Nous avons obfervé dans le pre- 
mier chapitre, fuivant Mr, Winflow 
num. 406. que quand les uréteres 
entrent dans la veflie & la pénétrent, 
. que cetteinfertion n’eff pas faite dans 
le même point , mais qu’ils font quel- 
que chemin entre la tunique mufcu- 
leufe & la tunique nervée avant de 
pénétrer dans fa cavité, 

Ii y a lieu de croire que la nature 
a établi cette méchanique, afin que 
les tuniques ferviflent comme des 
valvules, & que lurine defcenduë 
dans la veflie, & l'ayant remplie, ne- 
pût plus remonter dans les reins; 
mais lorfque les uréteres viennent à 
s’entrouvrir dans le chemin qu'ils 
font entre ces tuniques par quelque 
ce\cul defcendu du rein, il pañle à 

Sur 


910 : DiIssERTATION 
travers de cette ouverture , fe niche 
entre les membranes de la veflie & 

croît, tant par les mucilages qui 
defcendent du rein, que par ceux 
que fournit la veflie, lorfque le cal- 
cul eft logé entre la tunique interne 
& la glanduleufe. 

Dans ce cas l’extraétion de la pier: 
re par la lithotomie eft mortelle, puif- 
qu'elle ne peut fe faire fans bleffer 
confiderablement la veflie, ou qui 
pis eft, fans l’arracher avec la pierre. 

Hipp ah. Cui vefica perfetta fuerit, aut cere- 
xs. se Drum, ant cor, ant [eptum tranfver- 
fum , ant tenue quoddam inteflinum , 
aut ventriculus , aut jecur, lethale 

eff. | 

Dans ce cas & dans un tel défef- 
poir, de quel fecours n’eft pas la 
méthode propofée , qui fans rien of- 
fenfer ; fans playe & fans ouverture, 
promet la diffolution de la pierre, 
en fondant la matiere qui fait fa com- 
pofition , & la faifant fortir à travers 
des ouvertures dont Hippoc. nous 
avertit que toutes les parties font 
trouées , foitau dedans, foit au de- 
hors. Zndicat autem fenfus ipfe, corpus 
forum , tam foris quam intro, perfpi= 


rabile fe. 


SUR LA PrERRE= o7rr 
Le fecond cas eft lorfque Îes ma- 
lades ont trop attendu pour faire 
faire l’operation , que la douleur, 
les veilles, linfomnie ; & quelque- 
fois même l’âge avancé ont épuilé 
les malades, & les ont réduit à une 
extrême maigreur ; qu’une fiévre 
lente s’eft allumée avec dégout, & 
qu’ils n’ont enfin confenti à l’opera- 
tion que par un extrême défefpoir: 
alors operation ne fçauroit réuflir, 
_ car le fang privé & dépouillé de tout 
fon baume nous menace d’inflamma- 
tion dans la veflie, & ne nous laifle- 
rien efperer de favorable. | 
Je citerai fur ce point trois ex- 
periences connuës dans cette Ville, 
& dont les malheureux fuccès ont 
aMigé trois familles : la premiere , 
celle de M:. Barbot, Préfident à la 
Cour des Aides de Guienne, lequel | 
affligé depuis long-tems de la pierre, 
fe détermina enfin maloré fon âge 
avancé, à fouffrir l’operation » après 
avoir reçû les facremens & reglé les 
affaires de fa famille : il en mourut 
peu de jours après, 
Le Lithotomifte attribuoit la mort 
à un tonnerre qui or le fecond 


Si 


212 DissERTATION. 
jour de loperation ; pour moi je 
crois qu'il falloit s’en prendre à la: 
difpofition faline de fon fang, dont 
ke baume avoit été épuifé prefque 
totalement, foit par le penchantde 
l'âge , foit par les caufes qui procu- 
rent la pierre , foit enfin par la dou- 
leur , Les veilles & les infomnies. 

La feconde, eft celle du Sieur 
Barberet , fameux Traiteur en cette. 
Ville, dontla réputation s’eft répen- 
duë dans toute la France. Ce fut lui 
qui ordonna Île repas que laViile de: 
Bordeauxfitfervir auRoy d'Efpagne, 
aux feus Noffeigneurs les Ducs de. 
Bourgogne & de Berry , dans le 
batteau ou maifon navale qui les. 
tranfporta de Blaye à Bordeaux : 
les trois princes furent furpris de la. 
délicatefle des mets & de leur abon- 
dance , de la propreté & du bon 
ordre du repas. Il futtaillé parle 
Sieur Gibon , Lithotomifte à Bor- 
deaux , 1l lui tira deux pierres lune. 
plus grofle que l’autre. J’étois pre- 
fent à l’operation, ainfi que feu M. 
Manadé, maître Chirurgien de cette 
Ville. Quoique loperation eût été 
faite en peu detems & avec beau- 


ee 


SUR LA PIERRE 213 

coup de dexterité , Île malade mou- 
rut peu de jours après. Quel fut la 
caufe de ce malheureux fuccès ? l’ex- 
tenuation où la douleur & l'infomnie 
lavoient réduit, fa maigreur, la dif- 
pofition de fon fang, &c. on trou- 
vera fon obfervation bien détaillée 
dans le traité de Æfedicina Burdi- 
galenfinm, que je donnerai bientôt 
au public. 
La troifiéme eft celle du Sieur 
Droïat, Bourgeois de cette Ville. 
Je voulus le faire tailler huit ans 
avant fa mort , il y réfifta. Un Mar- 
chand de cette Ville lus perfuada 
avoir un fecret pour diffoudre la 
pierre dans la vefle, il en fit ufage 
pendant très-long-tems, mais fans 
aucun fuccès ; enfin la douleur, cet 
orateur éloquent , le détermina à 
fouffrir l'opération. Le Lithotomifte 
fe fit compter d'avance la moitié du 
prix convenu , ilexigea un billet de 
_ paraille fomme : le malade mourut 
trois jours après l’operation ; les he- 
ritiers ne laïfferent pas d’avoir un pro- 
cès pour le payement dudit billet , 
& par accommodement ils en paye 
tent la meilleure parte. 


214 DIrsSERTATION 

Rendons pourtant témoignage à 
la verité , & difons en faveur des 
Lithotomiftes, que ces fortes de mal- 
heureux fuccès ne doivent pas leur 
être imputez : pourveu que l’Ope- 
rateur tire la pierre fuivant les ré: 
gles de Part, qu’il ne fe ferve point 
de dilatatoire ; on ne doit ni on ne 
peut le rendre refponfable du mal- 
heureux fuccès. C’eft la difpofition 
faline du fang , l’épuifement du fujet, 
& la diflipation de la partie balza- 
mique de fon fang qu'il faut en ac- 
cufer. Voilà les veritables caufes ou 
de la mort, ou du grand danger de 
Foperation. à 

Auf Hippocrate avoit tellement 
reconnu l’extrême danger de la litho- 
tomie , qu'il obligeoïit fes difciples | 
par ferment de ne jamais erftrepren- 
dre cette operation, mais de la laiffer 
en partage à ceux qui font profeflion 
de cet art. Veque calculo laborantes [e- 
cabo ; [ed magifiris ejus artis periris 
4 muneris concedam. Hipp. lib. de 
jurejur. |. 1. pag. tr. 

Gafparusà Reies Francus dans fon 
livre intitulé Elifusjncundarum quaf 
tion Campus ; NOUS dit que la rai- 


SUR LA PIERRE o1ç 
fon qui détermina Hippocrate d’exi- 
ger ce ferment de fes difciples, fut la 
crainte qu'il avoit qu'ils ne perdiflent 
par le malheureux fuccès de cette 
operation, l'honneur & la réputation 
qu’ils pourroient s'être acquife dans 
la pratique des autres parties de Mé- 
decine. | 

Le dernier cas où l’on eft indif- 
penfablement obligé d’avoir recours 
à la méthode que je propofe , c’eft 
_ Jorfque la pierre a groffi fi prodigieu« 
gement, qu'il eft impoñfible de la ti 
rer fans faire de très-grandes ouver- 
tures qui ruinent abfolument & le 
fpinéter & la veflie même. 

Nous avons vüû un fageLithotomifle 
qui tailla un bourgeois de la Ville de 
Libourne, il jugea de la grandeur im- 
menfe de la pierre, parce que la te- 
nette après lavoir chargée , formoit 
par fes branches un très-grand écart 
lune de lPautre ; preuve certaine de 
la grandeur de la pierre, comme on 
le peut induire des régles de la trigo- 
nometrie. Îl jugea à propos de ne 
point finir loperation , & de laifler 
fermer la playe, puifqu’il ne pouvoit 


216 DissERTATION 

‘ tirer la pierre fans déchirer abfolu- 
ment le fpinéter , le col & la veflie 
même. 

Un autre Lithotomifte plus hardi, 
entreprit l’année fuivante de tirer la 
pierre à ce même malade, il y réufit, 
mais le malade mourut quelques 
heures après l’operation. 

_ L'eau de Bareges remedie à tou- 
tes ces malheureufes difpofitions qui 
rendent Poperation funefte; elle fera 
plus, elle diffoudra la pierre par les 
raifons que nous avons alleguées , & 
par les experiences que nous al- 
lons raporter dans le chapitre fui- 
vant, 


ss 
Éco 


a À 


CHAPITRE V, 


x 


sur LA Pierre. Sup 
CHAPITRE CINQUIEME, 


ET DERNIER. 
DES EXPERIENCES. 
Avec la réponfe aux objeëtions qui 


mont été faites contre ce Ke- 
| méde. 


_T Es fyflémes en médecine les 
plus fpecieux, & qui paroïflent 
Île mieux imaginez, font déconcertez, 
renverfez, & tombent d'eux-mêmes, 
fi Pexperience ne les autorife & ne 
fe range de leur côté. 
._ C’eft cette maitrefle des arts & 
des fciences qui met pour ainfi dire 
le fceau de la verité à toutes les idées 
de la médecine , qui fans elle ne 
font jamais marquées au bon coin. 
Baglivinous avertit qu'il faut qu'un : 
Médecin fe méfie des idées qu’il con- 
çoit dans fon cabinet, quelques rai- 
… fonnables & certaines qu’elles lui pa 
“h 


218 DissERTATION 
roiffent ; car bien fouvent lorfqu'l 
veut les mettre en pratique, 1l les 
trouve non-feulement abfurdes mais 
même impofhbles : ÆAfulra homines 
in mufeis excogitant , Qua Trationr 
confona ac prorsus Certa excogitant 3 
fèd quando ad nfum defcendunt, non 
folum abfurda, [ed plane impofjibilia 
deprehendunr. 

Le même auteur nous dit encore que 
la nature furpafle la fubulité d’un 
Mathématicien quelque fubtil qu'il 
puifle être, & que quelque chofe que 
nous ayons medité touchant la mé- 
decine , nous ne devons jamais l’a- 
dopter comme veritable, fans avoir 
auparavant confulté lexperience ; 
comme la véritable piefre d’aimant 
de la pratique ; que fi par des ex- 
périences redoublées nous trouvons : 

:: des chofes véritables , nous pouvons 
compter & les tenir pour telles en 

tout tems: Subriliors quolibet Aa- 

* Bat. 1.2bématico fubrilior eff ngtura ; ideo 

prax, med. Jyecumque de medicina meditatus 
cap. Il, pag. : 

127. fueris, pro veris non habeas , nifi prius 

ad lydium praxeos lapidem revoca: 

veris « quod fi repérita experientiain- 

denias vera , pro Veris femper habete, 


À 


SUR LA PtERRE  $ro 
Penetré de ces fases confeils, ou 
pour mieux dire foûmis aux pré- 
céptes de ce grand Médecin, j'ai 
voulu foûmettre à experience l’idée 
que j'avois conçûé del’eicacité des 
eaux de Bareges pour diffoudre la 
pierre, depuis plufieurs années à a 
VÜE de tant prodiges que je voyois 
produire à ces eaux , fur tout pour 
. Ja fonte des tumeurs, anchilofes , no- 
_ dus, &c. Je roulois dans mon ima- 
gination lefperance de parvenir à 
fondre la pierre par leur moyen, 
& quelque réflexion que je fiffe fur 
 Pinftabilité des idées du cabinet, je 
. mai jamais pû effacer de mon efprit 
Pefpoir de réuftir. ; 
L’experience que Sydenham fit 
fur lui même, & que nous avons 
rapportée ci-deflus , qui fondit ou 
diminua très-confiderablement la 
pierre qu'il avoit dans les reins par 
Ja manne diffoute dans du petit lait, 
me revenoit fans cefle , & me forti- 
fioit de plus en plus dans mon idée 
comme un indice, qu'il falloit cher- 
cher le diflolvant des calculs dans le 
genre des fulphureux. | 
Je me tranfportai à Bareges, mu- 


bi 


220 DissERTATION 
ni de divers calculs pour en faire 
Veffai ; je pris divers prétextes aflez 
foécieux de mon voyage , comme 
celui d’y voir mes parens , mes amis, 
ma patrie , ma maifon natale, la 
bonne compagnie de divers malades 
de Bordeaux , dont quelques-uns 
étoient des miens , de diffiper une 
froideur inportune que je reflentois 
à ‘la jambe droite, &c. & quoique 
tout cela entrât en partie dans le 
motif de mon voyage, la principale 
raifon pourtant étoit l’épreuve que 
je voulois faire de ces eaux fur les 
calculs : cependant je ne communi- 
quai cette fecrette raifon qu’à une 
feule perfonne , de la diferetion de 
laquelle j’étois afluré , pour ne pas 
m’expofer à la raillerie des Lithoto- : 
miftes fi je m’étois trompé. 

Voici le détail fidéle & fincére 
des expériences que j'ai fur cette 
matiére. 


Premiere Experience. 
Les diflolvans falins, comme l’ef- 


prit de nitre , de fel , de vitriol, l’eau 
forte même, ne mordent point fur 


SUR LA PIERRE 221 
æe calcul, & quand même ils au- 
roïent la vertu de les diffoudre , ce 
font des diffolvans qu'on ne fçau- 
_ roit employer » puifquils procure- 
-roient la mort en brulant & en ron- 
geant la vefle. 
Cette experience paroitra inutile 
à raporter ici, & comme hors d'œu- 
vre ; j'eftime pourtant qu’elle a fon 
utilité , & que l’on peut naturelle- 
ment en tirer cette conféquence, que 
puifque les diflolvans falins n’ope- 
rent pas la diflolution du calcul ;‘il 
faut fe tourner du côté des diffol- 
vans ft Iphureux ; & que l'eau de Ba 
reges à qui l'on ne peut point contef- 
ter cette vertu, doit être mife à l’é- 
preuve , d'autant plus qu’elle ne peut 
jamais nuire ni endommager les or- 
ganes de l'urine, comme nous l'a- 
vons fait voir ailleurs. 


7 Seconde Experience 


. Le calcul du rein fond avec une 
incroyable célérité par l’eau de Ba- 
_reges, quoique tranfportée , en le 
faifant tremper dans cette eau au 
bain Marie. C’eft une experience 


Ti 


222  DISSERFTATION 

que j'ai faite depuis mon retour, & 
de laquelle je tire les fuivantes con- 
féquences. 

1°. Si cette eau tranfportée qui 
a perdu fon volatil principal, & pour 
ainfi dire fon ame, a été capable 
de produire cet effet. Cette même 
eau prife fur les lieux avec tout fon 
baume , agira avec bien plus d’effica- 
cité fur les calculs des reins. 

2°. Cette experience prouve que 
le calcul de la veffie doit être fon. 
du par cette eau, comme l'a été 
celui du rein, puifque nous avons 
fait voir que la compofition eflen- 
tielle de la pierre du rein & de la 
veflie étoit la même, foit par raport 
à la caufe materielle , foit par raport 
à la caufe efficiente ; l’une & l’autre 
doivent être foûmifes au même dif. 
 folvant. 

À la verité comme nous avons. 
obfervé que le mucilage des reins 
étoit beaucoup plus delié que celui 
de la veflie, & qué nous en avons 
rendu raifon ; que les fels de l'urine 
entroient en plus grande abondan- 
ce dans le calcul du rein que dans 
celui de la veffie ; que de-là -dépen- 


sur LA PIERRE 223 
doit la difference de leur couleur & 
de leur confiftance, puifque celui du 
rein étoit rougeatre & fiable , ce- 
Jui de la veffie grizâtre & plus com- 
pat & plus ferré : on peut conclurre 
que celui de la veflie dont les fou- 
phres mucilagineux font plus grofliers 
& plus étendus, & par conféquent 
capables de former des liens plus 
difficiles à rompre , réfftera plus que 
celui du rein. 

Mais auffi nous avons un avañta- 
ge infini dans celui de la veflie fur 
Pautre, puifque nous pouvons in- 
je@er l’eau dans cette partie, qu'elle 
y attaque le calcul dans fon retran- 
chement corps à corps; au leu que 
pour celui du rein nous avons un 
chemin à traverfer fort long ; il n'y 
en a point d'autre moins tortucux 
que la route du chile ; si yena 
un inconnu qui mene des boyaux 
ou de leftomac aux reins & à la 
veflie , dont nous avons parlé 
sn deffus , la chofe fera plus fa- 
ÇLUE, | 


T üij 


) 
224 DisseErTATron 
Troifiéme Experience. 


L'eau de Bareges fond les calculs 
de la vefie , les réduit en matiere 
fluide, coulante & liquide , & par 
conféquent facile à fortir par le con- 
duit de l’urétre. 

Dès que je fus arrivé à Bareges, 
Je mis tremper dans cette eau for- 
tant du tuyau une pierre pefante 
deux onces deux gros dans un co- 
quemar de fayance : je renouvellai 
cette eau deux fois dans l’efpace 
de vingt-quatre heures ; je voulus 
pat après en faire la tare , je trou- 
vai qu’elle avoit augmenté de poids 
de près de deux gros. J'avouë que 
je fus étonné de voir contre mon 
attente cette augmentation de poids, 
d'autant mieux que je ne voyois ni 
croute exterieure qui s’y fût formée, 
ni aucun changement de couleur ni 
de figure, mais la pierre life & po= 
lie , telle que je l’avois mife en mace- 
ration. | 

Je fis réflexion que cette pierre 
que j’avois depuis près de quatre ans 
s'étoit entierement defléchée, & que 


suR LA PIERRE 22 
les parties fulphureufes & falines s’é- 
toient aprochées les unes des autres 
& ferrées par la diflipation des fe- 
reufes qui faifoient entr’elles quel- 
que interruption , & que par-là cette 
pierre, de tendre & mollaffe quelle 
étoit , avoit acquis une dureté & une 
folidité, que cette diffipation des 
parties fereufes avoit diminué fon 
poids de près de fix gros en fe- 
chant , puifqu’elle pefoit près de 
trois onces quand on Îa tira de la 
_veflie. 
_ Je jugeai que cette augmentation 
de poids dépendoït du mineral ful- 
phureux de la fource qui avoit pe- 
netré cette pierre feche que je gar- 
dois depuis long-tems ; que ce mi- 
_neral s’y étoit enchailé & faroit 
cette augmentation, à peu près de 
Ja même maniere que la pâte que le 
Boulanger met au four augmente 
de poids par lintromiflion des par- 
ties ignées , qui étant fulphureufes , 
s’entravent dans le pain, & qui par 
leur diffipation lorfque le pain eft 
refroidi, laiffent une réduétion ds 
poids de près d’un fixième, 


226 DIssERTATION 

Je ne me rebutai pourtant pas ;, 
je mis tremper dans le canal de lé 
vier cette même pierre dans un creux. 
que nous fimes, le Sieur Vignes ,, 
Maitre Chirurgien, & Directeur des: 
eaux de Bareges , & moi. Le grand 
nombre des bleflez &:malades qui 
fe fuccédoient les uns aux autres, 
ne nous permettoit pas d'occuper 
le bain pour éprouver ce que pro- 
duiroit cette eau toute neuve & de 
fon premier bond : dans quatre jours 
par la tare que nous en fimes, nous 
trouvames que cette pierre avoit di- 
minué d’un huitiéme, & quatre au- 
tres jours après de plus d’un quart, 
enfin elle fondit totalement. 

Ïl y a lieu de croire que les pores 
de la pierre ayant été penetrez pat. 
les premieres parties du fouphre mi- : 
neral de Îa fource, firent cette aug 
mentation de poids , maisles autres 
venant à la penétrer de plus en plus, 
& s’infinuant à côté des premicres, 
firent l'office de coin, écarterent & 
rompirent les liens du mucilage ful- 
phureux, tandis que l'eau qui fert 
de vehicule au mineral, détrempa 


sUuR LA PIERRE 227 
le fel, qui n'ayant plus de point 
d'attache fut diflout, &'que la pierre 
fondit par ce moyen. 

Les autres pierres mifes à tremper 
dans la même eau fournirent la mé- 
me experience, & furent également 
difloutes. 

Ce qui nous faifoit plaifir ,: c’eft 
que la pierre diminuoit en tous fens, 
que nous la vimes poreufe dans tou- 


te fa furface , de hiffe & unie qu’elle 
étoit auparavant , à peu près COMME 


Pon voit un morceau de fucre que 
l’on met fondre dans une tafle d’eau 


chaude. 


Deux réflexions fe prefentent na- 
turellement fur cette experience, & 
quoique nous en ayons déjà parlé » 


je crois qu'il eft bon de les répeter 


ici. 10, Si la pierre qui a durci à l'air 
plufieurs années, a été diffoute par 
Veau de Bareges, celle qui eft con- 


#tenuë dans la veflie fondra avec 


bien plus de facilité , puifque le 


LA 


calcul dans la veflie eft tendre & 
friable , comme la mine de l’ardoife 
quand on la tire de la carriere. 2°. Si 
cette eau qui étoit un peu évantée 
a produit cet effet, elle réuffira bien 


228 DIssERTATION 
mieux lorfqu'on lintroduira ave* 
toute fa chaleur naturelle , de Jai 
maniere que nous l'avons propos. 
fé, fans qu’elle ait rien perdu des: 
principes qui font fon mérite, & en 
quoi confifte fa vertu. 

Nous remarquerons trois chofes: 
avant de finir cette experience. 
1°. Que les premieres couches du 
calcul ont refifté plus que les der- 
mieres. 29, Que les pierres les plus 
jeunes ; c’efl-à-dire, celles qui de: 
puis un an étoient tirées de la veflie, 
ont fondu en moins de tems à pros 
portion que les anciennes, 3°. Qué 
dans la fonte d’une pierre de plus 
de deux onces , Monfieur Vignes 
trouva une glaire à la place où elle 
avoit été mile, pefant environ deux 
gros ; cette glaire refflembloit à la” 
morve du né, mais fluide, & qui | 
auroit bien pû fortir au travers du 
canal de lurétre; que cette glaire 
expofée à Pair fe durcit & fe crifta= 
hfa en fragmens ; le Sieur Vignes 
me les à envoyez dans une lettre, 
& je les ferai voir à ceux qui en au- 
ront la curiofité, ) 

Tout cela doit nous convaincre 


SUR LA PIERRE, 229 
de plus en plus que la pierre dans la 
veflie réfiftera encore moins que celle 
qui a vû Pair, & qu’il n’en eft point 
dont l'eau de Bareges ne vienne à 
bout avec un peu de patience & 
de réfolution pour lemployer. 


Quatri éme Experience. 


Un Religieux de mérite très-efti- 
mé & très-eftimable fut à Bareges 
tout des premiers cette année 1735$- 
par ordonnance de fon Médecin : 
le motif de fon voyage étoit une 
grande & grave obftruétion du foye 
dure, douloureufe & renittante, qui 
lavoit rendu pâle & plombé & J’a- 
voit jetté dans lenflure des jambes ; 
il étoit menacé d’hydropifie fi on 
n’enlevoitau plûtôt cette obftruétion, 
fource des fymptomes énoncez. On 
 confeilla pour la détruire la boiflon 
abondante des eaux de. Bareges, & 
la douche du tuyau fur la région du 
‘Aoye. | 
. Le malade n’avoit point parlé à 
fon Médecin d’une néphrétique à la- 
quelle il étoit fujet, qu’en divers 
tems & en diflerentes fois il en avoit 


230 DIssERTATION 

été tourmenté, que dans quelques-. 
unes de fes attaques il avoit rendu 
du fang par les urines, & qu’aprèsla: 
ceffation de la douleur il avoit con. 
ftamment après chaque attaque fenti 
couler le calcul avec les urines qu’il 
avoit trouvé dans fon pot de cham- 
bre , fauf une fois; que ces calculs 
étoient de la couleur & de la confi- 
ftance de ceux quis’engendrent dans 
le rein. 

Le malade n’étoit attentif ni oc- 
cupé que de Penfilure des jambes, de 
fon obftruction, de fa laffitude quand 
il fe donnoit le moindre mouvement 
un peu penible ; c’eft à cela feul quil 
Cherchoit reméde, ; 

Son voyage fut affez rude & fa- 
tiguant : il vint à Baregesà cheval, &: 
par le chemin le pluslong,je veux dire 
par Pau , Lourde & Luz: il parut à 
fon arrivée une perte de fang parles 
urines fi ordinaire aux pierreux, il 
cut même à Bareges une attaque de 
néphrétique après avoir commencé 
a boire les eaux ; il fut faigné, & 
fçachant que je devois arriver il m’at- 
tendit pour fçavoir quel feroit mon’ 
avis , & fi je lui confaillois de con- 


SUR LA PTERRE 336, 
finuer les eaux ou de les fufpendre. 
Par l'examen férieux & redoublé 
que je fis de l’état de ce malade, je 
trouvai auw’outre les fymptomes qui / 
le menaçoient d’hydropifie, il avoit | 
encore une pierre dans la veflie, & 
quoiqu'il n’eût jamais été fondé, & 
que ce figne fi cffentiel & fi politif 
qu'on tire par le taét nous manquât » 
nous en avions pourtant aflez pour 
conclurre avec certitude l’exiftance 
d’une pterre dans fa veflie. 
_ 1 Outre le figne de la néphré- 
tique énoncé ci-deflus , le malade ne 
pouvoit rendre fes urines que couché 
fur le dos , parce que pour-lors la 
jerre tomboit dans le fond de Îla 
veflie, & lentonnoir de l'urétreétoit 
libre ; mais quand il vouloit uriner 
debout, l'urine fe fuprimoit ou ne ve- 
noit que goute à goute , parce que 
dans la fituation perpendiculaire, la 
pierre defcendoit par fon propre 
poids au col de la vellie & faifoit l’of- 
fice d’un bouchon qui empêchoït Pé- 
coulement libre de l'urine. Czlculofr 
ea figura fiti, ne calculus procidat Hipp. 1 
in collum vefice, facilins ill: rrerunt. pe 
20, Cette difficulté de ne rendre 


232 DIrssSERTATION 
fes urines que dans la pofture d’être: 
couché fur le dos, étoit furvenuë à: 
une colique néphrétique, plus vive: 
& plus violente que toutes celles: 
qu'il avoit auparavant reflenties, &: 
qui fut celle dont nous avonsparlé,, 
qui ne fut pas fuivie de l’excrétion 
d’un calcul comme après toutes les 
autres attaques. Cela fait croire que 
cette vive colique avoit été produite 
parun calcul plus grand que les au- 
tres, que ce calcul n’ayant pû fortir 
à caufe de fa groffeur , avoit pris 
croiflance dans la véfke ,,de la ma- 
nicre que nous l'avons dit ailleurs, 
& caufoit la fupreffion d'urine quand 
le malade étoit debout. 

3°. Il y avoit encore un autre 
fymptome, qui étoit la douleur au 
bout de la verge , lorfqu'il faifoit. 
des efforts étant debout pour pouffer 
V'urine au dehors ; de forte que par 
ces trois fignes j'étois plainement 
convaincu que la pierre étoit dansla 
veflie. | 

J'avois déja vû que dans quatre 
jours la premiere pierre avoit dimi- 
nué d’un huitiéme, comme je Pai dit 
ci-deflus, ce qui me confirmoit dans 

l'idée 


D 


.. SUR ELA PrERRr. 27% 
 Pidée que j'avois eu de l'efficacité des 
eaux de Bareges pour difloudre la 
pierre ; je n’héfitai pas un moment à 
confeiller au malade de boire de cette 
au en abondance, & je Paflurai que 
J'efperois que par cette boiffon nous. 
fuprimerions la perte du fang par les 
urines, qui avoit refifté à la faignée 
& à divers aftringens don on lavoit 
fait ufer. Car comme j'étois convain- 
cu que la pierre étoit angulaire , & 
qu’elle avoit par quelque angle poin- 
tu, entrouvert quelque vaifieau fan- 
guin PACE done par la feule at. 
trition-caufée par le mouvement du 
cheval ; fi propre à procurer aux 
pierreux ces fortes d'hémorrogies 3 
Veau de Bareges ayant la vertu de 
fondre la pierre , elle feroit diminuée 
& totalement fonduë par une abon- 
dante boiflon, & que le fymp'ome 
cefferoit avec le mal qui le caufoit. 
D'ailleurs cette eau étant vulneraire 
_& balzamique , elle confolideroit ai- 
fément louverture du vaifleau fan- 
guin entrouvert : qu’enfin par cette 
abondante boiflonil ne perdoit point 
de vuë le motif quiavoit determiné: 
fon voyage à Bareges, puifque cette 


234 DrssERTATION 
eau travailleroit également pour dif- 
foudre fa tumeur du foye & la pierre 
dela veflie, & que par leur boiflon 
:1 donnoit tout à la fois échec , pour 

ainfi dire,à ces deux maladies. 
Au refte j'étois d'avis que par ra- 
ort à l’enflure de fes jambes & pieds, 
il fufpendit la douche fur la rég'on: 
du foye, puifqu’il eft prefque 1m- 
poflible que cette eau ne fe repan-. 
dit pendant l’operation fur fes jam- 
bes où elle ne convenoit point, puif- 
qu’elle fait croitre les.enflures à vûë 
d'œil , attendu qu’elle ramollit & re- 
Jâche, comme l’éprouva une (a) 


Dame qui vint après à Bareges. 


(2) Une Dame de cet- 
te Ville eut une tumeur du- 
re à la matrice qui groffit 
à un point extraordinaire. 
. Dans le commencement 
elle fe crut enceinte , mais 
elle fut détrompée par le 
laps du tems , lorfqu'au 


bout d’un an elle vit le 
la vifiter, Quoique je la vis: 


terme ordinaire del’accou- 


chement pañlé. La tumeur. 


. ne fit que groffir de jour en 
jour , & elle lui procura 
une hydropifie afcite, gran- 
de fludtuation dans le bas 
ventre , &c.. 

Un Frere Religieux en- 


areprit de la guérir, E la 


purgea de deux jours l’uræ: 


‘fa tumeur ne laïfloit pas de 


groffir toûjours dans l’ufa- . 
ge même de cespurgatifs, 
qui l’avoit réduite à une 


‘extrêmé foiblefle , on la: 


voit remife entre les mains: 


-de fon Curé. 


Je fus prié parle mari de 


dans un état déplorable, je: 


‘demandai une confultation- 


dans laquelle feu Monfieux: 
Silva notre Doyen , Mon-- 
fienr Seris , Profeñlèur 
Royal dans Puniverfité en 
Médecine, & le Sieur Per- 

rochon Maitre Chirurgie. 


SUR LA PLERRE 


2 


L'avis fut exécuté , le malade fe 
prefenta à la boiflon de bonne grace 


de cette Ville & de la ma- 
lade furent appellez. 
Nous convinmes tous una- 
nimement que les forces de: 
fa malade ne permettoient 
point de poufler les éva- 
Œuations par les felles , que: 
d’ailleurs elles avoient été 
infruêueufes, qu'il falloit 
tendre à fondre la dureté 
qui avoit occafioné l’épan- 
chement , & poufier les 
eaux épanchées par la voye 
des urines ; pour cet effet 
_mous ordonnames qu'on 
_ oindroit la région de la 
matrice de deux jours lun 
avec trois drachmes on- 
guent de Mercure fait au 
tiers, qu'on appliqueroit 
par-deflus un grand em- 
plâtre diabotanum qui dé- 
borderoit la tumeur, & 
couvriroit prefque tout 
l'abdomen , lequel y reftoit 
nuit & jour, fauf le tems 
qu'il falloit le jour de Pon- 
tion pour l’adminiftrer. 
Nous lui-faifions pren- 
dre interieurement une 
poudre compofé e de mars 
de clopoites , de gomme 
ammoniac qu’elle prenoit 
trois fois parjour, & par- 
deflusun boiullon fait avec 
le creflon d’eau & le cer- 
feu. Ces remédes produi- 
firent un écoulement d’u- 
rine copieux & abondant, 


qui épuifa bientôt les eaux. 
épanchées, d'autant qu’elles 
font plus faciles à ouvrir 
aux femmes qu'aux hom-- 
mess latumeur diminua par 
degrés très - confiderable- 
mentiles régles rune 
les forces revinrent aufli 
bien que la couleur & le: 
fommeil: voilà une mala-- 


de par un longufage de ces: 


remédes , non-feulement- 
convalefcente;mais comme: 
parfaitement guérie. On 
la vüé pendant près de- 
trois ans procéder en per 
fonne de bonne fanté man-- 
ger de bon appéut; fe pro-- 


mener, joüer, aller au bal. 


à la comédie; à lopera ,. 


donner des repas & en re-- 


cevoir, veiller, &c.. 

Il reftoit dans cette'ma-- 
trice après l’évacuation des 
eaux & la diminution de {x 
tumeur , un noyau. & un 
refte d’obftruétion, princi=- 
palement du côté droit : je: 
lui confeillois de prendre: 
des aperitifs par intervalles: 
pour empècher quelle: 
n’augmentit ; mais je laf-- 
furai que nonobftant ce ref-- 
te de tumeur elle pouvoic 
vivre long-tems , parce que: 
[la matrice n’eft pas une par 
tie abfolument néceflaire à. 
la confervation de l’indivi--- 
‘du, & que fa fon@ion n€: 


Vi 


236 DissERTATION 
deux fois le jour, & fans comptet. 
Dès le fecond jour le malade ne 


goopére pas à la vie du fu- 
jet qui la renferme , que la 
nature ne l’a faite principa- 
Aement que pour conferver 
Pefpece , & qu’ainfi cette 
tumeur tant qu'elle refte- 
voit, dans les, bornes. où 
nous l’'avions réduite ,; ne 
Ju procureroit d’autre in- 
convenient que celui de ne 
plus porter d’enfans , ce 
qu’elle ne regardoit pas 
comme un grand malheur, 
puifque Dieu.lui en avoit 
donné bonne provifion , 
dont 1l lui en reftoit enco- 
re cinqtrès-jolis &c très-ai- 
mables. 

Près de trois ans après 
elle fitune chute à la cam- 
pagne , qui fut fuivie d’un 
épanchement prefque fubit 
dans l'abdomen ; elle m’en- 
voya chercher , je regar- 
dai cette feconde hydropi- 


fie caufée par la chute,com- ; 


me procédante de la rup- 
ture des vaifleaux limpha- 
tiques, & par conféquent 
mortelle & incurable; d’au- 
tant mieux qu'Hippocrate 
dit dansfa eoaque 2, de hi- 
-drope. Hidrops qui medici- 
na coucedit ac revenit def- 
peratus. Duret fol. 342. 
On lui confeilla la ponc- 
ton, ontira les eaux par 
gette operation , bientôt 
après ilen fallut faire une 


feconde;qu fut fuivie quel< 
que tems après d’une troi- 
fiéme. Les Médecins qui la 
voyoient lui confeillerent 
d'aller aux bains de Bare- 
ges pour y. fondre cette tu= 
meur ,.caufe féconde de fes 
rechutes. Quelque remon- 
trance que lui fit le Sieuc 
Vignes , Directeur des 
bains à Bareges,rien ne put 
l'empêcher d'exécuter fon 
ordonnance : en trois dou- 
ches elle groffit de quatre 
grands travers de doigt, 
fuivant la mefure. qu'elle 
avoit pris.elle-mème de 
fon ventre avant de com- 
mencer. Elle mefit prierde 


la voir,j'étois pour-lors fur 
les lieux, je fus de l'avis. 
, du Sieur Vignes, qui étoit- 


le mêmeque celui duMéde- 
cin de Tarbe qu’elle avoit : 
confulté en pañlant. Je lux 
reprefentai que le premier 
effet de la douche étoit une 
preuve qu'elle ne devoit 
s'attendre qu’à un fort fu- 
nefte fi elle perfeveroitdang 
fa réfolution d'exécuter de 
point enpointl’ordonnance 
dont elle. étoit porteufe :. 
qu'il étoit plus naturel de ” 
tenter les mêmes remédes 
qui lui avoient autrefoig 
réuffi; c’'eft-à-dire,ceux qui 
procurent les urines, dere- 
prendie les mèmes poudfes 


SUR LA PIERRE 237 
rend plus de fang , & en moins de 
dix jours il rend la pierre en glaires. 
mucilages & quelques petits frag- 
mens , il eut la liberté de rendre fes. 
urines debout, & avec la’ même ai= 
_zance qu’il ait jamais fait, il prit force, 
couleur plusnaturelle; & fon appétit» 
dont iln’avoit pourtant jamais man- 
qué,augmenta confiderablement. Le. 
voilà dégagé du côté de la veflie , il 
 çontinué à boire pour diffoudre l’ob- 
ftruétion qui avoit diminué, aufli bien 
que l'enflure de fes jambes & de fes 
“piés. Je le mis à F ufage des bouillons. 

de cochlearia qu'il prenoit deux heur- 
res après la boiffon du matin. Voilà 
un malade très-content. 
Après mon départ, voulant tirer 
de fon voyage tout le parti poflible,. 
fe mità l’'ufage du bain contre ma. 


& de fabftituer aux boiil- fit faire la paracentefe ; 
Tons de creflon ceux de co- comptant que les eaux é- 
chlearia qui étoit pour-lors | puifées , l'eau de Bareges 
dans cette faifon très-bon | pénétreroit fa tumeur avec, 
& danstoute fa force, &c. | plus de faalité. eu de 
Lamaladene voulantpoint | jours après elle fut auffi en- 
perdre le fruit de fon voya- flée qu'auparavant. Elle fe 
ge,dans l’efperanee defon- | re ire , il fallut faire Pope- 
dre fa tumeur par Le moyen | ration à fon retour, la rét= 
du bain donton lui avoit | terer dans peu. Elle mou 
_dit tanc de merveilles, fe ! rut peu de jours APTÈSe. 


538 D'ISSERTATION 

deffenfe , en faifant tomber le tuyau 
fur fon foye ; il étoit impoñlible quel: 
que précaution qu'il prit , que l’eau 
ne fe répandit & n’arrofit fes jam 
bes ; Penflure revint, il fe retire, & 
me fit l'honneur de me venir voir à 
Bordeaux. Je lui confeillai pour 
difloudre les reftes de cette obftruc- 
tion d’employer les (4) on&ions 


(4) Laméthode queÿaipro- 
pofé dans mon premier vo- 
lume page 230. & 231. de 
faire des oûions für des 
vifcéres obftrués dans toute 
la région qu'ils occupent , 
feraadoptéemalgré lès pré- 
jugez vulgaires, du moins 
après ma mort. Outre l’e- 
xemple de cette femme de 
la Tête de Buch que jy ci- 
te , qui pendant deux ans 
gardale lit, & quife porte 
aujourd’hui à merveiile,on 
Papelle la veuve de Padeu; 
depuis fa guérifon elle a 
enterré fon mari, auquel on 
avoit déia choiñ unefe- 
conde femme pendant la 
détention de la premiere 
dans le lit. J’ai encore une 
infinité d’obfervations fur 
cette même matiere, 
LeR. Pere Bed:cham , 
nommé Pere Bernard du 
nom de Religion , homime 
dont la condition m’eft 
connuë, Gardien pour la 


troufiéme-fois du Monafte- N 


re des Capucins de Bors 
deaux, fut guéri par cette 
méthode d’une obftru&ion 
au foye, très-confiderable, 
qui aprochoit du Skirre, 
Monfieur le Prefident. 


Baratet, quoique dans un 


âge avancé, a été égale 


ment guéri par les onétions 


de mercure: fur le foye ;. 
aperitifs diabotanum, &c.. 
d'une tumeur confiderable 
qui occupoit le-vifcere, & 
qui avoit caufé un épanche=- 
ment dans l'abdomen, qui 
nous faifoit fentirune fluc-- 


tuation manifefte & il fe: 
porte aujourd’hui à mer- 


veille, malgré les finiftres. 
horofcopes que bien des 
gens du mêtier tiroient , 
foit contre lui , foit contre: 
moi. 

Je fçai que dans Paris- 


: des malades qui m’ont fait: 


l'honneur de me confulter, 
s’en font fervis avec ficcès: 
& m'enont remercié, 


_ sur LA PIERRE 239 
d’unguent de mercure fur la région 
_de fon foye, & de prendre des pou- 
dres de Mars,cloportes &t autres ape- 
ritifs, d'y joindre linfufion de co- 
chlearia avec l'eau diftillée dont il 
avoit porté bonne provifion de Ba- 
gneres, & l'exercice à cheval, & je 
Tui citai l'exemple d’un Religieux fon 
confrere qui s'en étoit bien trouvé = 
je ne fçai point quel en a été le fuc- 
ès, car depuis fa vifite je n’ai plus. 
eu de fes nouvelles. 
De cette quatriéme expérience de. 
ge Religieux, on peut naturellement 
çonclure, 1°. Que l'efficacité des 
eaux de Bareges pour diffoudre la 
pierre ne peut être conteftée. 20. 
Cette expérience fortifie la conjetu- 
re que nous avons propofée , qu'il y 
à des conduits fecrets & inconnus: 
jufqu’àprefent Al Anatomie , qui mer 
nent en droite ligne , pour ainfi dire ; 

_ de leftomac ou des boyaux , aux 
… reins & à la veflie ; & l'on doit faire 
plus de cas des fentimens des Au- 
teurs qui l'ont jugé de même, puil- 
que fans injeétion la feule boifion a: 
été capable de diffoudre cette pierres. 
3°. Que le calcul contenu dans la 


240 DISSERTATIOK 
veflie, & qui n’a pas été à l'air, ef: 
bien plus facile à diffoudre que celui: 
qui y a durci pendant plufieurs an-. 
nées, foit en le deffechant , foit qu'il 
ait été penetré par le nitre de: 
Pair , puifqu’en dix jours de boiflon 
abondante , tous les fymptomes. qui 
nous indiquoient la pierre ont dif 
paru , & que nous en avons vûla ma- 
tiere fortir par les urines ; à la verité 
la pierrene pouvoit point avoir groffi 
confiderablement., 

Avant de finir de chapitre , ileft 
jufte, comme je lai annoncé, que 
je réponde aux objeétions qui m'ont 
déjà été faites. Ma réponie fervira 
peut-être à défabufer & convaincre 
en ma faveur ceux qui par les mêmes 
idées & les mêmes raifons de ces 
objeétions pourroient douter de la : 
folidité de ma méthode. 


Premiere Objetlion. 


Les pierres dans la veflie font très: 
différentes les unes des autres;lesunes 
font muralles, les autres. tendres & 
friables ; les unes font liffes & polies, 
les autres raboteules ; les unes rondes 

où 


SUR LA PIERRE 241 
üu ovales , les autres angulaires. 

Puifque jay établi que chaque 
corps pour être diffous avoit befoin 
d’un diffolvant qui lui fût proportion- 
né ; que tel menftrue qui difloudra 
un corps ne touche point à un autre: 
il réfulte de-là que Peau de Bareges 
ne fçauroit être le reméde diflolyant 
de tous les calculs, & que quand 
même 1l en fondroit certains, il en 
eft d’autres differens qu’elle ne fçau- 
roit penetrer, & pour lefquels elle 
feroit abfolument inutile. 

Je réponds que les pierres à la ve- 
rité différent en folidité , en figure, 
en furface, &c. mais toutes ces diffe- 
rences ne font qu’accidentelles, &ne 
regardent pas la compofition eflen- 
ticlle de ‘la pierre; car malgré les 
différences qu’on peut nous oppofer, 
elles font toutes compofées de la 
même pâte, elles reconnoiflent tou- 
tes les mêmes principes de leur com- 
pofiuon, & par conféquent elles font 
_ foûmifes toutes à la vertu diffolvante 
de la fource de Bareges. 

Je me fervirai d’une comparaifon 
qui pour paroitre peut-être groffiere 
n’en eff pas moins concluante. Le 


X 


242 DiIssERTATION 


pain que nous mangeons fouffre quel-. 


ue difference dans la couleur, 1ly 
en a de plus & de moins blanc ; dans 
la folidité il en eft de plus ou de moins 
cuit ; dans la figure, caril ena de 
rond, delong, de cornu, d’ovale » 
foit que le Boulanger ait don- 
né à la pâte ces differentes figures 
avant de la mettre au four pour 
cuire , foit que ce foit un effet du 
hazard ; cependant qui oferoit con- 
tefter que malgré toutes ces diffe- 
rences le pain ne foit tout formé de 
la même pâte, & que le Boulanger 
n’a pas employé deux fortes de 
compofition { 
Il en-eft de même des pierres de 
la vefie ; ce feroit mal connoitre la 
maniere uniforme dont la nature ufe, 


& qu’elle retient conftamment dans 


la produétion des mixtes, comme 
nous l'avons démontré dans la differ- 
tation fur la Rage, article 3. page 


271. & ce feroit imputer à la na- 
ture une bizarrerie , une legereté: 
capricieufe dont elle n’eft point ca-: 
pable, que de croire qu’elle employe 
differens artifices & differens maté-: 
riaux dans la compoñition de la pierre. 


| 


SUR LA PIRRRE 243 
de Titius, que dans celle de Mæ- 
VIUS. ne. 

Toute la conféquence que lon 
peut tirer de la plus grande ou de 
la moindre folidité des calculs, c’eft 
que lun réfiftera plus long-tems que 
l’autre , mais ils feront tous les deux 
également foûmis à la vertu fondan- 
te & diflolvante des eaux de Ba- 
reges. 


Seconde Objeition. 


Il y a lieu de croire que le mouve- 
ment de l’eau tombant dans le creux 
où étoit la pierre & immédiatement 
fur elle, la diffout de même que nous 
voyons que l’eau des goutticres creu- 
fe le marbre & les pierres les plus 
dures par fa chute. | 


Gutta cavat lapidemnon vi, fed fæpe cadendo. 


De même cette deftruétion des cal= 
culs pourroit être un effet du mou- 
vement & de la rapidité de l’eau, 
plûtôt que de fa vertu diflolvante. 

Je réponds que quoiqu'il foit vrai 
que Peau des gouttieres par fa chute 
creufe les pierres les plus folides , 


X 1j 


544  DIiSssSERTATION 
néanmoins cette experiénce ne Con 
clud rien contre celle que j'ai pro= 
pofée par les raifons fuivantes. 

10. Ce n’eft qu'après des fiécles 
entiers que l’on s'aperçoit que l'eau 
des gouttieres qui tombe fur les pier- 
res, fouvent de fort Haut, les creufe 3 
mais jamais on n’a vû que dans moins 
de huit jours plus du quart d’une pier- 
re expofée à la chute de l’eau ait été 
détruite comme dans mon expe- 
rience, 

2°. Dans le cas de lexperience 
l’eau ne tomboit pas d’aufhi haut que 
dans celui qu’on propofe dans Pob- 
jeton , puifque ce n’étoit tout au 
plus que de Îa hauteur de deux tra- 
vers de doigt, encore le creux étant 
toûjours plein , Pimpreflion de lachu-. 
te de l’eau fur le calcul étoit émouflée 
& rompuë, car l’eau nouvelle fe 
méloit tout au plus avec celle qui 
remplifloit le creux fans tomber avec 
rapidité fur le calcul , & ne pro- 
duifoit par là que Putilité de renou- 
veller l’eau diflolvante fans pouvoir 
rien produire par fa chute. 

30 Dans le cas propofé dans 


SUR LA PIERRE. 246 


Pobieétion la pierre eft creufée feu- 


lement dans la partie fur laquelle tom- 
be l’eau de la gouttiere, au lieu que 
comme nous l'avons dit , l'eau de. 
Bareges dans le creux fondit le cal- 
cul en tout fens & également, foit 
dans là partie oppolée à la chute 
de Peau, foit dans les parties late- 
rales. is 

4°. Enfin les pierres qui fervent 


 d'égout, & forment évier du ban 


F4 


de Bareges , depuis plufieurs fiécles 


qu’elles y font placées , n’ont point 


été creufées en aucune maniere; au 


contraire il sy attache des graifles 


filamenteufes quirefflemblent au fray 
de grenoüilles. Enfin un petit cail- 
lou deriviere & un morceau d'ar- 


_ doife mis dans le même creux n’ont 


été ni gravés, ni diffous, niendom- 
magez enaucune maniere , tandis que 


les calculs y ont fouffert une totale 


diffolution. 

Ne femble-il pas que cete eau ait 
fait voir évidemment qu’elle n’en 
vouloit qu'aux calculs humains, puit 
qu’elle Les diffout & qu’elle ne fait au- 
cune impreflion fur les autres pierres? 


Xi] 


246  D:ssERTATION 
Troifiéme Objection. 


Cette vertu diffolvante n’eft point 
propre&particuliere aux eaux de Ba. 
reges ,; 1°. puifque Meflieurs de 
l’Académie Royale des Sciences à 

“Paris ont fait des effais fur l’eau d’Ar- 
cucil & d’autres fontaines, & qu’ils 
ont trouvé que le calcul par une lon- 
gue maceration dans ces eaux a per- 
du quelque chofe de fon poids. 2°. 
par Pexperience du fieur Mingelou- 
feaux notre Collégue que nous avons 
propofée ci-defflus , il confte que les 
fragmens de calcul infufez vingt- 
quatre heures dans l’eau commune 
impriment un petit gout de falure ÿ 
& qu'il fe forme au deffus de l’eau 
un petit nuage formé du muci- 
lage qui entre dans la compofi- 
tion de la pierre, 3°, Il y a lieu 
de croire qu'il y a plufieurs autres 
fources minerales en France & dans 
les autres Royaumes qui produiront 
le même effet. 

… Je réponds au premier point que 
javois oùi parler des experiences que 


Meflieurs de PAcadémie Royale des 


ee 


sur LA PIERRE 247 
Sciences de Paris avoient tentées 
avec les eaux de fontaine fur 
les calculs ; mais il faut qu'ils ayent 
trouvé le déchet de la pierre très- 
peu confiderable , par raport au téms 
& aux longs intervalles qui Pont fait 
macerer, puifqu'ils ont abandonné 
leur experience, & qu'ils en ont rer 
gardé le fuccès comme impoflble , 
car fi ces Meflieurs avoient trouvé 
une diminution d'un quatt d’une 
pierre dans moins de huit jours » 
comme je l'ai trouvé par l'eau de Ba- 
reges ; 1l y a tout lieu de croire de 
leur zéle pour le bien du genre hu- 
main , que très-jaloux comme ils font 
des nouvelles découvertes , ils au- 
roient porté plus loin leurs experienr 
ces. | 

Qüant au fecond point tiré de lex- 
perience du Sieur Mingeloufeaux » 
je réponds qu'il yaune très-gran- 
de difference de l'eau qui touche par 
une infinité de furfaces un calcul bri- 
fé & réduit en fragmens, à celle qui 
ne le touche que dans fon entier » 
& feulement dans fa fuperficie con- 
vexe ; l’eau commune a bien püû fon- 
dre quelques fels peu adherans , qui 

X si 


248 DrssERTATION 

ont donné le petit gout de falure à 
Veau dans un nombre prefque infini 
de furfaces , Mec Plus ultra, mais 
pour détacher ceux qui font intime- 
ment liez avec les fouphres, muruis 
amplexibus cobarentes, elle ne peut 
aller jufques-là, 

Mais bien loin que cette expe- 
rience faffe rien contre moi, je prends 
droit au contraire de cette même 
experience, & je dis, puifque l’eau 
commune à été capable de donner 
quelque atteinte au calcul , foit dans 
fon entier, foit réduit en fragmens, 
que ne devons-nous point efperer de 
l'eau de Bareges, fulphureufe & 
diffolvante, qui femble avoir été faite 
par la nature exprès pour cet ufage, 
& à laquelle les autres fources ne 
peuvent être comparées , lorfqu'il eft 
queftion de fondre & de diffou- 
dre | 

Jai vû cette année des Parifiens, 
des Normands , des Italiens , des 
Efpagnols à Bareges ; il y a lieu de 
croire qu'ils ne viendroient pas de 
fi loin fi l’on pouvoit trouver dans 
l’eau des fources minerales & des 
fontaines , la même vertu & les mé- 


Sur LA PIERRE. 249 
mes proprictez que lPon trouve à 
celle de Bareges. 

Pour ce qui regarde le troifiéme 
point de l’objeétion ; fçavoir, siya 
d’autres fources minerales en France 
ou ailleurs qui produifent le même 
effet, je ne le difputerai point , je 
n’en ai point fait l’eflai, mais feule- 
ment de celle de Bareges , & je 
 fouhaite de tout mon cœur qu’on 
en trouve en France beaucoup 
de pareilles, & qu'il y en ait 
non-feulement dans chaque Province 
mais même dans chaque Ville, & dans 


chaque Village. 
Quatriéme Okjeélion. 


Il eft à craindre que l’eau de Bareges 
introduite dans la veflie,dansledeffein 
de fondre & de diffoudre le calcul,ne 
diflolve auf le mucilage fuiphureux 
_ qui enduit la cavité interne de la vet- 

A , dont ona relevélesufages, & 
que cet organe fe trouvant dépoüillé 
de cette gomme mucilagineufe qui 
lui fert pour ainfi dire de bouclier 
contre les fels de l'urine , elle ne foit 


250  DrssERTATION 
expofée à de plus vives douleurs 
qu'à lordinaire, 

Je réponds, 1°. que cette eau 
douce, anodine , fulphureufe, bien 
loin d’exciter de nouvelles douleurs, 
cit capable de les calmer, & qu’elle 
eft en état elle-même de faire l’of- 
fice de ce mucilage dans la veflie, en 
adouciffant les fels qui la pincent &- 
excitent la douleur , & en procurant 
chaque jour une diminution bien 
marquée de la pierre, qui eft ce 
Corps étranger qui caufe la principale 
douleur. | 

20. Je réponds que quand l’eau in- 
troduite dans la veflie diffoudra ce 
phlegme gluant qui la tapiffe , elle 
ne diffoudra pourtant pas les glandes 
qui la fourniflent , qui dans moins 
de deux heures rétabliront cé 
que l’eau de Bareges peut avoir dif 
fout & détrempé. Plus les glandes 
font traites & vuidées plus elles four. 
nifient , & réellement nous vo- 
yons que plus la pierre, la dou- 
leur & les épreintes en détachent , 
plus il en vient & s’en filtre en abon- 
dance , & il n’en paroit jamais tant 


SUR LA PIERRE. 25$ 
que dans les vives douleurs des pier- 
reux. Ilen eft à peu près de ces 
glandes dela vefle dans fes douleurs, 
comme des glandes inteftinales dans 
(a )le Cholera morbus , fitôt que par 
la convulfion des inteftins elles ont 


{a) Monfieur de Vincens 


-Doyende notre Parlement 


fut attaqué le mois d'Aout 

1735. d'un cholera morbns 
Ra 

très-vif, tems auquel cette 


maladie paroi pour l’ordi- 
maire comme le roffignol | 
au printéms , ainfi que 
nous l'avons dit au Recueil 
des obfervations, dans no- 
‘tre cond volume, page | 
2098. où nous avons fait 
voir que ce mal étoit caufé À 


par une fuppreffion fubite 
de la perfpiration dont la 
matiere eft acre dans cette 
_faifon. 
Onre pouvoit douter 
que dans. Monfieur notre 
Doyen ce malne dépen- 
dit d’unc fupreffon fubire 
de la perfpiration , Primô. 


Parce que revenant du Pa- | 
] peine furent les diverfes 
: idées que des gens portez 


ais où il avoit ce jour là 
même rapporté un procès 
. aveca@ion , & ayant parlé 
très-longtems il fe retira 
tout fuant. Secundo. Dès 
qu'il fut arrivé chez lu, 
fans aucune précaution 1l 


fe repofe dans une falle 
Dale & fraiche. Tertio. ILE 


boit à la glace, foit à fon 
diner , foit à fon fouper; 
uarte. ife couche dans 
(04 lit la nuit découvert » 
n'ayant d’antre couverture 
qu’un fimple drap. 
Vers la minuital eff fai- 


L fi d’une colique vive, vI0- 


lente , fuivie de vomiflé- 


! ment & de felles copieu- 
: fés : ces deux évacuations 
continuent avec violence 


& avec abondance juiques 
vers midi que je fus ap 
pellé. Je lu trouvai une 


_froideur dans les extrémi- 


tez , une grande foiblefle: 
dans le poux & dans la 


parole, ayant peine à arti- 
4 A 


culer,mais confervant tou 
jours fa raifon & fon bon. 


_fens. 


Ce qui me fit le plus de 


de très-bonne volontépour 
la vie du malade, avoient 


| & foûtenoient fur la natu- 
| Le & le cara@ere de fon 


mal, & fur les remédes 
qu'il falloit y apporter. 
L'un difoit que le mala- 


9 


22 1 


25 
été vuidées ; & 


DIssERTATION 
que les matieres: 
qu’elles contenoient font fortiés par. 


le vomiflement &le cours de ventre ; 


de étant füjet à la goutte , } 
il y avoit lieu de croire 
que c’étoit une goutte re- 
montée , aimfi le plus 
court étoit de le faigner du 
pied, & d’y appliquer des 
cataplafmes & des velica- 
toires pour faire defcendre 
la goutte fur les extrémitez 
inferieures. 

L'un foûtenoit que c’é- 
toit un tas d’humeurs ou 
de corruption qu’il falloit 
vuider par un émétique , 
qu'à la verité on devoit le 
mitiger &choifir un vomi- 
tif doux, tel que lippe- 
cacuana ; on ne manquoit 
point d’autorifer l'idée de 
cette cacochimie par la 
nature des mets dont le 
malade avoit ufé, comme 
d'avoir mangé du jambon, 
d'une efpece de potiron 
que nous avons dans cetre 
Province, qu'on appelle 
oronges , du pâté, &c. 

L’autré enfin taxoit ce 
mal d’une fiévre intermit- 
tente , qui , fuivant le pré- 
jugé vulgaire dépendoit 
d’un levain des premieres 
voyes ,. qu à l'entrée de 
accès avoit produit ces 
évacuations , que ce levain 


… 


pañlant dans Îe fang cau- 
foit la fiévre & la peti- 
tefle du poulx, qu'il fal- 


loit tâcher de fuprimer ces 


retours ,; dont le moindre 


feroit funefte, avec du Ki- 
na pris à fortes dozes & 
fouvent, pour tâcher de 
mettre la vie du malade 
en fureté ; pour moi je 
foûtins Primo que le mal 


étoit un veritable chclera 


morbus, qu'on n’avoit qu’à 
confronter la définition de 


cette maladie avec les fim- 


ptomes que nous avions 
prefents pour en être con- 
vaincu , ZZolenta bumorum 
pravorum © corruptorum 


Jimulianea per [upericra T° 


perinferiora rejectio. Que 
nous avions encore la fai- 
fon & la caufe occafion- 
nelle qui cara@terifoit de 
plus en plus le mal dont je 
venoisde propofer le nom, 
que d’ailleurs le khocquet 
s'y étoit joint. 

Secundo. Qu'il ne fal- 
loit point accufer ici la 
goutte, puifque nous é- 
tions dans le fort de l'Eté, 
faifon qui lui eft étrange- 
re ; que d’ailleurslé ma- 
lade n’étoit point du nom- 
bre de ces goutteux qui 
font prefque toute l’année 
perclus, n'en étant atta- 
qué que rarement , paflant 
mème quelquefois des an- 
nées entieres fans en ref- 
fentir la moindre attein 
te. 


SUR LA PIERRE. 253 
fur le champ elles fe rempliffent de 
nouveau , & étant également vui- 
dées fourniflent matiere à des nou- 


Tertio. Qu'il n'étoit pas 
queftion d’accufer un tas 
d’ordures &de corruption, 
puifque quelque magazin 
qu’on eût pû fuppofer , 1l 
auroit été épuilé par une 
fi affreufe évacuation, que 
les matieres qui avoient 
été rendues n’auroient fçù 
contenir dans l’eftomac & 

_ dans les boyaux d’un corps 
quel qu'il fût, quand on 
auroit tenté de les y intro- 
duire par force ; qu'ainfi 

Von fe trompoit fort en 
croyant que les premieres 
voyes fournifloient à la 
male du fang, puifqu'au 
contraire Cétoit le fang 


qui fournifloit aux premie- | 
res voyes, puifque dans ! 


les convuifions de l’efto- 
mac & des boyaux , les 
glandes étoient fortement 
exprimées & vuidées , & 
fe remplifloient inconti- 
nent pour fournir bientôt 
de nouvelle matiere aux 
fuivantes évacuations, que 
la fiévre n'étoit point la 
cau fe du vomiflèment&du 
cours de ventre, mais que 
le vomiflement & Îe cours 
de ventre étoient la caufe 
de la fiévre. 

. Par ces raifons je foù- 
tinseque le droit du jeu 
étoit de fuprimer les éva- 


cuations en calmant Îes 
convulfions de Peflomac 
& des boyaux qui les cau- 
foient : je fis prendre au 
malade fix drachmes de fi- 
rop de pavot blanc dans 
deux onces d’eau de fleur 
d'orange ; ce reméde fup- 
prima fur le champ toutes 
les évacuations ; la cha- 
leur revint aux extrémitez, 
le poulx fe releva fur Îa 
minuit , le vomiflement 
parut vouloir fe renouvel- 
ler,demie drachme déthe- 
riaque andromachique cal- 
ma tout. 

Il refta deux fimptomes 
qui étonnoient fort fa fa- 
mille & fes amis; Île pre- 
mier étoit un hocquet fre- 
quent, violent & impor- 
tun, de fecond étoit une 
très-grande difficulté d'a- 
valler , mème le liquide, 


fans une vive douleur qui 


lui infpiroit de Paverfion 
pour les alimens. 
J’aflurai que ces deux 
fimptomes dépendotent de 
lacteré de l’humeur qui 
avoit pour ainfi dire écor- 


ché leftomac & l’œfopha- 


ge, mais qu'il ny avoit 
point d'inflammation dans 
ce vifcere , puifque je ne 
trouvois point de fiévre au 
malade , je lui fis prendre 


254 DiIssERTATIOoN 
velles évacuations qui fe fuivent de 
près jufqu’à ce qu’elles ont été ou 
fuprimées, ou qu’elles ont procuré 
a mort. 


Cinquième Objeilion. 


Les experiences propofées ne font 
pas fufñifantes pour établir en mé- 
decine une méthode qui doit être 
fondée fur un million d’experiences 
uniformes & conftantes & quiréufli{- 
tent toüjours. Baglivinous dit Obfer- 
wationes ad millenos agrotantes per= 


duile, quod fi experientia repetita in= 


Deneris Vera , pro veris [emper habeto. 
Mais qu'il y avoit bien loin encore 
de ces experiences au million que 
Baglivi demandoit far la même ma- 
üere & fur la même maladie : que 
d’ailleurs les temperamens étoient 


quelques écuellées de lait 
dechévre crud pouradoucir 
ces excoriations. Ces fym- 
ptomesfirent bientôt diffi- 
pez , l'apétit & le fommeil 


rétablis, & le malade bien 


gueri ; 1l reprit fa place 


au Parlement avant la fin. 


de la féance. 
Je conferverai toute ma 


vieune parfaite reconnoif= 
fance de l'honneur que me 
fit Monfieur de Vincens, 
Confeiller au Parlement, 
fils du malade, d’avoir vou- 
lu que Monfieur fon pere 
fût traité fuivant mes idées 
au préjudice de celles d’aus 
true 


SUR LA ÊNERRE, 259 
aufli differens que les vifages , que 
ce qui réufliroit dans un malade 
pourroit manquer dans un autre. 

Je réponds qu’à la verité , les mé- 
thodes en médecine , doivent être 
apuyées fur un nombre infini d'ob- 
fervations univoques, ou du moins 
analogues, dont le fuccès a été le 
même en tout & par touts; il eût 
même été à fouhaiter que le tems qui 
a été mis à forger des hipothéles & 
des fyftémes eût été employé à faire 
des experiences & des obfervations 
qui font la principale richefle de Îa 
médecine, comme je lai dit dans la 


préface de la differtation furles maux. 


vénériens ; mais cela n'empêche pas 
qu'on ne doive avoir égard aux €x- 
periences particulieres , fur tout à 
celles qui ont la raifon de leur côté. 
Je meflatte qu'il n’eft point de Cen- 
{eur affez atrabilaire qui juge que cel- 
les que je propofe ne méritent pas 
qu’on en faile fuite. IV5/ remere aflen- 
tiendum , nil quidquam negligen- 
dum. | 
Pour moi je fuis perfuadé que 
cette méthode réuflira conftament : 
les hommes onttous été pétri du mé- 


k {i = e x 
ANUS 


2$6 DiIssERTATION 
me limon , Dieu les a créés & for2 
més fur le même patron , le même 
modéle, & ce qu'on nous objeéte 
fouvent fur la diverfité des tempe- 
ramens , ne regarde que le plus ou 
le moins, & ne change en aucune 
. maniere , foit le genre foit l’efpece 
des chofes. Sydenham dans fa pré- 
face nous dit que les mêmes fympto- 
mes qu'on a obfervé autrefois dans 
la maladie de Socrate, fe trouveront 
generalement dans quelque homme 
que ce foit fur la terre qui fera atteint 
de pareil mal : de même que celui 
quiconnoitra bien la violete dans 
fon pays, par fa couleur , fon odeur, 
fa faveur & fa figure, la reconnoitra 
par toute la terre où 1l pourra la ren- 
contrer. am ur demus aliquid vas 
rictatis à temperamento individuoi 
rum ; © tratlandiratione proficifcr, | 
nibilominus adeo equabilis , ac fibi 
ubique fimilis eff nature ordo in pro- 
ducendis morbis , ur in divers corpo- 
ribus eadem plerumque reperiantur 
ejufdem morbi fymptomara ; ac illa 
ipla que in Socrate egroranre obfer- 
vata fuerint , etiam generaliter ad 
hominem quemcumque eodem morbo 
laborantens 


SÛR LA PTERRE, 269 
laborantem transferri poffint : non [e- 
us ac univerfales plantarum note ad 
omnia cujufque fpeciei individua 
rite fe diffundunt. Qui, verbi gratia, 
violam accurate defcripferir quoad 
colorem ; faporem , odorem ac figuram 
cateraque id genus, omnibus ubique 
terrarum violes, que [ub ea fpecie con- 
rinentur, bifloriam illam in plerifque 
fere omnibus convenire facile ani- 
madverter. ; 

Je réponds encore que mes expe- 
riences fe prefentent fous un afpeét 
fi gracieux & fi perfuafif qu’elles n’en 
demeureront pas là. J’efpere qu’elles 
réufliront à tous les pierreux qui en 
feront l'effai: que ce Religieux ferale 
Socrate de Sydenham , & que tous 
ceux, qui font dans le même cas que 
lui, trouveront également le même 
fuccès. | 

Quoi Pamour propre fi ingenieux 
à perfuader, lorfqu'il eft queftion de 
s'affranchir du danger de la mort, 
_ de la douleur, des imconveniens qui 
fuivent loperation, de la dépenfeim- 
menfe & toûjours proportionnée à la 
fortune des pierreux., demeureroit. 
oifif, à l'égard d’un reméde déjà 


2$8  DIissERTATION 
éprouvé , connu de tout l’univers ; 
& dont l'innocence reconnue ne peut 
être conteftée. 

J’ajoûte enfin, ou je répéteicique 
le coup d'œil affreux de l'appareil de 
la lithotomi=, fes malheureux fuccès 
plus fréquens que les bons, fes fuites 
fâcheufes , quand on évite la mort, 
comme les fiftules ingueriffables qui 
furviennent fouvent à louverture 
que lon fait pour tirer la pierre, une 
perte d'urine involontaire qui dure 
toute la vie par la rupture du fphin- 
éter de la veflie ; la neceflité ou du 
moins le danger d’être obligé de re- 
venit àla lithotomie; car nous avons 
vû dans cette Ville un Préfident à 
Mortier taillé pour la troifiéme fois , 
& qui auroit encore eu befoin qu’on 
le taillât une quatriéme, attendu que : 
loperation en ôtant le calculne cor= 
rige pas la difpofition qui la fat 
éclorre ; tout cela dis-je fe prefentant 
a la fois à Pefprit,& à l’imagination du 
pierreux lui fera concevoir une gran- 
de efperance , une grande foi pour 
un reméde fimple & facile, dont 
leffai n’eft point dangereux, qui pro- 
met non-feulement de difloudre l& 


sUR LA PIERRE 259 
pierre , mais même de corriger Îa 
difpofition qui Pa formée. 


Sixième Objcttion.. 


Si cette méthode réuflifloit , m'a- 
“on dit, vous feriés le Harvée de 
notre fiécle 3 cette importante dé 
couverte vous immortaliferoit, toutes 
les nations vous devroient un tribut; 
Bareges en particulier vous fera ért- 
_ ger une ffatue, &c. 

Je réponds que ces fortes de raïl- 
leries & de pafquinades ne feront ja= 
_ mais reputées dans lefprit des juges 
équitables pour des raifons phyfiques 
ou pour des démonftrations viéto= 
sieufes contre mon fyftéme, Il faut 
toûjours en revenir à la verité du fait 
& en tirer des conféquences juites & 
naturelles , & non pas vouloir anean- 
tir ce même fait par des conféquen- 
ges abfurdes & ridicules. 

A Dieu ne plaife que la vaine 
gloire de vifer à l'immortalité foit 
jamais le mobile de mon travail. Qué: 
me fervira, difoit autrefois (4 ) Sy= 


(a) Id cinerem aut manes credis curare fepaltos ?* 


Varg. Æneid, 4 4 
Yi 


260 DissERTATION. 

denham , quand je ferai mort, que 
les huit lettres de lAlphabet qu'com- 
pofent mon nom, foient prononcées 
dans la fuite des tems par des gens 
qui n’auront-aucune idée de moi, pas 
plus que j'en ai d’eux maintenant ? 
Putiité du prochain doit emporter 
fur ces frivoles avantages, & doit 
nous faire furmonter la crainte d’une 


critique injufte & fouvent calom- 


nieufe, 

À Ja verité je ne dois pas trop me 
plaindre fur ce point; car par la gra- 
ce de Dieu , le public a reçû affez 
favorablement mes deux premiers li- 
vres , & je nai vû d’autre critique que 
quelques traits dans le livre de Mon- 
fleur Aftruc dans fon traité de m0r- 
bis venereis, contre mon premier ou- 
vrage des maladies veneriennes , que 
je repouferai, fous fon bon plaifir, 
par une réponfe en latin , me tenant 
toûjours dans les bornes d’une jufte, 
d’une moderée & légitime défenfe, 

À légard de l’autre point de l’ob- 
jeétion fur le tribut qui devroitm’en 
revenir , je me fuis déja expliqué en 
plus d’un endroit que je ne demande 
de récompenfe à perfonne, Si j'avois 


| 


SUR LA PIERRE 261 
eu l’ardent défir de devenir riche, je 
n’aurois pointrendue publique la re- 
cette des paftilles que j'employe pour 
la goutte : Jaileplafir d’avoir reçû 
des principales Villes du Royaume 
plufieurs lettres de rémerciment de 
divers goutteux perclus , qui en ont 
fait ufage & qui s'en trouvent à mer- 
veille , cela vaut mieux pour moi que 
de l'or & de l'argent: & la fatisfaétion 
pendant ma vie d’avoir été de quel- 
que utilité au public, eft préferable 
à une gloire de l'avenir , & après ma 
mort-de quelque durée & de quelque 
éclat qu’on puifle la fuppofer. 

Do e à cette diflertation , je me 
flatte qu’elle fera agréable aux pier- 
reux, & qu'ils me fentiront bon gré 
de mon travail , de mes foins & de 
mes recherches , à la découverte 
d’un reméde aufli utile qu'il efl fim- 
ple, & aufli doux que celui dont ii 
prendra la place étoit cruel, 


FIN. 


der 


| ES TA 


DEFENSIO EORUM 
uæ noravit in opufculo meo 
De Morbis Venereis, Dom- 
nus Afirue , Medicine ' Doc- 
tor , idemque Profelflor KRe- 
gius , CC. Pare s66. libré fui 
de Morbis Wenereis , recens 
ediri Parifis anno 1736. 


U D A X nimium videbor cer- 
tè , cui toga doétoralis Burdi- 
alæ pro omni titulo eft, dèm in 
Àthletam ftrenuiffimum infurgo, mul. 
tiplici infignitum nomine, fama per- 
celebrem , non per Galiæ modo, 
fed & exterarum quoque gentium 
| Academias : neque tam temeritati 
quam dementiæ id tribuetur primo 
congreffu me cum hofte præliis aflue- 
to aperto marte dimicare. 
Verumtamen filium meum primo- 
genitum jure an injuria vapulare at- 


Cicero pro 
Milone 


(264) 

que male haberi tranquillus non fi- 
nam , nec patiar : fi enim aves ip{æ: 
timidæ licet,notante Ariftotele, pro) 
defenfione fœtuum acriter pug-- 
nent, ac furere videantur , non mi-: 
rum fi pro tutela librorum , qui à 
me editi funt , nihil non aggrediar ,, 
præfertim cum nec laudis amor , nec: 
gloria ceflerit pulfa metu. Quicauid. 
erit', fupplebit forfan vires audacie.. 

» Ea eft , inquit Cicero , cunétis: 
> animantibus non fcripta lex fed. 
» nata , ad quam non doi fed fac- 
» ti, nonimbuti {ed inftituti fumus, 
» Quam ratio doétis, mos gentibus, 
2 neceflitas barbaris & feris, natura. 
»ipfa præfcripfit ut omnis effet ho- 
æ nefla ratio vim vi repellendi , & 
» omnem femper vim quibufcum- 


» que poffent rationibus longè pros: 


» pulfarent, » 

Verum cum mei non folum, fed 
etiam veritatis tuitio, unus mihi fue- 
rit fcribendi fcopus, eà quâ decet 
rga tantum virum reverentià, quæf 
fionem dumtaxat attingamillas , qui- 
bus tüm liber meus, tm genuina 
doétrina impugaantur. Hæ funt 


_ præcipuë 


| C6ÿ | 
præcipuè 1 An Salivatio debeat 
inter Therapeutices præfidia retine- 
2°. An in hifloria Medicinæ pe- 
regrinus fim habendus ? 30. An vi- 
rus Venereum vel à fermento , vel 
à vermiculs ? 4 Demum quid de 
mea hujufmodi curandi methodo 
fentiendum. : | j 
Hæc flylo brevi & fimplici, qui 
veritatis defenforem deceat , in toti- 
dem velut articulis percurremus. ” 


ne: 


Methodus Syphilidis curandæ per 
Salivationem jam paulum obfolefce- 
bat , minufque Chirurgorum delubra 

frequentabantur ex quo præter am- 
pliffima denaria ab ægris huc delata, 
iplos etiam fæpè fæpis feu viéi- 
mas inib1 maGari animadverfum fue- 
rat : jamque methodus multd tutior 
quam in ufum adhibeo , & Burdiga- 
_læ, & etiam ahbi invalefcebat : fed 
ecce Medicus celebris, ab omni 
parte ornatiflimus , rem prftinam 
seftituere , ac fermè cadentem eri- 
gere aggreflus eft. Quam _. irrito 


Pas. 364, 


Pag.. 368 


6 


(266) 

conatu ex ipfius libro de Morbis 
Venereis argumentis defumptis , tüm 
& als, aggredior oftendere. 

Narrat bona fide pag. 364. vir 
dodiffimus, infortunia quæ in hy- 
drargyrofi (eo failicet fine ut Sabi- 
vatio promoveatur ) adminiitratà » 
numero multa & natura difimihia ob- 
tingunt;eaque fufe in varias clafles 
diftributa profequitur. 

» Primo dum mercurius fanguini 
>» latenter inftillatus tumultuatur , 
» exitum fibimoliturus quà datà por- 
»tà, accidit aliquando poñt tertiam 
» quartamve inunétionem , ut faliva- 
» les glandulæ , tum maxillares , tum 
» parotides , tonfillæque derepente 
» tumeant, caleant , doleant , lingua 
» tumefiat , & foras promineat, facies 
» totumque corpus turgefcant, undè : 
D deglutitio & refpiratio difficiles » 
> vox fuppreffa velincondita & mu- 
».gitui fimilis , fopor , veternum ,le- 
» thargus , febris, &c. quæ fi non 
» omnia femper adfint , at faltem ple= 
» raque folent unà concuffere. 

» Caveatur follicite ne lingua tue 
» mens & extra os exferta, primoris 


7 (667) 

# bus dentibus vulneretur; imÔ etiam, 
» quod pejus eft, ne præcidatur , 
» quod non femel obfervatum fuit. » 
Siftimus gradum hic paulfper. 
Quis primo confpeëtu non perhor- 
refcit ? Quis tam audax adeoque 
lucis contemptor, ut imfandailla at- 
que dira fymptomata , methodumque 
horum effeétricem non reformidet ê 
Profeéto talia intuito robur & æs 
triplex circa peétus eflet , vel po- 
tius mens non fatis conftaret, qui fra- 
gilem truc: & tot procellis horrido 

mari auderet ratem committere. 
 Sed pergamus in referendis quæ 
locum fuprà exfcriptum fequuntur, 
duplicem animadverfionem indè ori- 
undam facilè videbimus : altera fiqui- 
dem in animum ftatim incurrit , al- 
tera vero Hippocratisauétoritate,imo 


ipfius rations adverfus Salivationem | 


munitur. 

Porrd fic auétor nofter. » Quo- 
» ties contingit ut ægri funefta illo- 
# rum fymptomatum fyndrome op- 
» primantur, una falus nimium mer- 
» Curii impetum retundere&coërcere, 


# vel faltem aliorfum divertere..., In 


Zi; 


Par, 364: 


Pag. 365. 


(263) 
# quem finem fi per tempus liceat 
> immittatur clyfter ex decoëto fo= 
» liorum fcunæ , cum Diaphænico 
» aut Hierà Pierà, imd cum Aqua 
» Benedi&à Rullandi turbidà... Dein- 
» ceps fine morâ exhibeatur cathar- 
»ticum pro morbt gradu, & ægro- 
» tantis ætate vel viribus varium &c. 
» Sed plerumque ex infufo follicu- 
2 lorum Sennæ, radicis Rheï, & Sa- 
» lis Vegetabilis cum addita Man- 
obiiodes 
» Ptyalifmus fi vehementior ube- 
> riorque fuccedat , ut fuccedit ple- 
» rumque , EX artis legibus pruden< 
» ter compefcatur ; tenuiflimà dietà, 
a largo ptifanæ potu, ufu clyfterum 
» quotidiano , iterata purgantium 
» exhibitione , &c. 
Ad hæc ita ratiocinari quibufvis 
obvium eft. Ubi Ptyalifmus uberior 
quam par eft fuccedit ( fuccedit au- 
tem plerumque ; )ubi bac de caufa 
funefta aded fymptomata , in fum- 
mum vitæ difcrimen ægrum addu- 
cunt ; ubi tandem quamlibet cautio- 
nem Medicus adhibeat , res tamen 
fæpids eo deducitur ut ferme concla: 


(69) 

matum fit, quo recurritur À Ad ciyf 
teres quotidie injeétos ex mochlicis 
medicaminibus compofitos, ad ite- 
ratas purgationes , NEC immerito, hac 
enim via fymptomata quæ Palladis 
arcem obfident, retufo per inferiores 
fedes, tùm humoris , tm mercurii 
impetu ( modd mors in propinquo 
non fit ) fummopere minuuntur fu- 
blevanturque -etenim ex divi Sehis 
ediéto in Epid.Exinanita alvus ex fa- 
cie ducit. 

Enimverd quantd fatius eft ( quæ 
prima eft animadverfio ) plagam non 
infligi quam fanari, & fymptomata 
illa horrenda præcavere , quam 1llis 
dùm fæviunt medelam fæpe inutilem 
quærere. Et quantd præftantior me- 
thodus illa, quâ tot & tantæ cala- 
mitates ( falvà mercurii efficaci falu- 
britate ) procul amoventur. 

Fatendum , nec diffentientem ha- 
bemus clariflimum D. Aftruc, fupra 
memorata infortunia deberi particuhs 
mercurialibus fanguint per tres aut 
quatuor fritiones inftillatis, quarum 
aggeftione , mafla fanguinea turgef- 
cit, quo fit, ut cum his exitus per 


inferiores fedes paratus non fuerit, 


Zi 


Pas: 3:64 


(270) : 
in Caput impetu faéto , æger vel de 
medio tollatur , velin præceps vitæ 
periculum conjiciatur. 

Numne tutius effe duxerit æquus 
rerum arbiter, laxatis prius inteflino- 
rum glandulis ( utin mea methodo 
propofui) mercurium fanguini com- 
mittere , afliduo & quotidiano alvi 
fluxu egerendum, pingui faginatum 
præda, vermiculorum fcilicet cada- 
veribus onuftum, nec nifi priori e- 
gelto ahum ingerere ; hic vera vi- 
verra pofiquam intimos corporis re- 
ceflus permeaverit , vel fponte, vel 
cathartico quodam volens lubenfque 
fequetur ; inferiora verfus impulfus, 

Facilis comparatio fub manum ve- 
nit, Lege militart cautum eft ne ex- 
cubitores intra arcem munitam exte- 
ros ignotos nifi ad certum numerunr 
admittant, quo expleto ali , fi qui 
funt, atcentur, donec jam ingrefli 
exierint ; tumque als, eadem ra- 
tione habità , aditus conceditur. 
Hoc fuit legis ingenium , ne ab ho= 
minibus forfan fufpeétis magna nimis 
copia in arcem admiflis, munitio for- 
tafle ex improvifo occuparetur, Simi= 
Jem requiro in Hydrargyrofi pruden- 


| de À 
tiam, ne novus mercurius intromit- 
tatur, quoad priftinus majore faltem 
fui parte foras exierit. 

Secunda animadverfio fuffragato- 
rem habet Hippocratem; qui vera 
nixus ratione pronunciat in Coacis 
hanc fententiam : Qxa vero dolenter 


ad aurem affurgunt , peftifera. Monet 


autem egregius Auétor loco jam ad- 
duéto, pof tertiam aut quartam inun- 
étionem , parotides afñci nonnun- 
quam tumore ; calore , dolore. 
Hujus Coacæ rationem reddit 
Duretus, Hippocratis fidelis inter- 
pres. » Vel unica confideratio fufh- 
» cit ad calamitofam vimipfarum pa- 
» rotidum dolorificarum , affurgunt 
+» enim furfum comprehendendo 
> morbo impares, proptereaque Ita 
» funt peftiferæ nifi liberaliter bilio- 
» fis excrementis alvus feratur ; pro- 
» fluatque urina ut in clazomenio. » 
Lazarus Riverius ejufdem eft fen- 
tentiæ. » Tandem cogitare cœpi 
» ided parotides febribus fuperve- 
x nientes finiftri efle indicüi, quod 
« locus in quo fiunt non eft capax 
» totam materiam morbificam exci- 


In Coacas 
1. 2.c, 4e Ge 


Inflitut, 
Med. 1. 3. 
{ec. 3° Ce Le 


* piendi, quæ intus rétenta opprimit 


Zu 


Pag. 368. 


:4(272) 

» ægrotantem , ac proindé opus na: 
> turæ inchoatum, folummodd eva- 
» Cuationibus fuppleri pofle, venæ 
» feétione fcilicet & purgatione. 

Verum aliter fe res habet & cum 
bonis ægri tebus dum per fiftalam 
inteftinalem locum amplum & ca- 
Pacém, virus venereum , ut & quæ- 
cumque alia cacochimia naturæ in- 
fefla , foras protruditur, | 

Sed quid urgemus © fatentem ha- 
bemus ipfum Auctorem in poftre- 
mis, hujufce loci verbis. » Plerique 
»# demèüm de futuro remedi; fucceflu 
» malé indè augurantur veritine de- 
> fettu falivationis curatio quoque 
» defeétura fit... Jam pridem palam 
» eft obfervationibus multis vene- 
» ream luem fine Salivatione ullä ra- 
® dicitus nonraro extirpari . . . Adde 
» porro defettum Salivationis ple- 
> rumque fuppleri alvi fufione , diu- 
» refi, fudatione, vel faltem infenfi. 
» bill tranfpiratione , quæ fingulæ 
» évacuationes deficientis falivationis 
» vicariæ efle folent. 

» Îgitur tantum abeft ut ægro- 
wtantibus quos in Hydrargyrofi 
> Ptyalifmus deftituit caufa ulla ft 


CA S . 
» cur vicem fuam doleant modü 
» redè & ex artis legibus proce- 
» datur , ut contra potius fibi juré 
> merito gratulari debeant, quod 
>» fibi datum fit rara fatis felicitate, 
> abfque tædio & periculo Saliva- 
» tionis, atque aded tutius commo- 
» diufque à Venereo Morbo perfectè 
» convalefcere. » 

Profe&o fi gratulari fibi debeat 
æger, in quo alvi fluxus Salivationis 
vitia emendaverit, annon meliort 
jure fibi gratulari debet medicus cu- 

rationem ægfi , qui ejus arte re 
opera id confecutus eft, quod al- 
teri rara felicitate obtigit ut abfqué 

“tædio & periculo Salivationis tu- 
tius commodiufque à Morbo Ve- 
nereo perfectè convalefceret © 

Pergamus ulterius; pag. 372: fic 
loquitur Auétor egregius. > Non- 
» nu: quam ulcera profunda, fordida, 
» depaicentia dyfepulota orisinterio-. 
» ra peflimè habent, undè Ptyahf- 
> mus diuturnior, quem compefcere 
> vix licet , nedum fiflere, quo ta- 
» men ægrotantes pedetentim mar- 
» cefcunt & extenuantur … Func al- 
» vus fubducenda eft quotidie ene- 


Pag. 2372. 


Pag. 368. 


(274) 


»mate emolliente & eccoprotico ;, 


æ & tertià quaque die blando ca-. 


« thartico ex fcunäâ , mannài, caflià, 
» fale vegetabili, &c. er humor qui 
44 0$ Copiosé affiuit, verfus infe- 
® r10ra [enfim divertatur. » 

Atqui, fi idem humor qui ad os 
copiosè affluit , enemate quotidie 
injeéto , & repetità tertià quâque die 
purgatione verfus inferiora fenfim 
divertatur , præftabit fane ante pla- 
gam inflétam & enata ulcera illum 
eumdem humorem ïifdem remediis 
per inferiores fedes deturbare, & 
ægrotantem curare citra periculum 
mara{mi à Ptyalifmo impendentis. 

Nunc verd liceat quædam hîe. 
apponere, de quibus ipfum Domi- 
num ÂAftruc judicem conftituam. 

10. Humor idem qui ad os co-: 
piosè affluit , purgantibus per infe- 
riora divertitur ; glandulæ igitur 
tüm falivales, tùm inteftinorum, funt 
congeneres , cum idem humor per 
falivales glandulas alioquin effluxu- 
rus, per inteftinales, purgantium ope, 
præcipitetur, © cum alvi fluxns de- 
fetlum Salivationis compenjer. 

2 Glandulæ falivales numero 


LAS 
definitæ funt , inteltinales verd in- 
numerabiles , uberior igitur per has 
quam per illas fanguinis defæcatio 
fperanda eft. | 

30. Exiles funt , filamentorum 
“nflar , arteriæ duæ quæ à carotidi- 
bus externis ad falivales glandulas 
protenduntur ; arteriæ vero ad in- 
teftina pertinentes, canales funt am- 
plæ diametri & magnitudinis conf- 
picuæ , qui uberem fanguinis pe- 
num ad inteftina convehunt : per 
has igitur arterias prompté atque 
largè virus Venereum ad glandulas 
inteftinales devehetur, indè foras 
emandandum , idque acervatim & 
celeriter ; at per 1llas exiguas non 
nifi poft millies repetitas circulatio= 
nes , nec nifi cum labore , dolore , 
periculo, quafi per vim, & recla- 
mante naturà , exitum fibi quæret ac 
molietur. 

40. Inteftina potiffimum craffa in 
eum maxime finem à natura fabri- 
cata funt, ut ( tanquam opportuna la- 
trina in medio corporis pofita } for- 
des corporis reciperent , receptas 
in cavitatibus amplis, longis & 
hiantibus continerent, contentas MO- 


(276) 

ta vemiculari & periflaltico que 
donantur aflidud foras eliminarentt 
Ne vero humorum excernendorum 
acrimonia inteftinalis fifiula Ilædere: 
tur , à providà fagacique naturà cau« 
tum eft, ut inteflinorum parietes in 
terni muco obducerentur , qui ipfis 
pro tutela effet. 

At partes oris, nobilibus deftinatæ 
officiis, ut A fecretioni, maftica-- 
tioni alimentorum , eorumdem faci-- 
liori deglutitiont, loquelæ , &c, nullo: 
alhunde ; ut inteftina & vefica mucor 
obduæ , Colluviei humorum pe- 
regrinorum excipiendæ nequaquamm 
aptæ natæ funt. Magis igitur natu-- 
ræ confentaneum eft per inteftinai 
Venereum venenum quafi vià regiäi 
per portam decumanam expellere. 

so. Virus Venereum dum per osi 
vi naturæ illatà propulfatur $ aliquäi 
ex parte cum ptifanà & jufculis de-: 
glutitum in maflam fanguineam re-. 
forbetur , novos daturum tumultus,, 
ut Héielins & Palmarius obferva-. 
runt. Düm verd per inferiores fedes: 
protruditur ; abfque recidivæ metu, 
penitus exhauritur. Plura de his le-: 
gere licet in opufculo meo de Mor- 


(277) 
bis Venereis facilè curabilibus à page 
Bo. ad pag, 70. 0 

Ex tot alüs infortunüs Prtyalif- 
mum confequentibus , quæ clariffi- 
mus Auétor non diffimulat , non- 
nulla tantum brevitatis caufa referam 
ipfufmet verbis. 

5 Hypocondriaci , qui natura me- 
>: ticulofi funt, remedui tædio , diu- 
© turnitate , dolore cito fraéti, cu- 
» ratione quidem affe&à , de falute 
> defperare, confeëéta verd de vale- 
» tudine folent diffidere , ac in utro-= 
» que cafu medentes afliduis queri= 
> monis enccare & plerumque fine 
» caufa. » 

Hæc animi confternatio non eft 
folum Hypocondriacis propria, {ed 
& omnibus Salivanribus ita commu- 
nis, ut à Ptyalifmo feparari nequeat. 
Neminem unquam, ne uno quidem 
excepto, mihi videre contigit, qui 
in Salivarioms crucatibus de falute 
omnimodo non defperaverit, 

Pergit Auétor nofter. /Ztaque bi 
bonis verbis erigendi funr quamdin 
therapeia mercurialis durar. Bonis 
verbis ne quidem philofophus Se- 
neca, fiin vivis ellèt, ægrotantem 


Pag. 371: 


Pag. 373. 


(278) 


: Salivationis tormentis fubjeétum com 


foiiretur . nec quavis fpe labantèm 


poilet erigere. Etenim cum anime: 
ceu {olio fuo in cerebro fedens ar: 
cem ‘uam obfidione cinétam tumo- 
ribus , uiceribus , doloribus cicum- 
vallatam fentit ac cognofcit, veluti 
afforet Annibal ad portas, confter-: 
nata mœret , nec ulla verborum dul:: 
cedine recreari poteft, nifitam diræ 
fymptomata utcumque mitefcant. 
æ Dum ulcerum efcharæ decis. 
» dunt , fuperveniunt non raro hæ- 
» mOrrhagiæ ab erofis lacerifque: 
? vafis quæ ulcera depafta funt ; 1d-- 
# que mal frequens eft quoties ul-- 
>» cera profundiora aluus excavantur.. 
» Tunc, &c. fi locus undè fan-: 
» guis fluit , oculis pateat, & cæteral 
fiftendo fanguini paria non fint ,, 
» vañi difciflo cauterium aétuale im. 
» ponatur... Si vero locus unde fan-: 
» guis manatinocculto fit,&c... Me-. 
» miniin cafu fimili profuifle ægro-. 
» tanti cuidam narium interiora quæ : 
» faucibus proxima adftant , unde: 
» hæmorrhagiam gravem patiebatur,, 
> ferro tenuiore ac curvo & leviter : 
» candente canalis ope in nares ex». 


(279) 
+ trinfecus immiflo, comburere; dure 
» quidem confilio , fed quod durior 
» neceflitas fuadebat & quod fehci 
2 comprobatum fuit exitu. » 

Bone Deus quam crudelis illa 
medendi methodus , cui tam crude- 
lem medicinam adhibere interdum 
opus eft ! quis credi pofñlit adeo vi- 
vendi cupidus, ut mori non malue- 
rit quam hujufmodi medicationem 
perferre © 
+ Contigit nonnunquam ut oris ul- 

» cera ad cicatricem veniant erofæ 
» lhinguæ latera præfertim circa ra- 
» dicem cum interioribus gingivis 
» quæ oppofitæ funt , gingivæ ex- 
» teriores cum adverfis buccis, aut 
» uvula five columeila cum finitimo 
» lacunaris fornice coalefcant. » 

» Leve quidem malum , fi nullum 
» adferat incommodum ; fin aliter 
æ oportet medicinam adhibere, & 
» promptam & facilem, nempè dum 
# cicatrix recens eft,partes malè coa- 
plitæ digito diflocrandæ ; fi verd 
» firmior & antiquior fit , fcalpeilo 
# ex arte diflecandæ, ac pofteà ca- 


» vendum ne femel difcretæ denud 


Pag. 37% 


Pag. 374. 


(280) 
» invicem agglutinentur. » 

Proh Deusimmeortalis | leve malum 
quod in ore fcalpell minifierium. 
depofcit ! Poteftne effe fine incom- 
modo eoque graviflimo coalitio 1lla® 
Leve malum quod coalitione vel ci- 
catrice obduéta, parotidum & glan- 
dularam Szlivalium oficium fuffami- 
nat ac deftruit ! Cum enim excreto- 
ri Salivales , duétus induétà vel ci- 
catrice vel coalitione una conglu- 
tinentur, præpeditur tüm fahvæ in 
os effluxus , tüm ejufdem cum ali- 


mentis mixtio 3 labefaétatur ergd & 


corruit aimentorum coétionis opus 
funétlionum corporearum bafis © fun- 
damentum , ut ipfe agnovit Domi- 
nus Aftroc. (4) 

» Tandem fupereft aliquando poft 
» curata ulcera ea oris finictura , 
» vulgo Bridure , quà maxilla 1n- 
» ferior ferè immobilis & quafi capi- 
”ftrata nequit à fuperiore deduci 
» ulla ratione , vel faltem ita parum 
» deducitur , ut os adftridis fortiter 


(a) Monfieur Aflruc dans fon Traïié de la canfe de 
la digeflion à imprimé à Toulonfe lan 1714: p. 73e 
CT 252 de | 


æ, 
{ * 


dentibus 


| (281) 

© dentibus , nullo vel anguflo tan- 
>» tum hiatu patefcat, unde alimenta 
» folidiora in os indi,inditave mafti- 
» Cari, aut vocis fonus diftinétè ex- 
» primi vix poflunt.» | 

« Grave quidem malum, tantoque 
» gtavius quod inemendabile. Quor- 
» fum ergo ægrotantium animos ina- 
» ni {pe fruftra tamdiù laétare, aut, 
» quod pejus eft, novis miferiis il- 
» lorum miferias cumulare ? Difcant 
_ » tandem fe immedicabili morbo de- 
» tineri ; ac dimifla non fruftranea 
» modo ;, fed etiam periculofa medi- 
. » cinà, €a fibi parent levamenta quæ 
> poflint conducere, quæ nocere non 
» poflint. Cum folidiores cibos nec 
_# devorare,nec mafticare queant , 
» liquidioribus utantur ; admif- 
> Îis per rimam qua os patet , vel 
» per eam quam fecit dens unus da- 
» ta opera evulfus , eoque artificio , 
» fi non delicate , faltem placide vi- 
» tam tradncanr. De cætero durum 
> fed immedicabile infortuntum for- 
»ti ferant animo , & levius fiat 
» patientia quidquid corrigere eff 
» nefas. >» 

À à 


*#S 


(282) 


Accipe nunc Salivationis infidias, & criminé 
ab uno 
Difce omnes. 


Placidè witam traducat mifer ille 
capiftratus, omni vitæ jucunditate 
otbatus, conviviorum exul ; imà 
cujufcumque aliûs conventüs , fuis 
opprobrium, als ludibrium , omñi- 
bus fabula ! Placidè vitam tradnu- 
cat immedicabili morbo detentus, 
quo cogitur privatam folitariamque 
vitam degere ferarum more ! Placidé 
wiram traducar qui folis alimentis li- 
quidis viétitare cogitur , quæ per fo. 
ramen quod dens datä operà evulfus 
fuppeditat, ingeruntur ! P/acidé vi- 
Lam traducat Cujus mentis ægritu- 
do non quolibet die modo ; fed & . 
quoties ingeritur cibus qualibet ho- 
ra exafperatur , dùm animo revolvit 
ferà pœnitentià duétus , tam graviin= 
fortunio fe maëtari , quod Salivarie- 
nem antepofuerit methodo tantis ca» 
lamitatibus immuni | 

Confolabor ego talem capiftratum, 
exuam capiftrum ejus, docebo reme- 
dium certum & minime fallax, quod 


(283) 

Briduram excutiat ; aquam intelligo 
Baredginam , quæ eo in cafu fem- 
per votis rélbañdet. Hæc cadens 
ex fonte partibus affeëtis excepta ter 
in die, potata infuper quam maxi= 
mâ poterit copià & afliduë in ore vo- 
lutata,brevi tempore curationem ab- 
folvit ; fundit lhquatque concretio- 
nes illas oris , emollit mufculos man- 
dendi opifices , eofque in priftinum 
flatum,, quo flexiles erant, reflituit, 
Tefis eft inter plures juvenis egre- 
gius & eximiæ pietatis vir , nunc 
facerdos : hic ab uberrimà Salivario- 
ne pro medelà luis quam heredita- 
riam acceperat ,in tale infortunium 
incidit, & capiftrum quo à duobus 
annis moleftabatur , in fonte Baredgi- 
no dépofuit. 

Docebo & alteram fanandæ Zri- 
dure methodum in gratiam videlicet 
eorum, qui vel rerum domefticarum 


anguftà prefli, vel præteritæ = 


nols 


vationis famptibus exhaufti, tamlon- 
go itineri fufcipiendo non funt. Mi- 
 xabitur fortafle vir do@iffimus mer- 
curium qui dum per Salivationem ur- 
getur malum invehit, eumdem per 
meam methodum adminiftratum , in- 


A ai; 


(284) 


foftunio ut putatur immedicabili ta= 


men mederi ; aded ut quod Fabula 
de Achillis hafta commemorat, reve- 


{_ra æger experiatur; 


Et qua cure vulnus 
Senerak hac ipfa cufpide fenfit opens 


Toungantur quolibet die mufculi 
capiftrati exterius Unguento Nea- 
politano ad 3 1. faper imponatur 
f_ emplaftrum de Diabotano in aluta 
Fe quod partes affeétas & un- 
étas operiat, diu noëtuque geftan- 
dum. 


Sumat fingulis diebus manè & : 
fero pulverem fequentem 22. Martis 


præparati fecundum defcriptionem 


bis Venereis pag. 215$. & milleped, 


ana D1. mifce fiat pulvis mane fumen— 
dus & vefperi, & toties fuperbibat 


jufculum fequens, 


24. Fruftulum carnis vitulinæ vel. 
pullum gallinaceum coque in aq. 
font. f. q. pro duabus dofibus , adde_ 
fub finem nafturfii aquatici & chæ-: 

refolii ana m. j. coletur & dividatur: 

üfculum in duas dofes, poft pulve=: 


| propofitam in libello noftro de Mor-: 
À 


| eo 1 
rem prædiétum confeftim ton 
dum,. addendo unicuique jufculo , 
aq. diftillatæ cochleariæ montanæ 
cochlear. j. 

Purgabitur æger levi cathartico 
quartà quaque die , non tam ut Præ” 
caveatur Ptyalifmus, qui in hoc cafu 
non eft pertimefcendus , cum glan- 
dulæ Salivales ulceribus confumptæ 

& cicatricibus obduttæ falivæ præ- 
bendæ fint impares ; fed ut humores: 
Lex concretionibus liquatis redundan- 
tes per inferiores fedes deturbentur. 

Hujus praxeos utilitatem expertà 
‘ft mulier venufta & præclariflima 
ui maritus pro ferto nuptiali pri- 
mis connubi diebus labem Vene- 
seam intulerat. Hanc audax Chi- 
rurgus in uberrimam Salivationem 
conjecerat , huic fucceflit oris me- 
morata conftriétio, quæ fupra præf- 
criptis remedis fanata fuit. 

Verum etiam fi fex claffibus 1x 
Hbro de Morbis Venereis infortunia 
Salivarionis accuratè defcripta (ape 
cum bon tamen Auétoris veniä no- 
tabo prætermiffum infortuntum non 
contemnendum , quod jure infortu= 


(286) 

niorum infortunium meretur appel. 
lari, Mortem intelligo , tam frequen-- 
ter in methodo Salivarionis obviam,.. 

Notum eft hoc infortunium non 
modo Circumforaneis & Agvyrtis, 
fed & ipfis expertifimis artificibus 
qui famà Sa/ivarionis floruerunt. Tef- 
tes appello Chirurgos illos primæ no- 
tæ, qui Salivantes in agone mortis 
conftitutos, tam fæpe domo fua ex- 
pulerunt , ne exequiis utcumque oc+ 
cultatis fuæ ædes infamarentur. Te. 
tes appello vos cives qui certo fcitis 
quofdam è veftris opülentos lue con- 
taminatos, & diffifos induftriæ Sy 
livarorum Burdigalenfium, vel Lu- 
tetiam, vel Monfpelium fe contu- 
Life, ubi nullis fumptibus parcentes 
inter celebres Salivarionis artifices 
celcberrimum elegerunt ,: tamen in. 
ipforum ædibus vel vicinis crudcli- 
ter intericrunt. Teftes vos appello 
Parifienfes , qui vel parentes vel ami- 
cos non paucos fimili fato interem- 
ptos doletis & plangitis. Teftes de- 
nique vos appello fingularum gen= 
tium Medicos, tanquam tefles ocula- 
tos , qui vidiitis mediis in Salivarie- 


(287) | 
is tormentis plures fupremum dierm 
obiiffe. 

Audivi nonnunquam jurgia ; Ea- 
que non levia, Chirurgum inter & 
Medicum mutuo de morte ægri fe 
accufantes , qui deinde unanimi con- 
flio in ipfum demortuum culpam 
omnem conferrent. Eratille doloris 
impatiens ; aicbant, defperabat de 
falute, jufcula refpuebat quibus Vis 
res inflaurarentur ; &C. 
| Fatendum tamen hoc infortunium 
non tam medentium infcitiæ vel in- 
curiæ, quam methodi vitio tribuen- 
dum. Si quis capitis in fubjeétas cor- 
poris partes imperium fedulo medite- 
tur ( prout in traétatu de Epilepfià 
brevi oftendam } non impunè caput 
à Salivatione laceflini, quæcumque 
vel fedulitas , vel diligens cautio 
adhibeatur , neceffario percipiet at- 
que penitus intelhget. 

Dicamne apertè quod fentio © 
Dum Librum illum perdoëtum de 
Morbis Venereis evolverem , fufpi- 
catus fum (eaque fufpicio altius ant- 
mo infedit, quam ut evelli queat ) 
: Auétoréem per jocum tantummodù 
Salivarsonis partes fuilinere, at rem 


(288) 
ferio agere, ubi infortuniorum im 
fex clafles eleganter diftributorum 
narratione Salivationem revera ex-- 
plodit ;idque unum fibi propoluiffe;, 
ut, quantum in tuenda utraque parte: 
& fubtilitate & acumine valeat ,. 
oftenderet. 

EÉxulet itaque à noftra Thera-. 
peutice Salivatio , non tam medi-- 
catrix, quam vera carnifex. In ejus: 
locum fubrogetur methodus non mi 
nus efficax , qQuam periculi & dolo-- 

ris expers, quæ in ipfa Hifpaniola: 
unde malum emanañle pronunciavit: 
Auétor, paflim ufurpatur , quam à: 
primarus fcolæ Monfpelienfis Do: 
étoribus nunc tentafi inaudio, quam: 
ipfe , civibus meis fpeétantibus, cum 
fucceflu , nec fine laude ( abfit verbo. 
mvidia) jam ab aliquot annis im 
ufumadhibeo. Vigeat illa methodus 
ac floreat magis ac magis in ægro- | 
rum mortalium folamen ; ac tandem: 
fola locum obtineat , quem Salivario: 
nefariè fibi tandiu arrogavit, 


EE. 


Pa 360  » Petrus Default, Doctor Medi- 
cus 


(289) 


» CUS, & College. Med copuss Bur- 


» digalenfium adfcriptus, &c. Hic 
» Auétor videtur in hiftorià Medici- 
»næ nimium hofpes, » 


» 1°. Contendit luem veneream 


> antiquitès cognitam fuifle , & Ve- 
w nef! vulgivagæ coævam elfe, con- 
+ tra quam à plurimis de 
» fuit. » 

 Apertè ac ingenuë confitebor me 


à teneris annis ad feneétutem ufque, 


_quicquid in me diligentiæ fuit, ad 


Medicinæ ftudium , non ad ejus hi 
foriam contulifle. Qui fieri enim 


poffet ut vita brevis artem longam 
utcumque affequeretur : fi vel mini- 
. mum temporis periret in exquiren- 
dis quæ ad ornatum artis, non ad 
artem ipfam medendi fpeétant ? Ter- 
ruit me femper Baglivi monitum 
aureum , quod hic loci cenfui tranf- 
cribendum ex cap. —. Hb. 1, de ma- 
_xima obfervationum in Re Medica 
neceflitate, « Ex haétends ditis de- 
» duci facilè poterit Medicos valde 

» litteratos ; leétionique librorum fere 
»immorientes, rard felices in curan- 
> ds hominibite evadere , im nun- 
» quam de rebus praëicis judicare re- 


L2 


. (290) | 
s €tè pole, nifi praxi omnind fe de- 
» derint, @& in éadem ferè confe- 
>» nuerint, Lepidam hujus rei hiflo- 
» riamnarrat Joannes Auartius fcrut. 
»ingen. cap 12. Quo tempore, ait, 
» apud noftrates Arabum medicina 
>» florebat, florebatpariter & celeber- 
» rimusinlegendo ,fcribendo , argu- 
» mentando , diftinguendo , refpon- 
+ dendo & conciudendo Medicus, if 
» queaded in eloquentiaeffufus,ut qui 
éum audiendum conveniebant, non 
folum morbos fanare,fed mortuos 
ipfos in vivorum confortrum quafi 
revocare , affererent. Verumtamen 
cum ad praxim defcendebat, vix 
ullus ægrotantium qui fuæ curæ 
committebantur ,effugere poterat, 
quin in præfens vitæ periculum 
coniiceretur , & inanem profeffo- 
ris fapientiam morte propria expia- 
pret. Unde tot infauftorum even- 
stuum genuinam caufam nefciens , 
» & progreflu temporis nomini & re- 
w-bus fuis pejora timens, mundanis 
» rebus vale dixit, & in religiofo- 
“tum virorum cœtu, diem ultimum 
po obit. » | 
æ Îdem Huartigs loco citato ; 


ÿ 


HOQ NOMU SAUT EU ROUES 


(291) ni 
s aliam nafrat hiftoriam ad conhr- 
” mandum præfens argumentum ma- 
-»gis confentancam. Medicus qui- 
> dam fecretè nimis à me petut , quà 
-» de çaufafleret, utiple, cum dit 
» incubuiflet legendis libris artem & 
» regulas optimè prognofticanditra- 
.« dentibus, eafque perfeëtè didiciflet: 
_« quoties tamen hanc prognoftican- 
_» di difciplinam legendo acquifitam 
win ægris fuis experiri ftatuebat, to- 
> ties in fui dedecus fallébat, neque 
#» unquam aflequi poterat ut verita- 
.mtem præfagiret. æc ille; Argen- 
» terius,judicio gravifimorum Auéto- 
_wrum (prout notat laudatus Huar- 
wtius loc, cit. ) in reducenda arte 
_» medica ad perfeétiorem metho- 
_> dum, creditur fuperaffe Galenum, 
» De ipfo tamen narratur quod adeo 
» infelix fuerit in curandis morbis, 
» ut omnes fui ægrotantes vel pe- 
+ » rirent, vel in morbos incurabiles 
» præcipitaret : quà de caufà perter- 
> refach cives fui, non amplius fuæ 
» curæ committebantur. 4 
» Plura hujus generis exempla ab 
» Auétoribus expromere fupervaca- 
 »neum effet , quippè quæ ‘hodie 
b 


(292) 

» nobis obvia funt. Medici itaque 
» valde litterati, Philofophiis & theo- 
» ris plufquam par eft addiéti & ad 
# inftar araneæ ab indigeftis cogita- 
» tionibus fapientiam perpetuo edu- 
» centes , nunquam boni praétici eva- 
> dent nifi diuturno praxeos ufui & 
exercitationi omnin0 fe fubjecerint. 
> Morbi enim abditum quid funt , 
» fuos effeétus modis tam reconditis 
» & ab humanæ mentis acie adeo 
» remotis abfolvunt , ut difficile 
» fit quidquam in illis invefligare , 
» nifi adhibeatur obfervatio....in 
> ipfo Medico divinum quid ineffe 
» fingularis quædam in medendo fe- 
» licitas abunde teftatur. Conftet 
igitur quod haétenus probavimus 
» Médicum fcilicet quamvisinfcien- 
ptis &in librorum lectione erudi- 
» tiflimum, non perinde tamen bo- 
» num practicum evafurum, nifi pra- 
> xin ipfam exercuerit. Eft enim in 
» mediocriter doëis illa in indagan- 
» dis morbis & remediis applicandis 
» energia, quæ doiflimos interdum 
» deftituit. » 

Monet idem Bagl. juvenes Medi- 
cos non reperturos doétiorem librum 


ë 


B 


ee 
auam ægrotum ipfom. Sÿdenhar 
ait artem medicam non melius per- 
difcendam fore, quam ex ipfius artis 
lexercitio atque ufu. Quod ali li< 
brorum leétioni tempus impendunt, 
llud omne meditatione folere 1m 
‘pendere. | 
Jam vero quid opus mihi fuit luis 
Venereæ originem multo cum jabo- 
re temporis in praxi melius co!llo- 
candi, difpendio indagaile ; id nobis 
parom in Hifloria verfatis abunde 
præftitit eruditiflimus Auétor ; & ea 
iquidem fide, ut hac in re, ficut in 
‘negotio falivationis modo vidimus , 
‘arma nobis miniftret, quibus luis ve- 
nereæ antiquitas comprobetur. 
Legimus in ejus libro pag. 63. 
w Quid igitur mirum varia, hetero- 
>» genea , acria multorum virorum fe- 
» mina unà confufa cum acerrimo 
#» & virulento menftruo fanguine 
> mixta intra uterum æftuantem & 
» olidum fpurciffimarum mulierum 
» coercita , morâ, heterogeneitate , 
» calore laci, brevi computruifie , ac 
» prima Morbi Venerei feminia bre- 
» vi conftituifle , quæ in alios fi for- 


“Bbij 


(294) ce 

æ fn. continentiores erant , conta=- 
» gione dimanavere, » 
. » Propofitæ conjeturæ Be con- 
» fideratio cæterarum Regionum 
» ÂAmericæ, Africæ & Afæ...ubi 
> fufpicio cf totidem. alios luis Ve- : 
»nereæ focos antiquitùs latuifle. 
» Cum enim fingulæ intra Zonam 
» Torridam fitæ fint ,. in fingulis 
» idem. fuerit aëris fs & æftus 
»acin Hifpaniola : compar quoque 
» fuit in fingulis. impudicitia , æque 
» fpurca , & in venerem promif- 
» CUAM æQue prona .... CUM Ego 
win ommbus-terræ locis ubi Lues 
» Venerea.antiquitüs endenma fuifle 
» videtur , eumdem. aëris fervorem 
»'cum. par! incolarum impudicitià. 
» conjunétum fuifle manifeftum fit, 
» haud inanis inde locus eft coili- : 
n gendi morbum naturâàeumdem quo 
» regiones longiflim: diffitæ, & in- 
» ter quas De fuit commercii 
» communio , fimii morbo infefta- 
o bantur à finuli caufarum. earum- 
» dem concurfu, &c. : 

Huc ufque een à me diflentit 
Vir Clarifimus : eamdem prorfus in 
opufculo meo p. 39. Luis Venercæ 


PSS ET (42) ter 
briginem propofui j'ac profeéto ju 
re merito glorior qui idem cum tar 
- to viro de caufa tam abftrufa & ab=: 
fcondita fenferim. : 
|: Verum addit pag. 64» Videbis 
»tur forfan allata opinio objettiont 
» patere,nempe quod debuiflet in 
” hac hypothef: Lues Venerea in 
+ Europa fponte generari, ficut 1 
5 Infula Hifpantola, cæterifque locis 
æ modo propofitis .... neutiquamt 
5 fane, &c. » Cur autem id non 
fiat rationes fubjicit, quas breviex® 
cutere non operofum erit. : 

» In Europa cum temperatior fit: 

# neque adefl eadem'in femine VirO= 
» rumacrimonia , eadem inmenftruo 
_» fanguine virulentia ,1dem in utero 
s mulierum fervor , quales in Enfula. 
> Hifpaniolä adfuifle probatumelt, » 

Refpondeo in Hifpanioli æque 
temperatum efle aërem atque in Eu 
ropa varis regionibus. Imo àmuler 
ribus quæ in hac infula natæ furnt 
pluries audivimus caloribus æftate: 
fe divexar: Burdigalæ , intenfionbus- 
Hs quos unquam'in nativo folo pers 
_fnferant. Hæ porro nullo uter: fer- 
vore vel menflruorum virulentia la 


(296) 

borantes ,‘fed corpore ut mulieres 
Europææ bene conflituto, haud mi: 
nus integritate morum quam pulchri- 
tudine fpeétabiles , cum nobilibus vi- 
risin hac civitate matrimonio jun- 
étæ , à fponfis amantur atque coluns 
tur : neque inter tot quas ex Infu- 
lis Americanis migrantes fufcepimus, 
uila unquam adhuc indigno quovis 
diéto faétove vel marito, vel alis 
offenfionem movit. | 

Cæterum quod ad fanguinis 
menftruiingenere virulentiamattinet, 
commentum eft vetus Ariftotelis & 
Plnii fola auétoritate innixum, jam à 
Laurentio quæit. 8. 1. 8. fuæ Ana 
tomiæ exagitatum , Hippocratem fe- 
cuto meliorem ducem apud quem Î. 
1. de morbis mulierum legitur pro- 
cedere fanguinem menffruum velut à 
vitlima, ® cito coagulari f° mulier 
fana fuerir. Ettmuleri nimia fuit cre- 
dulitas , qui ferio refert in Collegio 
praético operum tom. 2. p. 896. ho- 
minem à fanguine menftruo philtri 
loco ab uxore exhibito, toto cor- 
pore intumuille , &c. Novi meretri- 
cem quæ pari ratione amafium ne- 
quaquam inde læfum fibi conciliare 
fruflrà tentaverit, 


(297) do. 

| De fanguine menftruo hæc fatis 
fint. Jam cur feminis acrimoniam in 
viris Hifpaniolæ incolis accufemus 
nulla ratio fatis expedita adhuc vide- 
tur. Quidni eflent ejufdem tempera- 
menti atque noftrates aut faltem 
Africani ? Hallucinantur fæpe Medi- 
ci dum morbos in fpeciem tantum 
diverfos à diverfitate temperamenti 
folent repetere. Huc forfan facit 
‘quod apud Sydenbam legimus in 
Præfatione : >» Demus aliquid 
» à temperamento individuorum 
Dvyarietatis & traétandi rationé 
» proficifct , nihilominus adeo æ- 
» quabilis ac fibi ubique fimilis eft 
» naturæ ordo in producendis mor- 
» bis ut in diverfis corporibus cadem 
> plerumque reperiantur ejafdem 
» morbifymptomata, ac illaipfa quæ 
pin Socrate ægrotante ‘ob'ervatæ 
> fuerint, etiam generaliter ad homi- 
» nem quemcumque eodem morbo 
» laborantem transferri poflint, non 
» fecus ac univerfales plantarum no- 
» tæ ad omnia cujuique fpeciei 1n- 
» dividua rite fe difundunt, qui v. 
» Lg. violam , &c. » 

Pergit autor clariffimus. » Utrem 


(298) | 

» paucis comprehendam,demorbis &' 
»# morborum caufis debent dicieaderm: 
» quæ de animalium ortu aut planta- 
» fumM germinationne fub-diverfo {o- 

» lo , ficut ergo ‘in Europä, nec 
» leones gencrant, nec Simiæ pro- 

» lem ferunt , nec Pfittaci nidificant , 
» nec pleraque plantarum. Thdicaram 
» aut Americarum femina , etfi folo 
+ mandentur,è terra erumpunt aut fal- 
» tem adolefcunt 3 fic nec: lues Ve- 
»-nerea potuit unquam in Europà. 
D enafci ex ufdem caufis quibus olim- 
> in Hifpaniolà genitam fuifle conji- 
®.CIMUS ;, quia unicuique climati {ua 
sincft fingularis proprictas , quia 
» quæ in uno fponte veniunt, nulla 
» arte pofluntinaltero provenire,uno 
» verbo concludendum-cum Poetà :. 
» Non omnis fert omniatellus. » 

Profcéto.miror virum perfpicacem 
in comparatione quam inftituit, adeo’ 
manifefto claudicaffe, LeonesSimiæ, : 
Pfttaci apud nos delati non fobolef- 
cunt; pleraque Americanarum füir- 
pium femina folo noftro mandata ad 
frugem non perveniunt : : at.-difpar* 
omaino ef ratio Luis Venereæ aquæ 
mimium quantum in regiones noftras 


La ous ) it 
fefe propagavit. Nicotiana potius 
quæ ultro apud nos læta provenit 
_&luxuriat in comparationem adhi- 
benda erat. * 

_ Jam vero non negaverimà Mik- 
tibus Hifpanis Veneream Luem 
Americanam tranfportatam in Eu- 
ropam fuifle, fed vernacula. longe 
ante Americanæ adventum in ofrbe 
noftro regnabat. 

Diceres forores duas germanas ab: 
_ifdem parentibus in diverfis tamen 
folis prognatas fibi invicem occur- 
rifle, atque inito confilio in generis 
 humani perniciem ambas confpirafles- 
ita tamen ut vernacula novam ferita- 
tem ab adventitia adepta fuerit , = 
mulque genuinum nomen, quæ ane 
tea larvæ cephalææ , arfuræ urinÆ y 
feminis profluvii , paflionum virgæ :. 
apoftematumin inguine , &c. varias 
mentitaformas Medicos antiquos de- 
luferat. 

… Vidi fæpe noftro hoc fæculo Me- 
dicos & Chirurgos ,. qui fcientes 
vel infcientes ; fymptomata Luis 
Venereæ ad alienas caufas in gratiam 
ægrotantium benigne referebant. 

_ Simili fraude Lues illa calvitiei 


| (300) | 

morbique comitialis in Cæfare, puf: 
tularum ulcerofarum in Tiberio, va- 
rarum infirmitatum in Augufto, do- 
lorum im Petronio, in alis alio 
nomine forfan olim latebat. Si minus 
autem apertè fic larvata Venerea. 
Lues ab antiquis Medicis defignata 
fuerit , non adeo tamen obfcuris in- 
dicis fe fe prodentem agnofcent qui 
æquo animo legent Guillelmum de 
Saliceto Profeflorem Veronenfem 
anno 1270. Chirurgiæ cap. 48. de 
Puflulis albis , fciffuris & corruptio- 
nibus que fiunr in virga © circa 
pPraPutinm proPter Cottum Cum mere- 
rrice , &c Bernarbum Gordonium 
Profefflorem Medicinæ in Univerfi- 
tate Monfpelienfi anno 130$. Lili 
Medicinæ part. 7. cap. $. de Paf£ 
fionibus virge : Guidonem Caulia- 
cum Doétorem Monfpeltenfem anno 
1353. Chirurgiæ traétatu 6°. cap. 
7. de Culefailione & fœditate in vir- 
& proprer decubitum cum muliere fo. 
tida. Valefcum de Tarenta Medi- 
cum Monfpelienfem anno 1418. 
Philonn 1. 6. cap. $. de ulceribus &* 
puffulis pudendi, &e. Multo antiquio- 
tes laudare etiam poflem Galenum 


CRORN : * 
1. 6. de locis affeétis, c. 6. de colis 
affehibus, eumdem de compolfit.me- 
dicam. fecund. locos |. 9°. c. 8e, 
Mefuem de aegritudinibus capiris, 
fumma 22 c. 3°. de Saphari, Avi- 
cennam Canon. Medicnæ [| 4. 
Fen. 7. traët. 3. c. 1. de Sahafar:; 
Divum Thomam Adquinatem qui 8. 
Th. in 4°. diff. 32. quæft. 12. art. 2. 
quæft 2. ad 1%. dubium proponit 
& folvit an vir feminifluus poflit ab 
uxore debitum conjugale petere. Sed 
in afféétibus ultimo memoratis de 
caufa licet virus venerei merito fuf- 
pecta is haud dubio moveretur. 
Controverfis facile carere poflu- 
mus , quibus liquide tot & tanta 
teftimonia fuppetunt. Illis quidem 
explodendis clan fimus auétoromnem 
operam primisad 14%%,paginis 1MpEn= 
dit, fed eo molimine ut non leve ipfi 
negotium illa facefiere jatis apareat: 
quo vero fucceflu judicent, qui ve- 
ya internofcere didicerunt quicquid 
acumen ingenn & verborum appa- 
_ ratus obtendant. Eorum etiam judi- 
cium penes fint argumenta quibus 
Luis Venereæ apud nos antiquitasin 
libello de morb:s venereis demonftra- 
vi, & quæ novis cumulabo in edi- 


RGP RE ES 
tone nova propediem emittenda. 


(TT: 


CAn lues à fermento, an à vermi- 
culis, O'c. 


Longioris differtationis eflet & ab 
“hoc loco alienæ quæ ad fermenta- 
tionem fpeétant omnia excutere: 
brevi autem, quod fupereft mihi di- 
C<endum, contrahere animus ef. 

- Fermentatio in fcholis Medico- 
corum regnavit ex quo occultæ 
qualitates exularunt , ipfa deindè 
apud cordatiores Medicos vanitatis 
fufpcéta; quinimiruminvifendis ægris 
potiùs quam fcholarum opinionibus 
agitandis vacant, tis tantum quæ. 
fenfibus ufurpantur fidem habent. 

Jam verd de vermiculis fententia, 
dum aliquid melius decernatur, eo: 
nomine præ fermentis arrifit muihi 
1°. Quodadhibito microfcopioin ul= 
ceribus Syphilticorum manifefto de- 
preéhendantur, 20. Quod phænome- 
na omnia Luis Venereæ & ipfa per 
mercurium medendi ratio ex Vermi- 
<ulorumhypothef facilè deducantur. 


(303) 


“Æ contrario Fermenti Veneréiexif- 


‘tentia fufpicione tantüm attingitur. 


Deinde vix explicari poteit, quo 
patto, ut idem fermentum tot di- 
verfa fymptomata producat, phlo- 
gifticum fit atque corrofivum, fimul 
& coagulans atque fixum. 

‘Non ergo mere funt fabule fer- 
nisntinm vifis fimillima que ne con- 
jelluris-quidem nirartur ulhs, quæ 
dé Vermiculis pro Luis Venereæ 
caufa diéta funt. Nec etiam locum 
“hic-habent ifta  Tulli verba ab auc- 
tore allata : Nihil efle minus, non di- 
co medici, fed hominis, quam id obji- 
cere adwerfario | quod ille fi verbo.ne- 
garis longins progredi non pojfit qui 
“objicerir. Quando quidem illa in by- 
potefin de Fermento retorquere, 1d- 
que potiori jure, facile eft. Verum 
üt ait alicubi divus Augufinus , 
Omittamus iffa communia que in u- 
sramque parsem dici poflunt. Cæte- 
terum Scripturæ Sacræ locum, Qui 
fejungis Fornicariis erit nequam, pu- 
tredo © vermes hareditabunt, non 
- tam memorabout indè luculentum de 
Luis Venereæ à Vermibus origine 
teftimonium depromam, quamut ob- 


Pag. az: 


Eccléfraft. ci 
T9e Ve 3 e eT Æs 


Go4) EN 
fervem paupertarem à clariffimo vire 
per Vermes imtelligi : quæ quidem 
interpretatio in Principes & Optima- 
tes cadere nequaquam poteft, 

Tandem objicit auttor clariffi- 
mus : « S1 pro vero femel admitte- 
retur Luem Veneream ab animal- 
culis fanguini innatantibus produ- 
ci, idem quoque pari jure fentien- 
dum effet non modo de Pefte, ut 
olim Athanafo Kirchero è Socie- 
» tate Jefu, ac nuperrimè Joanni Sa: 
» guens Ex ordine Minimorum vis 
+ fum eft, fed etiam de Variolis Hy-: 
> draphobià, Scabie, Lichenibus, 
» cæterifque affeétibus contagiofis. « 

Refpondeo, Concedo totum. Et 
revera in Differtatione meâ de Ra- 
bic, morbos omñes contagiolos à 
Vermiculis reperendos efle probafle' 
mihi videor. Ita enim Natura femper 
& ubique fui fimilis eft, ut morbos | 
1d genus omnes eâdem ratione gene- 
rar, quam diverfa multo probabi- 
hus fit. . 

Pergit : « Idem quoque fentien- 
» dum effet de morbis omnibus, at- 
» que adeo üuniverfa medicinæ Theo- 
> ra peflum itura foret, cum nihil 


quidquam 


8 8 5 8 8 


(Con. 
® quidquam dici pofit ut probetur 
> Luem Veneream ab Animalculis 
» dependere quod perindè non pug- 
» net valeatque ad probandum ani- 
> malculis fimilibus, fed diverfi ge- 
æ neris, cæteros quoqüe morbos de- 
» ducendos efle. * 
Refpondeo. Nego confequen« 
tiam : aln fi quidem morb1 à cons 
tagiofis toto cælo diftant. 


I V. 


» Petrus Default tanquam novam 
# proponit méthodum curandorum 
_» morborum venereorum hydrargi- 
» rofi intercalatâ, adhibendo fclicet 
æ inunctiones mercuriales per inter- 
Üo valla, & ptyalifmum fi quis ciea- 
‘#tur cathartico identidem fuppri- 
» mendo; quæ tamen methodus à 
5 primis morbi Venerei temporibus 
. » nota fuit : quà de re vide hujufce 
»# operis ib. 11. cap. 7.» 

Refpondeo meam methodum non 
effe eam quæ Veteribus cognita erat, 
& de quà fusè diiferit capite laudato: 
namque placet. mihi ut alvi fluxus 
Hydrargrofin præcedat, non vero 


Ce 


(09 


| fubfequatur ; parer ut quotidie Let 


“inungatur primis diebus, fabfequens 


Pag. 125. 


r 


tibus vero alternis ;. placet ut per to: 


tum Therapeiæ tempus alvus fem: 
per fluat ac ducatur, five clyftéri- 
bus quotidieinjeétis, five purgatione 
crebro repetitä Hac arte præca- 
vetur Ptyalifmus.:mercurium magnà 
copià licet inungere abfque noxà 
abfque periculo, quippè abfque Sa- 


livatione ; & virus omne Venereum 


cum Mercurio per inferiores fedes: 


deturbatur. 


Hock & ali cordati Medict. ab auc- 
tore laudati, quot &quanta à Sakva- 


tione pericula impendebant, eaque 


de caufà tertio tantum vel quarto 


-quoque. die inunétiones fieri, tum ca 
thartica exhiberi præceperunt. Ego 


vero mota-femel alvo ac movendo 
eam afliduè, quantacumque copia 
opus fit Mercurium, quotidianis ferè 
inunétionibus adhibeo, & omni Sali. 


vationis metu propulfato; fola Cas 


tharfi curam:abfolvo. 


Quicquid autem de: hac mea: mer 


_thodo Vir Clariffimus fenferit, para+ 


tus. fum quovis pignore contendere: 


Viderunt quidem Wendelinus: 


SN 


ç' 


(307) 


Syphiliticos Curæ meæ hac ratione: 


fufceptæ, commifibs, tutius atque 


certius fanatumiri, quameos , qui vià. 


Salivationis pervülgatà ut ut fapien- 
ter adminiftratæ curantur: Dètunx 


Burdigalæ in Mufæo noftro , Kilend.. 
Eebr. an. D. M, DCC, XXXVL. 


DESAULT, 


A-P P ROBATION 
"L'ALIG par ordre de Monfeigneur le Garde” 


des Sceaux un manufcrit qui a pour titré 


“Differtation fur la Pierre.des- reins © de la. 
“weffie , avec. l'ejfai d'une méthode fimple Ô* fa- 


cile pour la difoudre ; Êc. L’Auteur de cet ou= 


: vrage donnede nouvelles marques dé fon at: 
- tachement à fa profeflion, & de fon zéle pour 
. Je bien-public; il.eft-vrar que lectitre: de fa: 


Difertation paroït annoncer un're médé co 


£raire à l'experience & à la raifon, & que tous 


. ceux qui‘ont- été découverts jufqu'à prefent 
. pour la diffolurion dés calculs ont éte fans: 


aucun fuccès ; j'eftime neanmoins que ceux. 
qui liront cetouvrage fans prévention , juges 
ront qu'il mérite d'etre imprimé, &: que le 
Reméde dont om propofe l'épreuve ne peut: 
être quetrès-urile &:jamais préjudietable. À: 
Paris ce 12. Avril 1736: 


CASAMAJOR. 


LS 


PRIVILEGE) DU ROT. 


OUIS, par la grace de Dieu, Roi de 

France & de Navarre : À nos amés & 
feaux Confeillers, les Gens tenans nos Cours 
de Parlement , Maïîtres des Requêtes or 
dinaires de notre Hôtel, Grand Confeii, 
Prevôt de Paris, Baïllifs, Sénéchaux , leurs 
Lieutenans Civils, & autres nos Julticiers 
qu'il appartiendra : Salut. Notre bien amé 
PIERRE DESAULT, Doûteur en Mé- 
decine , Agpregé au Collége des Médecins 
de la Ville de Bordeaux ; Nous ayant fait re- 
montrer qu'il fouhaiteroit faire imprimer 
& donner au Public un Ouvrage qu1a pour 
titre : Traité des Maux Veneriens , avec la 
méthode pour les guérir [ans flux de bouche, &* 
une Diflértation fur la Prhifie , avec la fuite 
dudit Ouvrage de fa Compojition, s’il Nous 
plaifoit lut accorder nos Lettres de Pri- 
vilége fur ce néceflaires ; offrant pour 
cet effet de le faire imprimer en bon pa- 
pier & beaux caraétéres, fuivant la feuille 
imprimée & attachée pour modéle fous le . 
contrefcel des Prefentes; À CES CAUSES, 
voulant favorablement traiter ledit Sieur Ex- 
pofant, Nouslui avons permis & permettons 
par ces Prefentes de faire imprimer ledit 
Ouvrace ci defius fpécifié en umou plu- 
ficurs volumes , conjointement ou féparée 
ment, & autant de fois que bon lui fem- 
blera, & de le faire vendre & débiter par 
tout notre Royaume pendant le tems de fix 
années confécutives , à compter du jour de la 
datte defdires Prefentes. Faifons défenfes à 
toutes fortes dePerfonnes de quelque qualité 


. 


& condition qu’elles foient , d'en introduire 
d'impreflion étrangére dans aucun lieu de 
notre obéiffance , comme aufli à tous Librai- 
tes, Imprimeurs & autres, d'imprimer , fai- 
re imprimer, vendre, faire vendre , débiter, 
ni contrefaire ledit Ouvrage c1-deflus expo- 
‘fé en tout n1 en partie, n1 d’en faire aucuns 
Extraits fous quelque prétexte que ce foit, 
d'augmentation, correétion , changement 
detitre, ou autrement, fans la permifhion 
expreffe & par écrit dudit Expofant ou de 
ceux qui auront droit de lui, à peime de 
confifcation des Exemplaires contrefaits , 
de quinze cens livres d’amende contre chacun 
_ des contrevenans; dont un tiers à Nous , un 
tiers à l'Hôtel- Dieu de Paris , l’autre tiers 
audit Expofant & de tous dépens , dom- 
mages & intérêts : À la charge que ces 
_ Prefentes feront enregiftrées tout au long 
fur le Regiftre de la Communauté des Li- 
braires & Imprimeurs de Paris, dans trois 
mois de la datte d’icelles ; que l'impreflion 
‘de ce Livre fera faite dans notre Ro- 
yaume & non ailleurs; & que l’Impétrant 
fe conformera en tout aux Reglemens de 
Ja Librairie, & notamment à celui du dix 
Avril 1725. & qu'avant que de Pexpolér 
en vente , le Manufcrit ou Imprimé qui 
aura f{ervi de Copie à l'impreflion dudit 
Ouvrage. fera remis dans le même étar où 
V Approbation, y aura été donnée, ès mains 
de notre très cher& feal Chevalier Garde 
des Sceaux de France,le fieur CHAUVELIN, 
& qu'ilen fera enfuite remis deux Exem- 
plaires dans notre Bibliotheque publi- 
que , un dans celle de notre Château du 
Louvre, & undans celle de notre très-cher 


DR à 
& feal Chevalier Garde des Sceaux de’ 
France le Sieur CHAUVELIN ,- le tout 2 
peine de nullité des Prefentes : du contenu. 
defqueiles vous mandons: & enjoitgnons-de 
faire jouir led. Sieur-Expofant ou fes ayans-. 
caufe, pleinement & paiñiblement,, fans fout 
frir qu'il leur foit fait aucun troubleouempé- 
chement.Voulons que la copie defdites Pre 
“fentes , qui fera imprimée tout au long au 
commencementou à la fin dudit Livre, foit. 
ténue pour dûüeémènt figniñiée ,. & qu'aux. 
Copies colationnées par l'un de nos amés &. 
feaux Confeillers & Secretaires , foi foit a- 
Joutée comme. à l'original Commandons : 
au premier notre Huflier ou Sergent de 
faire pour l'exécution d’icelles. tous a@es =. 
requis & néceflaires, fans demander autre. 
permiflion, & nonobftant ciiameur de Haro, . 
Charte Normande, & Lettres à ce contrai- : 
res : Cartel eft notre plaifir. Donnéà Paris. 
le huitieme jour-du mois de Fevrier, l’an de. 
grace nul fept cens trente-deux , & de notre 
régne le dix-feptieme.. Par le Roy en {on- 
Confeil ,; SAINSON. 


Recifiré fur le Regifire PTIT. de la Chambre 
Royale € Syndicale de la Librairie e> Imprimerie : 
de Paris, N°. 294 fol. 278: conformément 21 = 
Reglement de 1723,.qui fait défenfes article 17. 
d'toutes perfonnes de quelaue qualité qu'elles forenr , - 
autres que les-Libraires &> Imprimeurs, de vendre, 
débiter ;, faire affiber aucuns Livres pour les 
vendre en leurs noms, foit qu'ils s’en difent les An- 
teurs ou autrement.; €7° 4 la charge de fournir les 
exemplaires prefcrits bar l'article CV III. da même - 
Régement.. A Paris, le 9. Fevrier 1732. 


P.A, LE MERCIER, Syrdié. 


RP ET 


JE 
y, 


LÉ 


A7) ee 


Rs 


4 
7